Coup de pouce de Digital BW à 18 start-ups wallonnes

Amaury Gérard de Pootsy et Pierre-Louis Firre de Keybte

La plateforme brabançonne d’accélération de start-ups du monde numérique, Digital BW, a tourné à plein régime et voudrait plus de moyens pour poursuivre sur sa lancée.

Mise en place en janvier 2017, la plateforme Digital BW n’a pas chômé durant sa première année d’existence. Ce programme d’accélération des start-ups du secteur numérique a cofinancé 18 jeunes pousses et en a "coaché" davantage. De quoi confirmer, si besoin était, le dynamisme du Brabant wallon.

La province est, il est vrai, la plus riche de Wallonie en start-ups (44% des 325 lancées l’an dernier) et en création d’emplois dans le secteur. L’initiative réunit les forces vives de l’accompagnement de start-up: 

• l’invest Nivelinvest
• l'incubateur Cap Innove 
• l'incubateur CEI Louvain
• le fonds Start Up
• le fonds d’amorçage privé LeanSquare 
• WING, son pendant public

"En termes de financement, on a déjà dépassé le plafond octroyé par la Région l’an dernier", souligne Philippe Rémy, l’administrateur délégué de Nivelinvest qui préside aussi Digital BW. "Nous avons rencontré le ministre de l’Economie Pierre-Yves Jeholet, qui a fait le tour des écosystèmes numériques de Wallonie, pour lui montrer l’ampleur que prend ce projet en Brabant wallon en espérant obtenir plus de moyens à l’avenir."

Le bilan de la plateforme se décline en quatre chapitres:

♦ Les "One Hour Challenges": des séances où 3 à 4 candidats entrepreneurs présentent, chacun durant une heure, leur projet aux coaches de Digital BW. "On y a découvert 50 projets au cours de l’année", souligne Jean-Marc Simoens, le patron de CEI Louvain.  

Douze d’entre eux ont bénéficié d’un accompagnement par CEI Louvain ou Cap Innove et deux d’entre eux d’un financement par LeanSquare et WING. "Les deux heureuses élues sont MySkillCamp et Pootsy."

♦ Les "Start Up Camps": des programmes de six semaines où les idées d’entreprise sont testées en profondeur. "On a accéléré 10 projets chez CEI Louvain et 7 chez Cap Innove. Sur les 17, 11 sont poursuivis aujourd’hui – les six autres sont soit arrêtés, soit n’ont plus donné de nouvelles, ce qui est normal pour des projets présentés très en amont."

♦ Les "Master Classes": des cours thématiques donnés par des experts sur des sujets pointus, tels que la présentation d’un dossier de financement, le crowdfunding, le choix des "metrics" à appliquer.Digital BW et LeanSquare en ont organisé onze sur les douze mois, de quoi (mieux) former quelque 132 participants – des entrepreneurs déjà actifs.

Le financement proprement dit. Digital BW est conçu de manière à pouvoir répondre aux besoins des créateurs aux différents stades du lancement: amorçage, une tâche dévolue à LeanSquare (25.000 euros maximum), start-up (WING, jusqu’à 250.000 euros) et scale-up (Nivelinvest ; de 250.000 à 2,5 millions d’euros).

"Depuis le lancement du programme, la demande a été très importante, observe Pierre de Waha (Start-Up SA): 18 start-ups ont été financées via Digital BW, 13 comme nouvelles entreprises et 5 à titre de suivi, pour un total de 670.000 euros, montant doublé car Nivelinvest co-investit à 50% aux côtés de WING. Et 8 d’entre elles ont obtenu le soutien d’un des Centres d’entreprise et d’innovation partenaires" (CEI ou Cap innove).
"Quatre investissements supplémentaires ont déjà été décidés cette année, pour un peu plus de 400.000 euros, ce qui fait un total d’un million d’euros (fois deux) pour 22 projets à ce jour", ajoute de Waha.

Au menu pour 2018                                           

Pour l’année en cours, les membres de Digital BW ont déposé un plan d’actions au cabinet Jeholet. 
→ Ils souhaitent poursuivre l’expérience des "One Hour Challenges" et des "Master Classes", ainsi que le coaching digital.
→ Ils voudraient également monter un ou deux événements technologiques dédiés à des thèmes pointus, comme le vieillissement de la population et les applications IT.
→ Ils voudraient mener à bien deux campagnes d’accélération de projets: "Start Up Camp" et/ou participation à un "Start Up Week-end".
→ Figure aussi au programme: l'organisation d'un nouveau TEDx à Louvain-la-Neuve, un mode de conférence basé sur des témoignages inspirants qui ne dépassent pas 20 minutes.
→ Last but not least: engager une personne qui coordonnera toute l’activité de Digital BW. 

Ils ont enfin pour plan de "monter en puissance dans le recrutement de projets", comme le souligne Céline Lahy (Cap Innove), et de "définir des niches technologiques plus précises car le secteur digital est très large". "Au niveau de l’écosystème wallon, on veut devenir une référence en digital pour les start-ups et les scale-ups", résume Céline Lahy.

Les lauréats?

Pootsy, l’Uber belge des aides-ménagères

Amaury Gérard était naguère à la recherche d’une aide-ménagère. Il a dégainé son smartphone et tapoté sur son appareil, en pure perte : aucun service disponible pour gérer ce type de requête. À sa grande surprise… De là son idée de développer sa propre plateforme de réservation en temps réel de prestations d’aides ménagères. " On s’adresse au secteur des titres-services, où il y a peu d’innovations technologiques, explique-t-il.

