"Allo le 1819? Je suis perdu dans la jungle des aides..."

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Les aides à l’entrepreneuriat, financières ou non, sont loin de manquer. Bonne chance, par contre, à celui qui choisira de se dépatouiller tout seul dans le labyrinthe des subsides, formations, centres d’entreprises et autres incubateurs. Nous avons appelé Ali, l’une des neuf personnes qui répondent au 1819, un service particulièrement complet d’aide aux (candidats) entrepreneurs bruxellois.

Quel est le profil type des personnes qui vous appellent?
C’est très variable, mais dans la moitié des cas, ce sont des entreprises déjà existantes, tandis que le reste se partage entre ceux qui ont un projet et veulent plus d’informations avant de se lancer, et les personnes, salariés ou demandeurs d’emplois, qui envisagent de devenir indépendants. Ou encore des indépendants qui ont des questions plus juridiques ou économiques. On en voit aussi beaucoup qui ont simplement eu une idée le matin et se demandent quoi en faire.

Est-ce qu’il y a des secteurs d’activité qui se démarquent?
Pas vraiment, ils sont tout représentés, des secteurs économiques classiques aux start-ups actives dans le numérique.

"25% des appels concernent principalement les subsides."
Ali
Diplomé en sciences de Gestion, répondant au 1819

Est-ce que les opérateurs sont spécialisés dans certains domaines ou vous disposez tous d’une connaissance globale?
On dispose tous d’une connaissance générale mais chacun a sa petite spécialité: il y a des juristes, des économistes,.. Mais on reste très polyvalents. On fait des recherches, aussi, on appelle les différents organismes publics ou privés, et on s’engage à répondre aux porteurs de projet dans les 48 heures.

Quelles sont les questions qui vous sont le plus souvent posées?
Il y a clairement 25% des personnes qui nous appellent pour les subsides, sinon cela tourne beaucoup autour des méthodes de financement, les statuts. Récemment, on a eu beaucoup de questions sur le nouveau régime d’indépendant complémentaire pour les personnes qui touchent le chômage.

Pour les subsides: s’agit-il surtout d’entreprises existantes?
Ça peut être les deux. Pour les candidats entrepreneurs, il y a par exemple l’aide à la pré-activité, qui peut être octroyée aux personnes qui n’ont pas encore de numéro d’entreprise et qui voudraient faire une étude de faisabilité à propos de leur projet. Pour les entreprises existantes, il y a des subsides comme les aides aux investissements généraux, les aides à la consultance,… Il y a vraiment de tout.

©© lev dolgachov

Y a-t-il un équivalent wallon au 1819?
Pas exactement, même si l’Agence de stimulation économique rend le même type de service. Il y a aussi l’UCM, qui est bien présente et répond aux questions des entrepreneurs ou candidats entrepreneurs.

Je veux monter une start-up numérique avec mon équipe, on en est au stade de l’idée et on ne sait pas par où commencer, quel sera votre premier conseil?
Je renverrai vers nos équipes qui sont spécialisées dans l’accompagnement d’entrepreneurs pour la définition de plan d’affaires. On leur pose une série de questions pour déterminer le niveau de développement du concept, de la structure. En fonction, on leur propose un accompagnement, des informations sur les démarches administratives,… On les invite aussi fréquemment à une session d’info que l’on organise toutes les deux semaines, axée sur les pièges à éviter lorsque l’on crée un business à Bruxelles. On organise aussi beaucoup d’ateliers thématiques.

Est-ce que vous les renvoyez vers les initiatives privées comme la Co.Station, le BetaCowork, et autres, ou vous restez dans l’institutionnel?
On leur propose toutes les pistes, qu’elles soient privées ou publiques. Nous avons une liste très fournie de tous les acteurs qui peuvent faire de l’accompagnement, mais aussi des organes de formation, etc.

Quelle est la durée moyenne d’un appel?
Cela varie entre 5 et 40 minutes… Il y en a aussi qui nous appellent deux, trois, 10 fois en quelques jours, d’autant que l’on suit les dossiers pendant parfois un bout de temps. Pour donner un ordre d’idée: on a géré 5.000 appels en 2015 et on a en moyenne entre 20 et 30 demandes par jour.

1. Créer sa start-up

De l’importance du choix de la structure et de l’actionnariat.

La première décision à prendre lorsque l’on veut créer une startup porte sur la forme juridique de l’entreprise. La plupart des starters optent pour une société exigeant peu de capitaux, comme une SNC (un euro minimum) ou une SPRL (6.200 euros). "Mais si des investisseurs entrent au capital, beaucoup exigeront un changement de structure en société anonyme", explique Anneleen Vander Elstraeten, du cabinet d’avocats anversois Lige. S’il y a plusieurs fondateurs, il est conseillé de répartir à l’avance les actions. Souvent, les fondateurs optent pour une répartition égale, sans tenir compte de la réelle valeur ajoutée de chaque partenaire. "Plus vous reportez cette discussion, plus le risque est grand de voir les relations se détériorer", prévient Joris Noreillie, consultant en finances.

