IBanFirst, futur poil à gratter des banques, lève 15 millions d'euros

Pierre-Antoine Dusoulier, fondateur d'IbanFirst. ©Christophe Licoppe/Ibanfirst

La fintech belgo-française est discrètement en train de faire bouger les lignes sur le front de l’open banking. Elle clôture sa seconde levée de fonds et vise 100 millions de revenus d’ici cinq ans.

Les bureaux d’iBanFirst, plantés sur les hauteurs de l’avenue Louise à Bruxelles, ont des allures de salles de marché revisitées, ambiance start-up en plus. Son fondateur, le Français Pierre-Antoine Dusoulier, a pris l’habitude de venir au bureau en vélo. Il a investi dans un Cowboy Bike. "Il est canon, je n’utilise plus que ça en ville", sourit-il. La start-up bruxelloise fait partie de ses 2.500 clients – dont 30% sont belges – qui utilisent ses services de paiement en devises étrangères.

Les clients visés sont surtout des PME qui réalisent entre un million et 50 millions de paiements internationaux par an. "Beaucoup sont des sociétés techs qui parlent le même langage que nous, fait remarquer Pierre-Antoine Dusoulier. Elles veulent faire du paiement à l’étranger au meilleur coût. Elles ne veulent pas faire du change d’un côté, du paiement de l’autre. Et si elles s’adressent aux banques pour tout faire en un seul coup, elles n’ont aucune envie de se faire gruger par manque de transparence."

Mais où sont précisément réalisées les économies promises par iBanFirst? D’abord, sur la répartition des frais lors d’un virement vers l’étranger. Les frais varient de 0 euro pour un virement BEN (frais à charge du bénéficiaire) à 10 euros pour un virement OUR (à charge du donneur) en passant par 5 euros pour le virement SHA (frais partagés). "Cela représente une petite fraction de ce que prélèvent les banques traditionnelles", note le CEO d’iBanFirst.

"Nous sommes plus transpa-rents qu’une banque tradition-nelle."
pierre-antoine dusoulier
ceo d’ibanfirst

Ensuite, et surtout, sur le taux de change. "Nous sommes beaucoup plus transparents qu’une banque traditionnelle. Au lieu d’un fixing pas souvent favorable, nous proposons du temps réel sur les taux de change grâce à une API qui est directement branchée sur le marché interbancaire", détaille Pierre-Antoine Dusoulier. Notez qu’iBanFirst est également le premier prestataire de services de paiement à être directement branché sur Isabel, l’un des fournisseurs les plus importants de banking internet multibancaire pour les professionnels en Belgique.

En outre, la fintech a d’ores et déjà commencé à diversifier son offre. "Notre idée, c’est d’avoir une plateforme qui offre tous les services financiers pour lesquels nous avons une vraie expertise: paiement à terme, flexible forward… Pour le futur, on travaille également sur un nouveau produit qui permettra de financer les factures de nos clients", poursuit Pierre-Antoine Dusoulier, qui précise avoir fait la demande pour l’agrément en tant qu’établissement de crédit auprès de la FSMA.

La Belgique comme point de départ

Bien qu’elle dispose d’un important bureau à Paris, iBanFirst a préféré la Belgique pour loger tout son opérationnel (35 personnes, dont 6 à Anvers). "On voulait créer une boîte européenne dès l’origine. On aurait pu se lancer en France car c’est un grand marché. Mais le risque est élevé de finir par ‘se limiter’ à la France. L’avantage en lançant nos activités en Belgique, c’est qu’on est obligé dès le départ de s’intéresser aux marchés limitrophes pour avoir des clients supplémentaires", explique Pierre-Antoine Dusoulier.

Le CEO d’iBanFirst connaît bien les problématiques et opportunités des "petits marchés", lui qui a dirigé les activités Western Europe de Saxo Bank pendant près de six ans. Et il est bien au fait de l’historique belge en matière de paiement. "Il y a beaucoup de talents parce que la Belgique a ou a eu de belles boîtes comme Ogone, Swift, MasterCard, Isabel ou même Keytrade", ajoute-t-il.

Un chiffre d’affaires de 100 millions dans 5 ans

Pour 2018, iBanFirst revendique 2 milliards d’euros de volume de transactions pour le compte de ses clients, ce qui représente 40.000 paiements. La start-up n’est pas encore rentable mais elle pense pouvoir atteindre un chiffre d’affaires de l’ordre de 100 millions d’euros d’ici 5 ans. Et pour y arriver, elle compte bien sur son agrément DSP2 pour l’initiation de paiement (PISP) et information sur les comptes (AISP) obtenu durant l’été.

"Nous sommes persuadés qu’avec la nouvelle Directive sur les services de paiement (DSP2), notre service sera de plus en plus facile à utiliser par nos clients dans la mesure où nous pourrons à leur demande et avec toute notre expertise, effectuer des paiements à l’autre bout du monde depuis n’importe quel compte bancaire, sans qu’un transfert préalable vers iBanFirst soit nécessaire", estime Pierre-Antoine Dusoulier.

25 millions d’euros levés en deux ans

Pour financer son développement et s’imposer face aux mastodontes bancaires et leurs millions de clients, iBanFirst a fait monter à son bord deux fonds de capital-risque français. Les heureux élus, qui ont procédé à une augmentation de capital de 15 millions d’euros, sont Serena et Breega. Figure emblématique de la french tech, Xavier Niel fait également parti de son second tour de table.

Parmi les priorités, iBanFirst entend fortifier ses positions actuelles en développant ses activités commerciales en Belgique, notamment en Flandre, mais également en France et aux Pays-Bas. À plus long terme, l’Italie et l’Allemagne sont des marchés qui intéressent également iBanFirst. "On n’y est clairement pas encore mais l’Italie avec ces 200.000 PME qui font de l’import/export et l’Allemagne et son tissu industriel, ça fait évidemment rêver", conclut Pierre-Antoine Dusoulier.

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