interview

"Entrepreneurs, arrêtez de vous plaindre et agissez!"

©Dieter Telemans

Ramon Suarez, cofondateur du Betacowork à Bruxelles et figure emblématique du petit monde de l’entrepreneuriat belge, ne se préoccupe ni de politique ni de réglementation. Comprenez, ce n’est pas son job. Auteur du "Manuel de coworking", un guide pratique pour toute personne voulant se lancer dans la gestion d’espaces de travail partagés, il promeut l’esprit d’entreprise en Belgique… par l’exemple. Entretien.

Qui est Ramon Suarez?
Je suis un Espagnol qui habite à Bruxelles depuis 2003. J’y ai fait pas mal de choses, c’est ce qui m’a permis d’être qui je suis aujourd’hui. Je suis venu travailler au Parlement européen à Bruxelles comme assistant. À l’époque, j’ai écrit un manuel pour aider les candidats à passer les examens pour devenir fonctionnaires européens. Depuis, j’ai écrit trois livres, tous des manuels. Ça colle avec ma personnalité parce que je veux montrer comment faire les choses pratiquement.

Plutôt pédagogue, donc?
Je dirais pragmatique, pas nécessairement pédagogue. Ce qui me porte, c’est la volonté d’aider les gens.

"Les espaces de coworking sont les principaux leviers de l'actionnariat en Belgique."

Avant le Betacowork, vous avez rejoint le Betagroup. Comment en êtes-vous arrivé là?
J’ai rejoint Jean Derely lorsqu’il a fondé le Betagroup en 2008. J’avais fini mon séjour au Parlement européen et j’avais fait un MBA à Solvay. Jean Derely, c’est une rencontre due au hasard. J’ai toujours été intéressé par tout ce qui touche au marketing et aux entreprises sur internet. J’ai trouvé son nom sur LinkedIn et j’ai vu que son pseudo, c’était "Juanito". Je me suis dit: parfait, il parle espagnol. Je me suis présenté et on a commencé à discuter via les réseaux sociaux. On s’est rencontré en chair et en os lors de la troisième réunion du Betagroup. Xavier Damman avait organisé la première webmission du Beta à San Francisco, j’ai organisé la suivante à Séville. Je suis parti avec 21 entrepreneurs belges qui ont présenté leurs start-ups lors de l’EBE, une conférence sur la technologie et le web social.

Jean Derely, c’est une rencontre décisive?
Oui, certainement. On a créé le Betacowork ensemble et on a fait beaucoup de choses dans l’organisation d’activités et d’événements pour les entrepreneurs en Belgique. Au départ, on ne savait pas si le Betacowork allait marcher. Assez rapidement, Jean a quitté l’aventure pour se concentrer sur WooRank qui tournait bien. En 2013, on a créé la sprl Betacowork. Le Betagroup est resté actionnaire jusqu’il y a deux ans. Aujourd’hui, je suis le principal et unique actionnaire.

©Mediafin

Comment le Betacowork et le coworking en général influent-ils sur l’écosystème entrepreneurial?
Les espaces de coworking sont les principaux leviers de l’entrepreneuriat. C’est un réseau d’égaux qui permet de développer l’entraide entre les entrepreneurs. Les espaces de coworking permettent de trouver des talents avec qui travailler. Il peut s’agir de collaboration gratuite ou payante. Certains se sont rencontrés ici et ont fondé une nouvelle société ensemble. C’est stimulant parce que tu travailles aussi avec des gens qui te comprennent, qui ont la même vie que toi, les mêmes problèmes.

Le Betacowork, ce n’est donc pas uniquement un espace de travail partagé?
Ce qui est important en soi, ce n’est pas l’environnement. Notre offre de valeur n’est pas sur l’espace même. Tout le monde a de l’espace chez soi. Coworking c’est un verbe: on agit sur les interactions entre les gens, on crée des connexions. Notre travail en tant que facilitateur c’est de mettre les gens en contact, de les aider à trouver les bonnes personnes pour résoudre leurs problèmes. On ne fait pas leur travail à leur place.

