"Les jeunes créateurs de start-up méritent d'être mieux soutenus"

©France Dubois

Cindy Naegel, business angel de l'année, donne ses tuyaux pour bien investir dans des start-ups.

Elle se dit agréablement surprise d’avoir reçu ce prix de Business angel de l’année attribué par les membres du réseau Be Angels, qui accompagne et investit dans des start-ups et les jeunes entreprises innovantes, à Bruxelles et en Wallonie. La mission du réseau est de rapprocher d’une part des entrepreneurs à la recherche d’accompagnement et de moyens financiers et d’autre part des investisseurs privés. Cindy Naegel, 49 ans, fait partie de ces investisseurs privés.

Née dans une famille d’entrepreneurs, elle a suivi une formation dans l’hôtellerie, avant d’opter pour une carrière de commerciale et par la suite de bifurquer vers les ressources humaines. Elle a créé sa SPRL qui s’occupe du transfert et de l’installation de cadres étrangers en Belgique. Et parallèlement s’est lancée dans l’investissement dans des start-ups.

Comment êtes-vous devenue business angel?

Je le suis devenue un peu par hasard en 2006, en investissant dans le projet d’un ami, sans savoir que c’était le nom qu’on donnait aux personnes qui investissent dans des projets menés par des entrepreneurs à la recherche de succès.

Par contre, j’ai rapidement compris qu’il fallait un suivi sérieux et être capable d’aider l’entrepreneur lorsqu’il traverse une période un peu plus difficile: non seulement continuer à l’aider financièrement, mais aussi chercher dans son réseau les compétences nécessaires pour l’aider. En 2013, j’ai rejoint le réseau Be Angels, et depuis, j’ai investi dans une douzaine de start-ups, en Belgique et à l’international.

Faut-il beaucoup d’argent pour entrer dans ce secteur?

Il faut bien comprendre que c’est un type d’investissement à considérer comme une diversification de portefeuille; il est prudent de ne pas y investir plus de 3 à 5% de son patrimoine total. De plus, lorsqu’on sait que grosso modo 10 à 15% des start-ups ne "fêteront" pas leur deuxième année d’existence, on comprend vite qu’il faut investir dans 7 à 10 start-ups en espérant qu’au moins deux permettront d’obtenir un return positif pour compenser les "pertes" ou l’équilibre obtenu ailleurs.

Il faut aussi prévoir les fonds nécessaires pour le 2e ou 3e tour de table, essentiels pour arriver à sortir du bois. Bref, à chaque investisseur de faire son "budget", et déterminer son rythme d’investissement. Mais, je recommande un montant de 50.000 euros à répartir sur 7 à 10 sociétés.

Quelles sont les qualités requises? Comment dénicher les bonnes entreprises?

C’est avant tout une question de temps. Lorsqu’on investit via un réseau, il y a toujours les qualités requises autour de la table pour accompagner un projet dans lequel on décide d’investir. On finit par se connaître dans le réseau.

Mais nous avons chacun nos critères pour déterminer ce qui est potentiellement une bonne entreprise dans laquelle investir. Avant même de regarder un business plan, je veux mieux connaître l’entrepreneur. Car c’est lui, ou elle, qui va devoir mener la barque. Il est donc important qu’il sache écouter, même si l’investisseur n’a pas forcément toujours raison: loin de là. Mais les "débats" doivent pouvoir être francs et ouverts. À l’entrepreneur ensuite d’en retirer l’essentiel pour son projet. Il va sans dire que la confiance mutuelle et une vision compatible à moyen et long termes sont également importantes pour que cette relation soit de longue durée.

Avez-vous connu des échecs dans vos investissements? Quelles leçons en avez-vous tirées?

Oui, j’ai connu des échecs. Un de mes premiers investissements concernait une société française qui produisait des voitures électriques pour les livraisons en centre-ville. Mais elle est arrivée un peu trop tôt sur ce créneau. La leçon principale est de bien étudier chaque dossier: il ne suffit pas d’arriver sur un marché avec une idée novatrice, il faut arriver sur le marché au bon moment.

Le gouvernement belge en fait-il assez pour soutenir le secteur des start-ups?

Il y a toujours moyen de faire mieux: mais les déductibilités fiscales octroyées aux investisseurs sont un bon début.

Je regrette toutefois certaines des conditions liées à la déductibilité, notamment le fait que l’entrepreneur, qui est celui qui prend le plus grand risque, ne peut pas déduire son apport. C’est clairement un frein pour les tout jeunes entrepreneurs, en début de carrière et qui sont très sensibles à leur capital de démarrage dans la vie.

Cela étant dit, en tant qu’investisseur, l’aspect fiscal n’est pas pour moi un réel critère d’investissement.

Les femmes sont-elles assez représentées dans le secteur des business angels?

Non. Et c’est dommage. C’est probablement parce que les femmes, de nature, sont plus prudentes et moins prêtes à prendre des risques. Je pense que certaines femmes seraient rassurées si elles pouvaient aborder ces questions d’investissement par une approche collégiale. Il existe des formules qui pourraient leur convenir tant au niveau belge qu’au niveau européen. Dans le réseau Be Angels, il y a ainsi le Women Business Angels Club dont je suis également membre.

Mais je pense qu’il ne faut pas, en tant que femme, investir uniquement dans des projets de femmes. Ce serait un peu stupide, car trop limitatif.

Si vous deviez citer des entreprises dans lesquelles vous avez investi et dont vous êtes plutôt fière.

Je peux citer Stay Clothes (www.stay-clothes.com) une belle pépite belge, un vide dressing virtuel, animé par des blogueuses, qui permet de vendre et acheter des vêtements et des accessoires.

Il y a aussi AppTweak, société belge basée à Bruxelles mais très active à l’international. Cette société a un algorithme qui permet de générer des rapports sur mesure pour les clients afin d’améliorer le référencement de leur application sur Google ou Apple. Et ceci avec une excellente couverture multilingue.

Quand on voit la fermeture de Caterpillar, pensez-vous que l’avenir de la Belgique passe par les PME et notamment les start-ups?

Je travaille dans les ressources humaines. Cela fait des années que je me dis que l’avenir n’est plus dans les grandes sociétés. À tel point que certaines grandes sociétés n’arrivent plus à engager les bons profils car les jeunes veulent se diriger vers des start-ups. Certaines entreprises, comme Procter & Gamble par exemple, mettent d’ailleurs sur pied des unités censées développer un esprit start-up.

Globalement, je suis peu optimiste pour les jeunes qui aujourd’hui s’imaginent encore que leur vie sera celle d’un salarié. J’encourage les jeunes à suivre des études qui les amènent à créer leur activité. Un médecin est un exemple classique, mais cela peut être le développement d’un projet d’entreprise. Car l’avenir est dans l’entrepreneuriat. Et peut-être même à la diversification professionnelle, en menant, comme je l’ai fait, deux activités en parallèle, à mi-temps. Si l’une des deux activités fonctionne moins bien, on peut toujours se concentrer sur l’autre et retomber ainsi plus aisément sur ses pieds.

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