Infrabel sacrifie 4.000 emplois: "Demain, comment va-t-on faire rouler les trains?"

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D’après son plan stratégique, le groupe Infrabel comptera 10.299 collaborateurs fin 2020 contre 14.073 fin 2014. La fusion des filiales Tuc Rail et Ixilio entraînera la suppression 1.061 emplois.

Régime minceur pour Infrabel, le gestionnaire d’infrastructure ferroviaire. Selon des documents dont nous avons eu connaissance, ses dirigeants ont prévu un sérieux allègement des effectifs d’ici fin 2020 dans le cadre de leur plan d’entreprise 2016-2020.

Les prévisions de besoin de personnel du groupe au 31 décembre 2020 indiquent 10.299 collaborateurs équivalents temps plein (ETP) dont:

- 9.7736 ETP pour la maison-mère Infrabel,
- 447 ETP pour la filiale d’ingénierie Tuc Rail,
- 116 ETP pour Ixilio, filiale spécialisée dans les infrastructures informatiques.

Par rapport au besoin de personnel au 31 décembre 2014 (14.073 travailleurs ETP), les prévisions du plan d’entreprise laissent entrevoir une diminution du personnel de près de 27% pour le groupe en six ans.

Contacté par nos soins, le groupe confirme son plan, tout en précisant que la diminution des effectifs ne se traduira pas par des licenciements, mais plutôt par des départs volontaires et des non-remplacements des départs à la pension.

"Les mesures d'économies visent toujours le personnel. La situation va devenir intenable, cela va être difficile pour Infrabel d'assurer ses missions essentielles" (Marianne Lerouge, responsable du secteur rail à la CSC Transcom)

La réaction de la CGSP Cheminots 

Gain de productivité de 4%

Le groupe mise aussi sur une augmentation de la productivité de plus de 4% par an. Il prévoit donc d’aller au-delà des 4% annuels décidés par les autorités fédérales.

Au 31 décembre 2014, Tuc Rail avait un besoin de 1.120 travailleurs ETP et Ixilio, 504 ETP. Infrabel devrait compter 12.449 travailleurs. Mais ces chiffres ne sont jamais respectés en raison de la difficulté pour l’entreprise à dénicher certains profils spécifiques. À titre d’exemple, l’entreprise Infrabel occupait 11.359 collaborateurs ETP à fin décembre 2015, alors que son budget en prévoyait 11.580.

 "Il y a déjà une pénurie de techniciens et d'ingénieurs actuellement, une situation qui va s'étendre à d'autres catégories de travailleurs. Demain, comment va-t-on faire rouler les trains?" (Michel Abdissi, président de la CGSP Cheminots)

Jusqu'ici, les travailleurs et les syndicats n'ont pas été informés officiellement. Ils attendent la présentation d'un "plan d'entreprise" prochainement. Un comité de pilotage est prévu le 24 janvier lors duquel les organisations syndicales poseront des questions sur l'emploi.

Les syndicats craignent que ces mesures d'économie visent à "détricoter" le rail. "On pourra ensuite démontrer que les capacités ne sont plus là et confier davantage de missions au privé", affirme Michel Abdissi. "Infrabel se justifie en disant qu'il n'y aura pas de licenciement sec, mais ceux qui trinquent, ce sont les travailleurs restants. Ils doivent fournir les mêmes résultats avec moins de personnel. Un autre danger est une fuite des savoirs, puisque les collaborateurs quittent l'entreprise avec leurs connaissances", lance Marianne Lerouge, responsable du secteur rail à la CSC Transcom.

Rationalisation des filiales

11 filiales
Le groupe Infrabel veut réduire ses filiales de 17 en 2016 à 11 à l’horizon 2020.

Le groupe Infrabel a annoncé récemment la fusion des deux filiales Tuc Rail et Ixilio. La décision qui s’inscrit dans le cadre de la diminution des filiales conformément à la feuille de route imposée par le gouvernement fédéral. Il y a dix ans, le groupe Infrabel comptait 23 filiales. Aujourd’hui, on y dénombre 17 et l’objectif affiché est de détenir 11 filiales à l’horizon 2020.

D'après ses dirigeants, les 23 filiales alourdissaient inévitablement l’organisation et la gestion même de l’entreprise. "Infrabel va poursuivre ses efforts de rationalisation de ses filiales, en vue d’atteindre le nombre de 11 filiales en 2020, ce qui représentera une réduction de 52% par rapport à la situation en date du 1er janvier 2014", soulignent-ils.

La question que se posent désormais certains observateurs est de savoir si avec une telle diminution des effectifs prévue dans son plan, le groupe Infrabel parviendra-t-il à atteindre ses objectifs opérationnels. Parmi ceux-ci figurent la sécurisation du trafic, l’amélioration des temps de parcours (ponctualité du trafic) et la stabilisation de la dette.

Le groupe a déjà prévenu qu’en raison des économies imposées par le Fédéral, le renouvellement de certaines infrastructures est reporté au-delà de 2020 en ce qui concerne le maintien de capacité (entretien du réseau, etc.).

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