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Euronext et Spreds lancent Jungle Bells pour réconcilier scale-ups et Bourse

La Bourse et le "crowdfunder" fédèrent du beau monde pour combler le trou entre jeunes pousses et IPO.

La Belgique enregistre ces dernières années un véritable boom dans la création de start-ups, avec pléthore d’initiatives pour les financer au démarrage, mais offre peu de solutions quand celles-ci passent au stade de "scale-up" et qu’il faut financer leur croissance. Conséquence, lorsqu’elles ont bien grandi, elles se font souvent racheter par un concurrent ou des fonds étrangers.

"Il n’y a aucune raison qu’une start-up d’aujourd’hui ne puisse pas rentrer dans le Bel 20 demain."
Vincent Van Dessel
Euronext Bruxelles

Très peu d’entre elles continuent à tutoriser leur arrivée à maturité dans le pays. Quant à celles qui osent se diriger vers une introduction en Bourse (IPO), elles se comptent sur les doigts de la main et ne concernent plus que le secteur de la biotechnologie… C’est pour s’efforcer de briser cette malédiction que la plateforme de crowdfunding Spreds s’est associée avec la Bourse Euronext Bruxelles autour d’un ambitieux projet. Nom de code: "Jungle Bells". "La jungle, c’est la population des start-ups, tandis que les cloches évoquent la ‘Bell Ceremony’ par laquelle Euronext salue chaque nouvelle IPO", décrypte Axel Houtart, senior advisor chez Spreds, fraîchement nommé directeur du nouveau programme.

Accéder aux start-ups

La réflexion se nourrit de plusieurs constats interpellants. Spreds observe que les jeunes pousses que finance sa plateforme de "crowd" reviennent souvent lever des fonds supplémentaires deux, trois ou quatre ans plus tard, pour financer leur progression. Elle voit par ailleurs d’autres entreprises qui voudraient utiliser sa plateforme pour récolter de plus gros montants.

Même un géant comme Engie Electrabel est déjà passé par cette case, pour fédérer des investisseurs tiers dans un projet éolien. Parallèlement, les candidats investisseurs se bousculent aussi au portillon: "Beaucoup d’acteurs veulent investir dans les start-ups, mais n’ont pas accès à ce public", relève Charles-Albert de Radzitzky, le CEO de Spreds. "On parle à des corporates qui cherchent à la fois du sourcing et une gestion administrative de leurs investissements en jeunes pousses."

De son côté, malgré l’existence de ses segments Access et Growth dédiés aux PME, la Bourse n’attire plus beaucoup de jeunes entreprises. L’an dernier, Bruxelles a accueilli à peine quatre IPO, tous types de sociétés confondus, à comparer avec 45 au niveau du groupe Euronext. "Il est exact que le financement des scale-ups en Belgique a besoin de projets innovants pour passer à la vitesse supérieure", déclare Vincent Van Dessel, le CEO d’Euronext Bruxelles. "Jungle Bells est une initiative intéressante pour répondre aux besoins des entrepreneurs ambitieux en quête de financement et de visibilité." Il y voit un signal pour l’économie belge: "Il n’y a aucune raison qu’une start-up d’aujourd’hui ne puisse pas rentrer dans le Bel 20 demain."

Une IPO et 300 investisseurs

Le programme visera deux objectifs chiffrés: amener au moins une scale-up en Bourse d’ici fin 2020, et fédérer au moins 300 investisseurs professionnels susceptibles de participer aux futures levées de fonds. "On veut recréer le marché qui manque entre les start-ups et les IPO", résume Houtart.

Pour mettre le maximum de chances de leur côté, Euronext et Spreds ont conclu une série de partenariats qui leur permettront d’offrir tous les accompagnements possibles. On peut les répartir en deux familles: partenaires d’investissement et de services. Dans la première catégorie figurent le holding public fédéral SFPI, l’incubateur spécialisé dans les fintechs B-Hive et la firme de corporate finance ONEtoONE. Ces deux derniers sélectionneront des start-ups et des scale-ups qui bénéficieront du programme "Jungle Bells". Dans la seconde catégorie, le cabinet d’avocats PwC Legal offrira l’accompagnement juridique tandis que Co-Station tiendra à disposition son réseau d’espaces de coworking. Ajoutons pour être complet que les fondateurs du projet aimeraient compléter ce bel aréopage par une banque. Ils négocient actuellement avec trois candidats partenaires dans ce secteur…

Concrètement, que vont-ils faire pour amorcer la pompe? Jusqu’ici, Spreds organisait chaque mois une soirée "pitch" au cours de laquelle des start-ups en attente de crowdfunding étaient présentés à un public d’investisseurs amateurs et professionnels. Désormais, Spreds et ses partenaires vont à la fois élargir et resserrer l’événement: "On y présentera des start-ups et des scale-ups à un public de professionnels constitué de business angels, de clubs d’investissement, de fonds familiaux et de venture capital… Les sociétés qui viendront lever des fonds seront analysées par des professionnels: investisseurs, incubateurs. On tiendra six séances par an."

Cerise sur le gâteau, en fin d’année, Euronext remettra un prix "Jungle Bell" à la jeune entreprise qui aura obtenu le meilleur score aux pitchs sur la base de trois critères: le montant de la levée de fonds, la qualité de sa gouvernance et celle de sa communication. Si la sauce prend et que tout cela aboutit effectivement à des projets d’IPO, le but est de prolonger l’expérience. "Si tout marche bien, on renouvellera le bail pour deux ans avec Euronext et nos partenaires", conclut Alex Houtart.

Interview

Axel Houtart

Directeur du programme Jungle Bells

1 C’est souvent le marché de l’exit qui est défaillant en Belgique: quand l’investisseur veut sortir, c’est difficile…

Oui, quand une start-up fonctionne très bien, elle part à l’étranger. La plupart de nos biotechs sont rachetées en phase clinique II ou III. Pourtant, on a eu des entrepreneurs comme les fondateurs de Solvay ou d’AB InBev… Il faut redonner l’envie aux entrepreneurs d’aller se positionner sur les marchés internationaux et de vouloir se retrouver un jour dans le Bel 20.

2 Où est votre valeur ajoutée?

Avec le réseau de partenaires qu’on crée ici, on pourra apporter aux investisseurs professionnels le pipeline de start-ups sans doute le plus large au niveau belge. Et on va l’étendre pour que nombre de "nos" start-ups deviennent des scale-ups.

3 Quel sera le rôle d’Euronext Bruxelles?

Euronext, c’est un cachet, un label. Ils vont aussi convaincre les gens avec qui ils travaillent de participer au programme. Et ils vont organiser le prix Jungle Bells. Cela dit, Euronext est le marché, il n’est pas l’acteur qui prépare les sociétés; il est neutre. Comment peut-il dès lors donner l’impulsion? Réponse: via notre programme. Nous serons en somme des rabatteurs pour ses "listing agents".

4 Il n’y a aucun fonds de venture capital dans vos partenaires…

On n’en veut pas un, on les veut tous! L’objectif est de créer un marché. On va inviter tout le monde à nos pitches.

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