B12, une start-up de physiciens capable de transposer un labo dans un boîtier

Cent expériences de labo de physique concentrées dans ce boîtier: tels sont les débuts de B12 Consulting. ©B12 Consulting

Parmi les jeunes pousses nées dans l’environnement universitaire, B12 Consulting se distingue par son histoire et son positionnement. Cette boîte fondée par trois docteurs en physique résout les énigmes à la demande, comme le feraient des détectives privés… Son expertise a eu des échos jusqu’au CERN, à Genève.

B12 Consulting n’est pas une start-up comme les autres. Cette entreprise fondée à Louvain-la-Neuve par trois docteurs en physique en 2012 a déjà bien roulé sa bosse. Sans gros investissements, et donc sans levée de fonds. Elle croît d’une vingtaine de pourcents par an, a dégagé l’an dernier une marge de 1,4 million d’euros, et vient de recruter son 20e collaborateur. Elle est en train de réaliser son premier "véritable" investissement en construisant son nouveau siège, à côté du Cercle du Lac, dans la cité universitaire.

Expériences en boîte

Les trois fondateurs se sont rencontrés alors qu’ils planchaient sur leur thèse de doctorat dans le même bureau, le "12" de la Tour B à l’université, d’où le nom de la société: B12. Michel Herquet se spécialisait dans la physique des particules, Vincent Boucher dans la cosmologie et Geoffroy Piroux dans la physique des statistiques. En fin de thèse, ils se sont séparés. Michel Herquet a fait de la recherche aux Pays-Bas, est revenu en Belgique pour travailler comme consultant en stratégie chez McKinsey, avant de décrocher une commande en provenance d’un professeur d’université américain: "Il m’a demandé de développer une plateforme d’e-learning (apprentissage à distance) pour le compte de l’éditeur McMillan."

Herquet a quitté McKinsey et s’est attelé à la tâche. Puis les Américains ont relevé la barre: un de leurs physiciens, Mats Selen, a lancé l’idée de créer un logiciel permettant aux étudiants d’effectuer toute une série d’expériences de physique sur leur écran, plutôt qu’en laboratoire. Ils ont demandé à Herquet de le développer, l’objectif étant de le présenter sous forme d’un boîtier équipé de senseurs. Le Belge a relevé le défi, mais a appelé ses anciens collègues thésards à la rescousse pour le seconder. Vincent Boucher et Geoffroy Piroux ont répondu présents, et le trio a mis au point IOLab, un boîtier-logiciel remplaçant un labo de physique pour plus de cent expériences. C’était en 2011 et le produit est toujours commercialisé aujourd’hui outre-Atlantique, où des milliers d’étudiants l’ont déjà utilisé.

"Notre premier chiffre d’affaires avait été réalisé en dollars."
Michel Herquet
Cofondateur de B12 Consulting

Ce premier succès, suivi d’une nouvelle commande en provenance de MacMillan Learning, a encouragé nos trois docteurs à poursuivre l’expérience. En février 2012, ils se sont associés pour créer leur entreprise, B12 Consulting, avec un double objet social: développer des projets pour compte de tiers, et résoudre des problèmes spécifiques en utilisant leur maîtrise dans l’analyse des données ("big data") et la science des algorithmes, les deux activités étant très complémentaires. "Notre premier chiffre d’affaires avait été réalisé entièrement en dollar, mais au départ de la Belgique", sourit Herquet.

Agence tous risques

Un de leurs premiers clients "locaux" aura été Jérôme Kervyn, le fondateur de SunSwitch, ex-leader wallon dans les panneaux photovoltaïques. B12 l’a aidé à mettre au point un logiciel de simulation énergétique des bâtiments. Puis les contrats se sont succédé, en provenance de quasi tous les secteurs sauf la distribution et l’agroalimentaire. "Nous résolvons les problèmes complexes qu’on nous soumet. Nous le faisons en mode ‘zéro propriété intellectuelle’, ce qui plaît beaucoup." La jeune pousse est devenue une boîte de résolution d’énigmes. "On nous appelle l’Agence tous risques." Ce faisant, elle abat parfois le boulot d’enquête d’un détective privé.

L’entreprise s’est aussi spécialisée dans l’étude des "small data", soit l’analyse au départ d’une petite quantité de données. Quelques exemples de problèmes résolus grâce à cela… "Le groupe verrier AGC nous a demandé de développer des senseurs qui détectent les impacts sur les pare-brises des voitures. Dans la distribution médicale, une société a voulu que nous identifiions des anomalies dans les données répertoriant leurs ventes. Dans l’industrie chimique, une chaîne de production s’inquiétait de la grande variation de qualité de ses produits: on en a recherché les causes, au départ en analysant les données, puis en allant interroger les gens sur le terrain. Dans les transports en commun, la Stib a cherché à mieux prévoir les pannes de ses autobus; on y est arrivé en combinant big et small data…"

Cerise sur le gâteau, les fondateurs de B12 ont été récemment invités au Centre de physique des particules CERN, en Suisse, pour y exposer leur manière de traiter les "small data". "Historiquement, explique Michel Herquet, le développement de la recherche s’est d’abord fait dans les milieux académiques, avant de se prolonger dans le secteur privé. Mais dans les données, avec l’arrivée des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon…, NDLR) et l’avènement de l’intelligence artificielle, on a assisté au mouvement inverse: la créativité s’est déplacée vers le privé. Le CERN invite dès lors des représentants de l’industrie pour voir ce qu’ils font et échanger avec eux." Une jolie référence à ajouter au catalogue de la start-up de thésards…

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