Dans les coulisses d'imec, où votre smartphone devient chaque jour plus intelligent

©Kristof Vadino

En 34 ans d’histoire, le centre de recherche louvaniste a su se hisser au rang de leader européen de la micro-électronique. Résultat, il est devenu le partenaire de référence des géants de la tech. Samsung, Intel, Panasonic… Tous viennent y chercher son expertise. Reste que face à un monde en perpétuelle mutation, l’imec a aussi dû se remettre en question pour continuer à rayonner à l’avenir.

Derrière les portes de ce paquebot de verre et de béton, des chercheurs du monde entier s’activent en coulisse. Ils travaillent sur les dernières technologies équipant les smartphones et autres objets connectés de géants mondiaux comme Samsung, Intel ou encore Panasonic.

Passé plusieurs contrôles de sécurité, le visiteur entre au rez-de-chaussée du bâtiment principal dans une immense salle de quelque 12.000 m2 aux airs à la fois de laboratoire et d’usine dernier cri. La valeur de la quasi-infinité d’appareils qui s’aligne à perte de vue est évaluée à près de deux milliards d’euros. "Ils n’ont même pas ça à la Silicon Valley", sourit gaiement Luc Van den Hove, président et CEO. Bienvenue chez imec.

Installé dans la Brabant flamand, à Louvain, l’institut de micro-électronique et composants (imec) est spécialisé en micro- et nano-électronique, c’est-à-dire qu’il travaille à rendre plus performant le capteur de votre appareil photo, à développer le prochain bracelet connecté que vous portez peut-être durant votre jogging, à améliorer la durée de vie de la batterie de votre vélo ou de votre smartphone, ou bien encore à imaginer les capteurs de demain qui seront utilisés lors du déploiement de l’internet des objets. Bref, les applications sont légion.

Et débouchent parfois sur des projets révolutionnaires. C’est le cas notamment des pilules à ingérer destinées à mesurer votre état de santé, développées par l’équipe d’une centaine de chercheurs du professeur Chris Van Hoof, directeur du département en charge des solutions de soins de santé portatives. Un exemple parmi tant d’autres. Au total, l’entreprise emploie 3.500 personnes et cherchait encore récemment à compléter l’équipe d’une centaine de doctorants.

Côté spin-offs, la structure peut se vanter d’avoir permis l’éclosion de quelque 62 projets depuis ses débuts en 1984, dont miDiagnostics, l’un des plus belles réussites des ces dernières années.

"Lab on a chip"

Créée en mai 2015 à l’iniative d’imec et de l’université américaine Johns Hopkins, la spin off miDiagnostics entend développer des micro-puces à usage médical, lesquelles doivent permettre un diagnostic à la volée, accélérant ainsi le processus pour les médecins, mais aussi les patients qui pourront se tester à la maison pour évaluer leur niveau de cholestérol, par exemple. En fait, le projet entend fournir un "lab on a chip" ("laboratoire sur puce") en quelque sorte.

Pour mener à bien sa mission, la jeune pousse a récolté dès ses premiers pas quelque 60 millions d’euros auprès d’investisseurs bien connus tels que Marc Coucke (qui a assuré à lui seul près de la moitié de la levée de fonds), Michel Akkermans et PMV, véhicule financier flamand qui coordonne pour la Région les investissements du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS).

Aujourd’hui, un peu plus de deux ans plus tard, c’est toujours le projet qui enchante le plus Luc Van den Hove, CEO et président d’imec.

Connu dans le monde entier

Autant d’éléments qui placent de facto le centre de recherche louvaniste au même rang que des Apple, Google ou Tesla. D’autant qu’il n’a pas à rougir de ses performances face aux grands noms de ce monde puisqu’il travaille en fait… pour nombre d’entre eux. "Nous sommes en quelque sorte un fournisseur de R&D pour l’industrie. De nombreux acteurs de la Silicon Valley viennent frapper à notre porte pour notre expertise", souligne Luc Van den Hove.

5 chiffres clés
  • 34 ans qu’imec a été mis sur pied à Louvain.
  • 108 millions € de subsides accordés par le gouvernement flamand l’an passé.
  • 62 spin-offs ont vu le jour depuis les débuts.
  • 591 millions € de contribution à l’économie belge.
  • 8.882 jobs directs et indirects créés.

Une expertise mondialement reconnue. De San Francisco à Barcelone, tout le monde ou presque dans le secteur de la micro-électronique connaît l’entreprise belge – sa présence aux quatre coins du monde via des bureaux en Belgique, aux Pays-Bas, à Taiwan, aux Etats-Unis, en Chine, en Inde ou encore au Japon n’y est évidemment pas étrangère, de même que les 75 nationalités qui se côtoient au sein de la grande famille du fleuron louvaniste.

Côté francophone, s’il est difficile de nier la réussite engrangée par imec, certains pointent du doigt le rôle du gouvernement flamand, qui a décidé de regrouper à l’époque les compétences de son industrie de micro-électronique sous un même toit à coups de gros sous. Pourrait-on parler de jalousie? Ce serait aller trop loin. Plus concrètement, c’est une conviction profonde de le part de ses dirigeants qui a poussé imec à se développer à ce point, à savoir que "la meilleure manière d’exceller localement, c’est d’exceller globalement. Il faut viser haut si nous souhaitons voir les prochaines licornes (start-ups de moins de dix années d’existence et valorisées à plus d’un milliard de dollars, NDLR) naître ici en Belgique", glisse Luc Van den Hove. "Parce que se focaliser sur des applications de niche ou locales, cela amène à garder une taille sous-critique et à n’avoir que peu d’impact dans le monde. C’est pourquoi nous avons pris les choses en mains il y a de cela quelques années. Nous avons fait de nos faiblesses des forces".

