Pourquoi réfléchir à deux fois avant de vendre des bijoux de famille

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Dans certains cas, comme Proximus, Belfius ou BNP Paribas, la privatisation est inscrite dans les astres. Dans d’autres cas, comme la SNCB ou l’aéroport de Bruxelles National, il faut préserver le service public. Enfin, certains secteurs stratégiques, comme les centrales nucléaires par exemple, devraient réintégrer le giron de l’État.

"Toutes les participations de l’Etat fédéral vont être passées à la loupe dans les prochains mois au sein d’un groupe de travail. Quand je dis toutes, c’est toutes."

L’idée du ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) de privatiser la SNCB (lisez ici l'interview complète) a suscité une levée de boucliers dans les rangs de l’opposition et auprès des organisations syndicales. Le principe de privatiser les "bijoux de famille" soulève en effet bon nombre de questions.

 

1/ Qu’est-ce que l’État possède encore?

L’État fédéral, à travers son bras financier qu’est la SFPI (Société fédérale de participations et d’investissement), est présent dans plusieurs dizaines d’entreprises, tantôt pour des raisons historiques, tantôt pour des raisons stratégiques, tantôt encore pour des raisons purement financières. En dresser l’inventaire complet serait un exercice fastidieux. C’est pourquoi l’infographie ci-jointe se limite aux plus importantes participations.

2/ Le gouvernement a-t-il le droit de procéder à des privatisations?

Lorsqu’il est question de privatiser, le gouvernement doit tenir compte d’un certain nombre de contraintes – légales notamment – héritées du passé. La question s’est posée pour bpost et Proximus. Toutefois, la loi du 16 décembre 2015 rend possible une privatisation de ces entreprises grâce à la suppression de l’obligation légale faite aux autorités de détenir une majorité des actions dans ces entreprises publiques.

À côté de la suppression de cette participation obligatoire, la loi assouplit le cadre réglementaire, afin de mieux armer les entreprises publiques dans la concurrence avec le privé. Elles auront ainsi plus de liberté pour prendre des participations dans d’autres entreprises, tandis que l’obligation légale de travailler avec du personnel statutaire disparaît.

3/ Est-ce une bonne idée de privatiser?

Bruno Colmant, chief economist à la banque Degroof et professeur d’économie à l’ULB et à l’UCL, est bien placé pour répondre à cette question puisqu’il a été le chef de cabinet du précédent ministre des Finances Didier Reynders. À ses yeux, lorsqu’une entreprise publique dispose d’un monopole ou fournit un service public, il n’est pas judicieux de vendre. C’est le cas de la SNCB ou de l’aéroport de Bruxelles National par exemple. A fortiori si l’entreprise est déficitaire comme la SNCB. "Ce n’est pas un changement de propriétaire qui va répondre au problème financier. Et quand bien même on trouverait un candidat repreneur, il ne proposera pas grand-chose pour une société qui ne réalise pas de bénéfices." Quant à l’argument du désendettement, il est un peu court selon lui. "C’est valable à très court terme, mais cela n’apporte aucune solution structurelle à la dette publique."

4/ Que pourrait-on privatiser?

Proximus et Belfius apparaissent comme deux entités où l’État aurait intérêt à se désengager. Pour Bruno Colmant, "il n’y a pas de raison de ne pas le faire et la question se posera très bientôt." Dans le cas de Belfius, l’opération pourrait d’ailleurs s’avérer particulièrement intéressante, puisque la banque vaut aujourd’hui 150 à 200% de ce qu’elle valait lorsque l’État l’a sauvée de la débâcle au plus fort de la crise financière de 2008. Dans le cas de la Loterie Nationale, on peut imaginer une privatisation, étant donné la présence d’autres acteurs sur le marché des jeux et paris. Mais ce faisant, l’État se priverait sur le long terme d’une juteuse rente annuelle. Cela mettrait aussi en péril le rôle sociétal de la Loterie Nationale dont une partie des bénéfices est reversée à des œuvres caritatives.

5/ Que vaudrait-il mieux ne pas privatiser?

Si on pose le principe qu’il vaut mieux ne pas privatiser des entreprises qui ont un monopole ou qui fournissent un service public, on peut se demander si les centrales nucléaires ne devraient pas être rachetées à Engie. Tel est en tout cas le point de vue que défend Bruno Colmant. "Nos centrales sont d’utilité nationale, elles ont un monopole de fait et elles fournissent 50% de la production d’électricité. Autant de raisons de les réintégrer dans le giron de l’État." De même, il estime que l’État doit rester présent dans Euronext, "pour protéger l’épargne publique".

6/ Privatiser est-il politiquement réalisable?

Privatiser ne va pas sans susciter de fortes résistances, syndicales notamment. Le constat vaut d’autant plus pour la SNCB que celle-ci est, techniquement parlant, gérée de manière paritaire par l’État et les syndicats. "Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, c’est une réalité dont on doit tenir compte", souligne Bruno Colmant. "La SNCB, c’est la pulsation de la Belgique. Des centaines de milliers de navetteurs utilisent le train tous les jours, la SNCB doit fonctionner. D’où l’importance de pas s’aliéner les syndicats."

D’une manière générale, Bruno Colmant estime qu’une telle opération doit se faire en début de législature et non à la fin de celle-ci. D’autant que le sujet n’est pas repris dans l’accord de gouvernement. "Idéalement, il faudrait un consensus politique avant la formation du gouvernement."

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