Comment voyez-vous évoluer le coworking en Belgique et ailleurs dans le monde?
Je pense qu’il va y en avoir de plus en plus. Dans les campagnes, ce sera plus difficile de subsister parce qu’il n’y a pas assez de clients potentiels. Les plus grands concurrents des espaces de coworking en Belgique ce sont les maisons des clients potentiels.

Vous avez aussi développé, avec Leo Exter, le concept de "Startups Weekend" en Belgique, plus connu aujourd’hui sous le nom de "hackathon". En quoi cela consiste-t-il?
Le hacker, c’est un bidouilleur. Pendant un week-end, il ne fait que bosser sur un projet. L’objectif principal, c’est de créer une entreprise. Mais il s’agit aussi de promouvoir l’esprit d’entreprise et de faire comprendre aux gens qu’on peut faire beaucoup de choses dès lors qu’on se décide à les faire. Il y a une tendance à beaucoup parler, à être dans l’attentisme, parfois même l’immobilisme. Le hackathon, c’est la preuve que l’on peut faire énormément de choses en un seul week-end.

"Ce qui empêche les gens de se lancer, c’est la peur du futur et le manque de confiance en soi."

On reproche souvent à la Belgique de ne pas faciliter la tâche des entrepreneurs et des indépendants qui veulent se lancer. Qu’en pensez-vous?
Je ne trouve pas que ce soit si difficile. Il y a évidemment de l’administratif à remplir mais j’ai reçu beaucoup d’aide de la Ville et de la Région de Bruxelles lorsque je me suis décidé. Ce qui empêche les gens de se lancer, c’est surtout la peur du futur et le manque de confiance en soi. C’est une sorte de perfectionnisme qui t’empêche d’avancer parce qu’il y a énormément de choses qui sont hors de contrôle. Mais quand je décide de faire quelque chose, c’est pour améliorer la situation. La plupart des gens dans ton entourage ne comprennent pas ce que c’est des entrepreneurs ou des indépendants.

De plus en plus d’acteurs promeuvent l’entrepreneuriat (incubateurs, accélérateurs, espaces de coworking…). Ils se connaissent tous mais agissent séparément…
C’est très individualisé et selon moi, cela doit le rester. On ne peut pas tout coordonner. On n’est pas dans une dictature d’économie centralisée où il faut avoir un pantalon, une chemise et une paire de chaussures identiques pour être bien. Il faut qu’il y ait du choix parce que le dynamisme que cela implique favorise l’innovation. Il ne faut pas perdre son temps à négocier un calendrier unique mais dépenser son énergie à organiser des événements.

S’il y a trop de propositions de valeur, le choix ne devient-il pas difficile et finalement contre-productif?
Les gens choisissent eux-mêmes leurs opportunités. Ils peuvent même le jouer à pile ou face s’ils le souhaitent, cela ne va pas mettre leur vie en jeu. Il y a des centaines de restaurants à Bruxelles. Ce choix énorme vous empêche-t-il d’aller y manger? Il faut arrêter de se plaindre et ne rien faire. Même aux Etats-Unis, à l’exception de San Francisco et de la Silicon Valley, les investisseurs se plaignent qu’il n’y a pas assez de bonnes idées, les start-ups qu’il n’y a pas assez d’argent. L’herbe n’est pas plus verte dans le pré d’à côté.

"La différence entre un entrepreneur et un non-entrepreneur, c’est le fait d’entreprendre, de faire quelque chose."

Y a-t-il un profil entrepreneur type en Belgique?
Ils sont tous très différents: il y a des introvertis, des extravertis. Des gars qui foncent, d’autres qui passent leur vie à analyser et entre les deux, tout un éventail. La différence entre un entrepreneur et un non-entrepreneur, c’est le fait d’entreprendre, de faire le pas. Le seul point commun à tous les entrepreneurs c’est qu’on comprend ce que c’est d’être entrepreneur. Mais ce n’est pour ça qu’on a tous le même avis sur tout.

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