Bientôt des trains sans accompagnateurs sur nos rails

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La SNCB veut lancer sur le réseau des trains sans accompagnateurs, à l'horizon 2020. Le système nécessitera un investissement d’au moins 40 millions. Il permettra de réduire l’emploi net de 469 agents.

Soutenu en son temps par l’ex-ministre de la Mobilité Jacqueline Galant (MR), le projet de train sans accompagnateur (one man car ou Drive only operation/DOO) est sur la (bonne?) voie à la SNCB. Selon nos informations, l’entreprise ferroviaire a bouclé une étude comparative sur le projet pour se faire une idée de ses implications tant sur le plan opérationnel que juridique et commercial.

Les conclusions viennent de tomber. Pour réaliser son analyse comparative, les dirigeants de la SNCB ont étudié l’expérience menée par d’autres opérateurs (SNCF, Deutsche Bahn, Veolia, connexxion, CFF).

D’après les résultats, la SNCB doit investir au minimum 40 millions d’euros dans ses infrastructures. Les investissements viseront notamment une adaptation des trains (contrôle de fermeture des portes, système de freinage d’urgence, etc.).

40 mios €
La mise en place du train sans conducteur nécessitera un investissement d’au moins 40 millions d’euros.

Il faudra aussi déployer un réseau de caméras dans les zones à risques (on parle d’une caméra tous les 100 mètres), principalement dans les grandes gares et points d’arrêt ainsi qu’aux endroits où la visibilité est mauvaise ou entravée (quais longs ou situés dans les courbes). Il faudra aussi installer des miroirs aux plus petits points d’arrêt pour accroître la visibilité des conducteurs et augmenter le nombre d’automates de vente de billets (en bon état de fonctionnement et à large échelle).

La SNCB devra également revoir et renforcer le système de fermeture des portes, solutionner la question de l’assistance aux personnes à mobilité réduite et mettre en place une nouvelle procédure de départ des trains. Selon nos informations, le projet DOO ne pourra pas être concrétisé avant 2019-2020 au plus tôt.

Lignes rurales d’abord

L’entreprise a déjà une idée des lignes qui seront concernées par le train sans accompagnateur. Dans un premier temps, il sera déployé sur les lignes rurales et secondaires, ensuite dans les trains qui circuleront sur les réseaux Angelic (RER dans quatre villes: Anvers, Gand, Liège, Charleroi). Puis, il y aura une extension du système sur l’offre S à Bruxelles dans une troisième phase. Les trains concernés sont les autorails Diesel (AR41) et les Desiro.

638
La SNCB pourrait se passer de 638 accompagnateurs de trains équivalents temps plein (ETP)

D’après les conclusions de l’étude comparative, la mise en œuvre du projet de train sans accompagnateurs permettra à la SNCB de réaliser un gain net en termes de réduction des effectifs. Au total, l’entreprise pourrait se passer de 638 accompagnateurs de trains équivalents temps plein (ETP), mais simultanément, elle devrait renforcer les équipes de "tickets control"/TiCo (138 agents) et de sécurité (31 personnes). In fine, elle réalisera un gain net de 469 agents ETP.

Syndicats sceptiques

Ce tableau dressé par l’étude comparative est loin d’être idyllique. Car plusieurs obstacles ou contraintes sont à prendre en considération.

La SNCB reconnaît dans l’étude qu’il y aura un transfert de tâches de l’accompagnateur de train vers le conducteur et d’autres agents. C’est l’un des points qui justifie la réticence des syndicats qui, outre la perte d’emploi, mettent en avant des problèmes de sécurité. "Comment peut-on garantir la sécurité des travailleurs et de l’exploitation avec le projet DOO? En cas de trouble entre voyageurs ou d’agression, que va faire le conducteur qui sera sollicité? Il téléphonera tout en conduisant alors que c’est interdit ou il devra s’arrêter en rase campagne pour aller régler le problème?" interrogent les syndicats. Ils se demandent si le Service de sécurité et d’interopérabilité des chemins de fer (SSICF) validera le DOO vu les contraintes en matière de sécurité.

Pour renforcer le sentiment de sécurité, l’étude préconise la mise à disposition des voyageurs des numéros et des boutons d’urgence ainsi que l’utilisation accrue de caméras de sécurité. Elle prévoit aussi la possibilité pour le voyageur d’appeler le conducteur!

Les voyageurs ne pourront plus acheter des billets à bord (suppression du tarif à bord) pour éviter toute tentative de fraude. Un régime de pénalité de manière générale sera mis en place. La SNCB indique que les accompagnateurs seront formés pour optimiser leur visibilité et travailler au maximum en jouant sur la dissuasion.

Contactée par nos soins, la SNCB précise que plusieurs conditions doivent encore être réunies avant la mise en œuvre du projet, notamment une modification de la législation, l’accord du SSICF, le respect du planning d’adaptation des trains et de l’infrastructure de quai ainsi que le budget nécessaire. "Au niveau de la réduction des effectifs, il ne s’agira pas de licenciement, mais de départs qui ne seront pas remplacés vu la pyramide des âges à la SNCB", dit le porte-parole.

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