Le pays compte quelque 2.000 entreprises de titres-services et ce secteur n’a pas vu qu’une nouvelle concurrence débarque : des plateformes étrangères qui se présentent comme les Uber de la femme de ménage… Notre start-up Pootsy les aide à en prendre conscience eu leur propose des outils pour qu’ils se transforment en acteurs de l’économie digitale. "

Les sociétés de titres-services, les aides ménagères qu’elles emploient et leurs clients forment un triangle dont les trois membres communiquent mal entre eux. " Pootsy fait le lien entre les trois. "

Gérard Amaury et ses associés ont développé une interface pour chacun des trois types d’acteurs, qui permet aux gestionnaires de sociétés de titres-services de gérer les prestations de leurs employés, aux aides-ménagères de trouver leur planning sur leur smartphone, d’y signaler un problème ou d’y découvrir un " feedback " sur leur travail, aux clients de gérer leur agenda avec leur aide-ménagère (changements, absences, etc.). Le système permet également aux nouveaux clients de rechercher l’aide-ménagère la plus proche de chez eux et qui corresponde le mieux à leurs critères de sélection.

Les clients de Pootsy sont les sociétés de titres-services, qui lui versent un " fee " en fonction de leur taille.

La start-up a consulté WING à la fin 2016, alors qu’elle n’était encore qu’à l’état de projet. Elle y a reçu 50.000 euros en prêt convertible, complété en mars 2017 d’un deuxième prêt de 150.000 euros auprès d’investisseurs privés. De quoi développer et faire aboutir un prototype. Le lancement commercial a eu lieu le 14 septembre 2017. Il s’est accompagné d’une nouvelle levée de fonds de 450.000 euros, récoltés sous l’égide de Digital BW auprès de LeanSquare, de WING et de trois investisseurs privés.

Le système a démarré fort. En moins de six mois, Pootsy a déjà séduit 30 sociétés de titres-services, qui représentent 10.000 clients finaux. "

On vise 200 partenaires de titres-services d’ici la fin de l’année ", précise Amaury Gérard. " On veut encore améliorer les fonctionnalités de la plateforme. " Et éventuellement intégrer un partenaire dans l’édition de logiciels de comptabilité ou de gestion de pay-roll.

Concentrée actuellement sur Bruxelles et le Brabant wallon, la jeune pousse prévoit aussi d’essaimer en Flandre. Elle est déjà passée en société anonyme, a engagé huit personnes aux côtés des trois fondateurs et espère atteindre l’équilibre financier en fin d’année.

 

Keybate pour animer les conférences du futur

Pierre-Louis Firre et ses deux associés ont lancé leur start-up Keybate au départ d’une idée simple: et si, dans les conférences, on transformait les smartphones des participants en autant de microphones, afin de facilite les échanges et les interactions?

Le concept a mûri en plusieurs étapes. En octobre 2015, leur projet d’entreprise termine parmi les lauréats le concours "1, 2, 3 Go". Encouragés par ce premier succès, ils décrochent un prêt d’amorçage de 50.000 euros auprès de WING en avril 2016, pour lancer le projet. Au même moment, ils gagnent le prix du meilleur "pitch" au Forum Mind&Market.

Ils démarchent de premiers clients avec leur appli, qui permet à la fois de susciter et trier les questions des participants, de générer des commentaires et d’effectuer des sondages dans les assemblées. Leur produit convient à des réunions de 100 à 500 personnes. Il implique la participation active d’un modérateur (chez l’organisateur de la conférence), qui centralise et relaie les interventions auprès des orateurs. L’appli permet aussi d’accéder à nouveau aux participants après le colloque.

"On offre l’éventail complet d’interactions, précise Pierre-Louis Firre: le networking, d’une part, le réseautage, les messages et les échanges, d’autre part. Et pour les participants, tout est évidemment gratuit. C’est l’organisateur de chaque événement client qui nous paie une licence." L’idée d’origine du télé-micro a débouché sur beaucoup plus gros…

En novembre 2016, quelques mois après le début de la commercialisation, Keybate veut lever 100.000 euros supplémentaires auprès de WING et d’investisseurs privés.

"Cela a capoté car le produit n’était pas tout à fait fini", reconnaît Firre. Les trois se sont alors autofinancés. Puis en juillet 2017, sous l’égide de Digital BW, ils participent à une "One Hour Challenge" avec Ben Piquard, de LeanSquare. Une rencontre décisive. "Ben Piquard nous a réorientés. On a reciblé notre segmentation marchés vers des organisations, des fédérations, et rééquilibré notre communication."

Dans la foulée, ils "rebrandent" leur appli et recommencent à démarcher. Succès à la clé. "Aujourd’hui, notre appli commence à être connue", au point qu’une société active dans un domaine complémentaire ait entamé des discussions avec les trois fondateurs, en vue d’une éventuelle fusion.

Keybate compte une trentaine de clients, dont de grands noms comme l’Awex, Sonaca, BNP Paribas, Siemens et même deux Services publics fédéraux. La jeune pousse compte déjà à son actif plusieurs centaines d’événements animés par son appli, y compris en Allemagne et aux Bahamas. Elle couvre déjà ses coûts fixes et de développement.

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