"La meilleure manière d’exceller localement, c’est d’exceller globale-ment."
Luc Van den hove
CEo d’Imec

Ad vitam aeternam?

Et quelles forces… Se pose donc une question, vu l’apogée que connaît aujourd’hui imec: jusqu’à quand le centre de recherche louvaniste pourra-t-il connaître pareil succès? Peut-on craindre un jour un ralentissement, voire même une disruption fatale? Si rien ne presse pour l’instant, la direction y réfléchit sérieusement.

©Kristof Vadino

C’est une des raisons qui a poussé la structure à s’adjoindre en février 2016 les services d’iMinds, premier accélérateur en date de Flandre, qui pour sa part a permis l’émergence de nombreux acteurs dans le domaine des logiciels dans le cloud (dit "SaaS" dans le jargon pour "Software as a Service"). "Un mariage idéal", pour Roger Lemmens, ancien profil d’iMinds, désormais directeur des services liés à l’innovation numérique d’imec, "qui n’a rien d’illogique", selon le venture-capitalist flamand Frank Maene (Volta Ventures), mais que certains déplorent toutefois de peur de voir ce géant devenir trop "corporate".

Pour sa part, Luc Van den Hove parle d’une "étape extrêmement importante" franchie par l’entreprise qu’il dirige. En effet, "si imec s’est pendant longtemps concentré sur la micro-électronique, de plus en plus d’applications demandent aujourd’hui une partie plus software". Il suffit de penser aux voitures autonomes, aux montres connectées, aux "smart cities" ou aux drones pour s’en convaincre. "Ce rapprochement a donc permis d’amener énormément de connaissances en interne que nous demande l’industrie".

Et c’est que l’enjeu est réel. Des géants comme Apple, Google et, plus récemment, Amazon travaillent désormais eux aussi au développement de leurs propres puces, intensifiant la bataille qui fait rage. L’idée? D’améliorer les performances de leurs appareils dopés à l’intelligence artificielle comme l’enceinte Amazon Echo, qui permet à l’utilisateur d’acheter les produits de son catalogue d’une simple commande vocale ou bien de lancer votre morceau favori. Une concurrence nouvelle? Non, "de nouveaux clients", répond amusé le patron d’imec. "Les géants du net ont besoin de notre expertise en matière de hardware". L’homme voit donc dans ce développement plus de positif que négatif.

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Place aux start-ups

En parallèle, imec a bien saisi les mutations à l’œuvre dans le monde de la tech. C’est pourquoi la structure a récemment mis la gomme dans sa politique en matière d’accélération et d’incubation de projets innovants. À l’aide de ses formules "istart" et "xpand", le centre de recherche soutient aussi les pépites de demain en tout début de parcours ou lorsqu’elles cherchent du cash pour continuer à grandir rapidement.

Dans le premier cas, la structure a mis sur pied début d’année passée, en collaboration avec le gouvernement flamand, ING, BNP Paribas Fortis, Telenet et le Groupe Cronos, un fonds d’investissement destiné à offrir des sommes initiales de 50.000 euros aux start-ups embryonnaires – les plus prometteuses peuvent quant à elles recevoir un financement supplémentaire de 20.000 à 100.000 euros. Dans le second cas par contre, les tickets sont plus élevés afin de soutenir les boîtes déjà développées avec un potentiel de croissance. Le véhicule financier qui y est lié a donc été pensé en conséquence, doté de 100 millions d’euros.

Et une fois encore, imec excelle ici aussi avec ces initiatives. Elles ont d’ailleurs été couronnées en février de la quatrième meilleure performance mondiale pour un accélérateur lié à une université par UBI Global.

©Kristof Vadino

Subsidié, oui mais…

Reste enfin à aborder le bilan de la structure après ses quasi 34 ans d’existence. Que retirer aujourd’hui de son action? Du positif, car à la différence d’autre initiatives, en plus d’une image à son zénith, imec est une initiative qui rapporte. Gros. Rien que l’an passé, le centre a généré quelque 545 millions d’euros de chiffre d’affaires, un montant qui sera réinjecté dans ses activités.

545 mios €
Imec a généré un chiffre d’affaires de 545 millions d’euros l’an passé, grâce à une expertise mondialement reconnue.

Alors, oui, pour y parvenir, le gouvernement flamand y a injecté quelque 108 millions l’an passé, en ligne avec les subsides annuels accordés d’habitude à la structure, mais le retour sur investissement est lui aussi non négligeable, et ce, pour la société dans son ensemble. Imec a contribué à l’économie à hauteur de 591 millions et généré un total de 8.882 emplois directs et indirects, selon une étude d’impact réalisée courant du mois par l’entreprise et à laquelle nous avons eu accès.

Une performance d’autant plus méritée que le centre de recherche louvaniste est parvenu à ne pas faire des subsides sa seule source de financement. "Si l’on compte tout ensemble, 30% de nos aides viennent du public, quand tout le reste nous vient directement de l’industrie". Une belle réussite donc, voire "unique au monde", que d’autres pays essaient pourtant depuis peu de copier, sourit Luc Van den Hove. Sauf… en Belgique, où la notoriété de l’institut est en réalité assez limitée. C’est pourquoi le patron l’évoque sans détour: la prochaine mission du géant belge de la tech sera de se faire connaître… chez lui, dans le pays. "Nous allons désormais essayer de nous rendre plus visible en Flandre, mais aussi en Wallonie, afin d’attirer nos propres entreprises et nos jeunes talents", conclut le patron.

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