"Je vois beaucoup d’entreprises dont la dynamique est entravée des années durant par des discussions stériles, pour savoir qui fut le premier à l’origine de l’idée. Alors que 99% de la plus-value viennent de sa mise en œuvre." Mais comment définir une juste répartition? "Une possibilité consiste à regarder les engagements pris par chacun des partenaires, dans le passé comme pour l’avenir. Racheter les parts de partenaires est toujours possible, mais cela doit se faire en toute honnêteté et transparence, et avec l’aval de chacun. Si vous maltraitez vos associés, cela pourrait nuire à votre réputation auprès de futurs actionnaires potentiels, ou lors de la création de votre prochaine start-up."

2. La première levée de fonds

Éviter les prêts avec garantie, ne jamais oublier les subsides.

En cette période de capitaux abondants et bon marché, de nombreuses start-ups essaient de "gagner le gros lot" immédiatement: avec à peine plus qu’une idée ou un business plan, ils espèrent obtenir immédiatement des millions d’euros auprès de grands investisseurs. Mais les choses ne fonctionnent pas ainsi, préviennent les experts. "Les start-ups doivent avant tout être crédibles. Le mieux est donc de commencer par investir ses propres deniers, complétés par les trois ‘F’: Fools, Family and Friends. Il est difficile de faire l’impasse sur cette phase", explique Anneleen Vander Elstraeten, associée du cabinet d’avocats Lige et coach du programme Start IT @KBC. Ici aussi, il est important de mettre les choses au point dès le départ pour éviter toute discussion ultérieure. "Il faut veiller à ce que les premiers investisseurs soient sur un pied d’égalité, et définir clairement l’horizon de placement, le risque et le rendement qu’ils doivent prendre en compte."

Il ne faut pas non plus oublier de vérifier si la start-up est éligible pour des subventions publiques, une source de financement que l’on a tendance à négliger. D’après les experts, un financement bancaire est plus difficile à obtenir. "Il arrive que la banque soit disposée à accorder un crédit, mais avec une garantie personnelle, ce que je déconseille fortement", explique Joris Noreillie, analyste qui agit comme directeur financier indépendant pour des start-ups.

Le montant dont la start-up a besoin doit dépendre d’objectifs concrets, comme le moment où l’on souhaite atteindre le break-even ou lancer un nouveau produit sur le marché. Il est impératif de préparer un business plan réaliste sur base de ces objectifs, sans pour autant se perdre dans trop de détails. "Les secteurs évoluent parfois tellement vite que les business plans sont dépassés après six mois. La principale question est de savoir dans quel délai la start-up obtiendra ses premiers clients fidèles, et s’il est possible de le faire d’une manière rentable."

3. Attirer des capitaux externes

Lire attentivement les petits caractères

Le développement progressif de l’activité pousse généralement la start-up à s’adresser à des investisseurs professionnels: business angels ou fonds de capital à risque. Dans ce cas, les capitaux ne sont pas le seul élément à prendre en compte: il faut que le courant passe avec les nouveaux actionnaires. "Informez-vous via le Moniteur belge et autres sources d’informations publiques sur leurs objectifs et leur spécialisation. Essayez de cerner leurs motivations avant d’aller discuter avec eux", conseille Anneleen Vander Elstraeten, du cabinet d’avocats anversois Lige. Joris Noreillie, consultant en finances, recommande la prudence si les candidats actionnaires demandent des plans détaillés sur plusieurs années. "C’est souvent le cas des investisseurs qui ont bâti leur propre patrimoine dans un secteur stable. Préférez-leur des investisseurs susceptibles d’accepter une certaine volatilité, qui autorisent les erreurs (dans une certaine mesure), et vous permettent de faire évoluer vos plans."

Il est important de se faire assister par un bon avocat lors des négociations avec les investisseurs, mais ce n’est pas suffisant. "Nous avons remarqué que ces dernières années, les investisseurs étaient devenus plus roublards et essayaient de tirer un maximum de revenus. Essayez de savoir ce qu’il en est." La valeur de l’entreprise est généralement analysée en profondeur, mais les textes écrits en petits caractères sont tout aussi importants. Faites très attention aux clauses de "non-dilution", qui garantissent la participation des investisseurs lors des prochaines levées de capitaux, au détriment des fondateurs. Idem pour les droits de veto et droits préférentiels. Ils pourraient vous revenir en pleine figure plus tard. "Soyez également vigilant avec les concours d’incubateurs, qui permettent de gagner un certain montant. Ces financements contiennent souvent toutes sortes de clauses désavantageuses", explique Anneleen Vander Elstraeten.

Si vous avez du mal à attirer certains profils, vous pouvez envisager de réserver une partie du capital pour des plans d’options ou d’actions réservés au personnel. "Essayez d’éviter les actionnariats trop morcelés, car cela effraie les investisseurs. Une solution peut être de rassembler plusieurs petits investisseurs au sein d’une fondation ou d’une société civile."

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