Bientôt 4.400 agents en moins à la SNCB

©Photo News

Le plan d'entreprise de la SNCB. Il prévoit 16.228 cheminots en 2022 contre 20.628 en 2014. La nouvelle CEO Sophie Dutordoir demande une poursuite de la hausse de la productivité de 4% par an sur 5 ans de plus.

Parallèlement au Plan pluriannuel d’investissement (PPI) 2018-2022 récemment présenté et qui prévoit un budget d’investissement de 3,2 milliards d’euros sur 5 ans à la SNCB, Sophie Dutordoir a également préparé un nouveau plan d’entreprise pour fixer durablement le transporteur ferroviaire sur de bons rails. Selon des documents que nous avons pu consulter, la nouvelle patronne (depuis mars) veut administrer un remède de cheval à l’entreprise, mais en y allant avec douceur sur certains aspects. Son objectif: préparer l’entreprise à la libéralisation du transport national de voyageurs dès décembre 2020.

Dans son équation, elle doit composer avec une réduction des dotations publiques et avec une augmentation attendue du trafic nécessitant de nouvelles commandes de matériel roulant. "La SNCB a plusieurs défis à relever sur la période 2014-2022 et sans plan d’action particulier, l’ebitda (excédent brut d’exploitation, NDLR) se serait fortement détérioré. Les efforts à réaliser se mesurent par rapport à l’année de référence 2014, année de la réforme et de la décision par le nouveau gouvernement (fédéral, NDLR) de réductions de dotations inédites dans l’histoire des chemins de fer", justifie Sophie Dutordoir. Elle précise que son plan pourrait évoluer car il a été établi sur la base des propositions faites par la SNCB pour le contrat de gestion. Celui-ci n’étant pas encore finalisé, des amendements qui pourraient être apportés par le ministre de tutelle François Bellot (MR) peuvent entraîner une révision du plan d’entreprise calqué sur la même période que le PPI 2018-2022.

Le plan d’entreprise de Sophie Dutordoir prévoit une réduction des effectifs, qui vont passer de 20.628 cheminots équivalents-temps plein (ETP) en 2014 à 16.228 ETP à fin 2022, soit une baisse de 4.400 ETP. La baisse est la conséquence du non-remplacement de départs à la retraite (ou de démissions), mais, dit la SNCB, le personnel lié à l’opérationnel, en particulier le personnel roulant (conducteurs, accompagnateurs de train, etc.) et celui de sécurité ne seront pas touchés. D’ailleurs, le plan prévoit un remplacement un pour un pour ces deux catégories. Pour le personnel administratif, corporate ou de support à la production, seul un départ sur 5 ou un départ sur 2, selon les cas, sera comblé .

Hausse de productivité

La réduction des effectifs est liée aussi à l’augmentation de la productivité. En effet, après une hausse de la productivité de 4% par an imposée aux cheminots sur 4 ans (2014, 2015, 2016, 2017), Sophie Dutordoir leur demande de poursuivre ces efforts sur 5 ans supplémentaires. D’après le plan, ces améliorations de productivité seront en partie soutenues par l’automatisation et la digitalisation de certaines fonctions (guichetiers, etc.).

La hausse de la productivité devrait permettre à la SNCB de réaliser une économie évaluée à 288 millions d’euros en 2022, soit 9 ans d’efforts. Mais vu le contexte, l’amélioration de la productivité passe mal chez les cheminots. Surtout que les mesures pour ce faire continuent à faire grincer des dents parmi le personnel: suppression de la possibilité de faire valider des retards de train supérieurs ou égaux à 10 minutes pour les cheminots qui travaillent en horaires variables, fin de la double compensation pour les dimanches travaillés, suppression de la double compensation pour les jours fériés qui tombent un samedi ou un dimanche, suppression du 2 et du 15 novembre comme jours fériés, diminution des jours de crédit, etc.

Sur le plan opérationnel, la SNCB confirme son projet d’augmentation de l’offre ferroviaire de 5,2% dans le cadre du nouveau plan de transport qui sera lancé dès le 10 décembre prochain. Le transporteur ferroviaire s’attend à une augmentation du trafic de 1% en moyenne par an sur la période 2018-2022. Elle ambitionne de transporter 235,5 millions de voyageurs nationaux à fin 2017, 240,1 millions en 2018, 243,2 millions en 2019, 246,1 millions en 2020, 247,9 millions en 2021 et 249,8 millions en 2022.

La hausse du trafic envisagée était moins importante dans le plan d’entreprise 2016 élaboré avant l’arrivée de Sophie Dutordoir. Plus ambitieuse pour la SNCB, elle mise sur une hausse du chiffre d’affaires (1,182 milliard en 2022 contre 1,059 milliard en 2016) et de l’ebitda cash récurrent (145 millions en 2022 et 33 millions en 2016).

Réduction de la dette

Elle compte sur les améliorations (amélioration de la ponctualité, meilleure disponibilité du matériel, digitalisation, multiplication des canaux de vente des tickets, etc.) pour attirer davantage de voyageurs dans les trains. Elle signale que la croissance du trafic et la nouvelle politique commerciale ainsi que la volonté de réduire l’âge moyen du parc de trains obligeront la SNCB à passer une deuxième et une troisième commande de trains en 2021 et 2022.

Pour augmenter les recettes de l’entreprise, la CEO demande, dans le cadre du nouveau contrat de gestion, un rattrapage dans les tarifs domicile-travail et domicile-école et une plus grande flexibilité dans sa politique tarifaire. Le premier souhait devrait se traduire par une révision à la hausse des tarifs de ces trajets domicile-travail ou école. La flexibilité tarifaire permettra de proposer des produits plus variés aux voyageurs en fonction des heures et simplifier les tarifs aussi. Elle s’attend à engranger un chiffre d’affaires supplémentaire de 81 millions d’euros grâce à l’offre élargie et à une politique tarifaire plus flexible. La SNCB prévoit aussi de vendre des actifs (terrains, immeubles) à raison d’environ 10 millions d’euros par an et de réduire les locations de bâtiments. Grâce aux bons résultats, elle espère ramener la dette de la SNCB à 2,224 milliards en 2022 (2,437 milliards en 2014).

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content