La SNCB jette aux orties un système de billetterie de 38 millions

Après le nouveau système de départ des trains, la SNCB abandonne le nouveau système de vente des billets. La facture est salée. ©BELGA

Après au moins 5 ans de développement, la SNCB renonce au "New distribution system" à cause d'inconvénients "majeurs inacceptables". L’entreprise évoque des surcoûts financiers importants et un risque de blocage.

Ce pourrait être la dernière drôle d’histoire belge en date à raconter pour amuser la galerie, mais les dirigeants de la SNCB riraient plutôt jaune, car elle s’avère coûteuse. Selon nos informations, l’entreprise ferroviaire vient de décider de mettre un terme avec effet immédiat au nouveau système de distribution des billets (le New distribution system/NDS) sur lequel travaillaient les équipes de sa filiale Ypto depuis 2012 (voire 2010).

La facture de cet abandon s’avère très salée d’autant plus que certains canaux de vente l’utilisent déjà. Selon des sources proches du dossier, elle s’élèverait à plus de 30 millions d’euros. Des observateurs avancent même une ardoise de quelque 38 millions d’euros.

"Après étude, on a opté pour un autre logiciel plutôt que celui sur lequel on travaillait."
Sophie Dutordoir

Contactée par nos soins, la SNCB confirme l’abandon du NDS, mais minimise la portée du dossier. Son administrateur-délégué fustige les mauvaises langues qui intoxiquent les journalistes parce qu’elles veulent du mal à la SNCB.

"Nous avons trois canaux de vente des tickets: en ligne, via les automates et au guichet. Ces trois canaux tournent sur trois plateformes informatiques. Nous avons décidé de tout migrer vers un seul système dans le cadre d’une rationalisation et pour simplifier la vie des usagers. Mais après étude, on a opté pour un autre logiciel plutôt que celui sur lequel on travaillait", nous a confirmé Sophie Dutordoir, visiblement agacée par la mise sur la place publique de l’information.

Inconvénients majeurs

D’après la SNCB, l’échéance de la mise en service du NDS est irréalisable (fin 2018), car il présente "des inconvénients majeurs inacceptables pour l’exploitation" de son système de vente. Il semble qu’il est impossible d’organiser un pilote avec un nombre limité de gares.

"Une conversion obligatoire vers la nouvelle version de la technologie SAP provoquerait à nouveau un blocage des évolutions fonctionnelles pendant plusieurs années."
SNCB

La mise en place des nouvelles versions du nouveau système demanderait de très gros efforts financiers. "Chaque adaptation future du système prendrait énormément de temps et ne permettrait pas de répondre rapidement à de nouveaux besoins. Une conversion obligatoire vers la nouvelle version de la technologie SAP provoquerait à nouveau un blocage des évolutions fonctionnelles pendant plusieurs années", réalise maintenant la SNCB après des mois de développement du NDS basé sur la technologie SAP.

L’abandon du NDS tombe à un mauvais moment. Il y a quelques jours, l’entreprise ferroviaire a renoncé au projet Dice (Departure in a controlled environment), la nouvelle procédure de départ des trains censée garantir la sécurité des usagers qui montent dans le train. Elle y travaillait depuis quelques années après un dramatique accident en mai 2009 à la gare de Dinant qui avait fait deux blessés graves dont un avait été amputé.

Retour au logiciel initial Lisa

Le projet Dice visait à ne faire partir les trains que lorsque toutes les portes du convoi seront fermées. Il a donc été abandonné après que des tests aux audits aient révélé que la nouvelle procédure de départ (Dice) entraînerait "un certain nombre de manquements d’importance capitale, avec impact sur les opérations", a reconnu la SNCB à la mi-septembre.

50 m€
L’abandon du NDS vient s’ajouter à celui du nouveau système de départ des trains. La facture des deux fiascos est de près de 50 millions d’euros.

Coût du fiasco: 11 millions d’euros. La SNCB recherche une alternative à Dice, mais aucune date n’est avancée pour son entrée en service.

L’histoire semble se répéter dans le cas des logiciels de distribution des tickets. Mais ici, la SNCB fait marche arrière et va réactualiser Lisa, l’un des trois logiciels initiaux de commercialisation. Un plan de migration sera élaboré prochainement pour relier les canaux de vente qui tournent déjà sur NDS (les appareils Itris des accompagnateurs et les applications des smartphones) au système Lisa.

©BELGA

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