Qui a failli a surtout énormément appris

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La culture du "fail" commence à faire son chemin en Belgique. Mais notre vision du succès et de l’erreur reste tronquée, là où aux Etats-Unis celui qui failli a le mérite d’avoir tenté.

La semaine des start-ups. L’Echo s’est plongé dans l’univers belge des start-ups. Quelles sont nos pépites? Que font-elles? Où sont-elles logées? Comment se lancer? Se financer? Peut-on tomber et rebondir? Découvrez, une semaine durant, notre boîte à outils de l’entreprise New Age.

"On peut monter une start-up sans aspirer à devenir le nouveau Facebook. Notre définition du succès est tronquée."
Toon Vanagt
Serial entrepreneur

Une faillite, le pire des boulets pour un entrepreneur? C’est en tout cas l’image que conserve la Belgique, un marché réputé particulièrement dur avec celui ou celle qui a connu l’échec durant son parcours entrepreneurial. Là où, aux Etats-Unis, l’entrepreneur qui a failli est surtout un entrepreneur qui a tenté. Et a appris de ses erreurs.

L’état d’esprit est toutefois en train d’évoluer dans le royaume, grâce notamment à l’écosystème dans lequel évoluent les start-ups et qui laisse beaucoup de place, de marge à l’erreur. À l’image des événements "Failing Forward", organisés par Startups.be. D’une simple conférence ponctuelle, le concept est devenu l’un des moments phares de l’année pour l’écosystème belge: la dernière édition, le 16 novembre, rassemblait ainsi de grands noms comme la présidente de la FEB Michèle Sioen, Jef Colruyt et Jannie Haek, le CEO de la Loterie nationale, en passant par les patrons de fonds renommés comme Volta Ventures.

Difficile de témoigner

Surtout, le message a été récupéré par le politique: l’agence pour l’entreprise et l’innovation flamande soutient ainsi une vaste campagne autour de l’événement et du thème "Tomber et se relever". "Il n’y a aucune honte à avoir, on apprend de toutes ses expériences et donc certainement de ses erreurs", insiste Philippe Muyters, ministre flamand de l’Economie et de l’Innovation qui participait à promouvoir l’événement.

"Il n’empêche, cela a été particulièrement difficile de trouver des personnes prêtes à témoigner, explique Toon Vanagt, serial entrepreneur et fin connaisseur de l’écosystème belge. Le problème est visible un peu partout en Europe mais il est peut-être un peu plus critique en Belgique et tient notamment à notre système éducatif: on n’explique absolument pas aux jeunes qu’ils ont le droit de se planter, de tester une direction sans certitude. Par contre, on va rapidement expliquer à une personne qui a connu une erreur de parcours que l’entrepreneuriat n’est sans doute pas pour elle, ou qu’elle doit revoir ses prétentions à la baisse, ce genre de choses."

"Il y a aussi qu’on a une définition tronquée du succès. On peut monter une start-up sans aspirer à être le nouveau Facebook avec un exit faramineux, le spectre est plus large, ajoute-t-il. J’ai connu des revers, pas de faillites, mais je me suis lancé dans des projets qui n’ont pas fonctionné. Ce n’est pas quelque chose qu’il est facile d’évoquer en Belgique."

Plus globalement, Startups.be et les autorités flamandes travailleront sur la problématique durant 4 ans. "Le discours est évidemment tout aussi pertinent en Wallonie et à Bruxelles, mais la campagne est axée sur la Flandre pour une simple question de moyens, explique Karen Boers, capitaine du navire Startups.be. Les autorités flamandes nous ont demandé de travailler spécifiquement sur cette thématique, en y allouant un budget, là où leurs pendants francophones se concentrent plus sur le matchmaking, l’accès aux financements, le networking." Karen Boers espère d’ailleurs toujours attirer des sponsors pour déployer une campagne similaire dans le sud du pays.

Multiplier les petits échecs pour éviter les gros

"Les modèles Lean sont basés sur une confrontation fréquente et rapide au terrain, pour éviter le travers du modèle classique où l’entrepreneur investissait beaucoup, créait son prototype, voyageait pour trouver des partenaires, faisait un site web tout beau tout propre avant de se lancer concrètement. En se confrontant directement au marché, on évite de trop s’engager dans une direction qui peut se révéler mauvaise", explique David Valentiny, directeur du programme Engine de Creative Wallonia, un service qui pousse à la création d’accélérateurs de start-ups partout en Wallonie. "On est encore très loin du compte au niveau de la perception du risque et de l’erreur, mais on sent que ça commence à percoler. Les invests, par exemple, qui ne s’intéressaient pas du tout aux financements de démarrage il y a quelques années, commencent désormais à parler start-up, avec notamment cette idée forte qu’il ne faut plus savoir pivoter lorsque le business model foire, mais que le pivot constitue le business model."

Et si on parlait des start-ups belges?

Il y a toujours eu des starters dans notre pays. Mais la scène des start-ups semble aujourd'hui complètement différente de ce qu'elle était avant.

La distance séparant l'idée de l'entreprise est plus courte. Les projets et les capitaux se trouvent plus vite que jamais. De plus en plus de jeunes talents veulent réaliser leur rêve, et partager leurs connaissances et leur enthousiasme les uns avec les autres. C'est pourquoi l'ensemble de la scène des starts-ups symbolise tout ce que l'économie classique ne représente pas.

Découvrez notre dossier dédié à la semaine des start-ups. Avec, entre autres, les articles suivants:

→ Qui a failli a surtout énormément appris >

→ "Allo le 1819? Je suis perdu dans la jungle des aides..." >

→ Parlez-vous start-ups? >

→ Pour suivre la Semaine des start-ups, c'est ici >

→ Qover, la start-up belge qui veut réveiller l'assurance >

→ "Les jeunes créateurs de start-up méritent d'être mieux soutenus"

→ Le marché belge est trop étroit pour les PME high-tech à forte croissance


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