interview

"73% de nos start-ups sont toujours en vie"

Lode Uytterschaut et Katrien Dewijngaert de Start It@KBC ©FV1 KN

L’accélérateur de start-ups, Start it @KBC, est devenu, en 5 ans, la référence du secteur en Belgique et même au-delà.

À l’aube de fêter les 5 ans de ce qui est devenu la plus importante structure d’accompagnement de start-ups en Belgique, son CEO et fondateur, Lode Uytterschaut, déborde d’ambition. Fier du travail accompli, il porte un regard aiguisé sur l’évolution des start-ups belges et sur les travers qui empêchent encore la Belgique de passer à l’étape supérieure.

Quel bilan tirez-vous des 5 dernières années d’activité de Start it @KBC?
Le bilan est qu’on a fait une véritable différence dans l’écosystème belge. Nous sommes ce qu’on appelle un "gamechanger" au sein de ce milieu. Nous étions nous-même une start-up au départ, nous n’avons jamais pensé que cela prendrait les proportions actuelles. Nous fonctionnons toujours comme une start-up d’ailleurs. Mais une start-up qui s’est étendue à l’international. En 5 ans, nous avons analysé les dossiers de candidature de près de 3.000 start-ups, nous en avons validé 700 et 73% d’entre elles sont toujours en vie. Ce qui signifie pour nous qu’elles sont soit en train de lever des fonds, soit en train de vendre leur produit et/ou d’avoir un revenu.

"En 5 ans, nous avons analysé les dossiers de candidature de près de 3.000 start-ups, nous en avons validé 700."

L’accompagnement que vous proposez aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui des débuts. Pourquoi?
Au départ, nous faisions de l’incubation pure, c’est-à-dire que nous proposions un espace de bureau, l’accès à un réseau et du coaching. Cinq ans après, nous sommes devenus un accélérateur de start-ups et le plus important du pays. Depuis le premier jour, nous demandons systématiquement un feedback aux start-ups pour faire évoluer notre programme d’accompagnement. Cela entraîne des changements permanents pour coller au mieux aux besoins des start-ups. Chaque année, notre programme évolue.

Qu’est-ce qui vous différencie des autres programmes d’accompagnement?
La durée du programme est un élément clé. Les start-ups peuvent rester chez nous pendant 1 an si elles le souhaitent. Dans les autres programmes d’accompagnement, c’est en général 3 à 6 mois. Nous faisons cela pour que les start-ups se rencontrent, s’entraident et apprennent les unes des autres. Nous avons créé notre propre écosystème qui se renouvelle perpétuellement. Autre point important, nous ne prenons jamais de participation dans les start-ups et elles ne paient rien pour les services que nous offrons. Nous survivons uniquement via le sponsoring de grandes entreprises qui nous soutiennent.

"Nous voulons devenir internationaux et répliquer notre modèle d’aide aux start-ups à l’étranger."

Quels objectifs vous fixez-vous pour les prochaines années?
Dans les 3 prochaines années, nous voulons atteindre le chiffre symbolique de 1.000 start-ups accompagnées. Nous voulons aussi accélérer le programme "StartupX", qui est la collaboration que nous avons avec les corporate. Aujourd’hui, nous faisons partie du club très fermé des meilleurs accélérateurs de start-ups au monde. Grâce à cela nous pouvons proposer des opportunités internationales à nos start-ups. Mais surtout, nous voulons nous-mêmes devenir internationaux et répliquer notre modèle d’aide aux start-ups. Nous sommes déjà implantés à New York, Budapest et Prague.

Le but est donc de devenir un accélérateur de start-up au niveau mondial?
Commençons déjà par l’Europe et surtout par des marchés à taille raisonnable sur lesquels nous pouvons avoir un réel impact et faire une différence par rapport aux acteurs déjà présents. Notre présence à New York, par exemple, est uniquement dans le but d’aider nos start-ups à attaquer le marché américain. Les autres implantations servent à accompagner des start-ups locales, ce qui reste notre atout principal.

"Ce qui manque cruellement en Belgique, c’est une formation orientée vers l’entreprenariat."

N’y a-t-il pas trop de structures d’accompagnement en Belgique par rapport au nombre de start-ups actives?
Il y a 5 ans, il n’y avait rien. Seulement quelques start-ups valaient la peine. Quelques accélérateurs et réseaux étaient en place mais c’était quasi confidentiel. Vous aviez le Betagroup en Wallonie, Startups.be à Bruxelles et iMind en Flandre. Nous avons participé à l’expansion du secteur et à l’accélération de la maturité de l’écosystème. Aujourd’hui, on est presque dans la situation inverse, puisqu’il y a trop d’accélérateurs et d’initiatives en tout genre. On me demande parfois s’il n’y a pas plus de structures pour accompagner les start-ups que de start-ups elles-mêmes (rires). Je ne pense pas que nous en soyons là mais il faut bien constater qu’après le lancement de Start it @KBC, toutes les banques ont voulu avoir leur accélérateur de start-ups.

On assiste de plus en plus à des levées de fonds records pour les start-ups belges. Est-ce un signe de maturité pour notre écosystème ou un simple hasard?
Pendant très longtemps, il était très dur pour une start-up belge de trouver des fonds et des investisseurs belges prêts à prendre de gros risques. Depuis 1 an, cette tendance est en train de changer et cela va aller crescendo. La raison est simple, les quelques start-ups belges qui ont réussi (Collibra, Showpad, Teamleader) et sont maintenant des success stories commencent à réinvestir dans des start-ups locales. Elles le font car elles savent très bien combien c’est difficile pour une jeune pousse belge de trouver des investisseurs prêts à investir des gros montants localement. C’est pour moi un signe clair de la récente maturité de notre écosystème.

"Ce n’est pas le rôle de l’État de continuer à investir de l’argent directement dans les start-ups."

Que manque-t-il à notre écosystème pour passer au niveau supérieur?
L’argent n’est pas le problème, comme beaucoup de gens le croient. Je pense d’ailleurs que ce n’est pas le rôle de l’État de continuer à investir de l’argent dans les start-ups directement. Ce qui manque cruellement en Belgique, c’est la formation. Une formation orientée vers l’entreprenariat. Le but n’est pas que tous les jeunes de 22 ans soient des entrepreneurs mais qu’ils possèdent au moins les clés nécessaires. Tout en sachant très bien que le seul moyen d’apprendre à monter et gérer une start-up, c’est de le faire.

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