interview

"Je veux que les start-ups démarrent, réussissent et restent en Belgique"

©Dieter Telemans

Alexander De Croo, ministre de l’Agenda numérique, l’affirme: son plan start-up produira ses effets et les risques d’abus ou de retards de mise en œuvre sont limités.

Une série de mesures du grand plan de soutien à l’entrepreneuriat, et notamment le tax shelter pour start-up, ne sont pas entrées en vigueur le 1er juillet comme initialement prévu. Où en est-on?
Ces différentes mesures font partie de la loi-programme, qui doit être votée le 16 juillet mais dont les effets démarrent au 1er juillet. Elle sera donc un peu rétroactive.

Si en tant que particulier, j’investis aujourd’hui dans une start-up, je pourrai donc bénéficier des incitants fiscaux mis en place?
Tout à fait, à condition bien entendu de respecter les différentes règles qui ont été mises en place: ne pas investir dans sa propre start-up, la société doit être un vrai starter, pas une reprise d’activité, etc.

Pour le crowdfunding, seuls les investissements réalisés par le biais de plateformes agréées par la FSMA (l’autorité des marchés boursiers) peuvent prétendre à une réduction d’impôts. Or il apparaît qu’aucune plateforme en Belgique ne bénéficie d’un tel agrément…
Tout le dispositif est en train de se mettre en place et la FSMA effectue en ce moment tout ce travail de définition des modalités d’accès à l’agrément, de rencontre et de discussions avec les différents acteurs du secteur. Je ne doute pas une seconde que les grandes plateformes seront rapidement adoubées par l’autorité. Et là aussi, tous les investissements faits à partir du 1er juillet via des plateformes qui seront agréées dans les prochaines semaines pourront bénéficier de la réduction d’impôts.

La règle sera la même pour les réductions de précompte sur les salaires des premiers employés?
Clairement, la date du 1er juillet vaut pour toutes les mesures.

Avez-vous déjà quantifié le coût, pour le budget, de ce paquet de mesures?
On a estimé un coût de l’ordre de 30 à 40 millions maximum sur base annuelle. Mais on ne parle là que de coûts, pas des effets économiques importants que le plan devrait produire dans les prochaines années. Il y aura une évaluation du système après un an, notamment pour s’assurer que les dispositifs sont utilisés à bon escient. L’objectif du programme est très clairement d’investir dans l’économie réelle, dans la création d’emplois, d’entreprises qui ont une véritable activité économique. C’est pour cela qu’on exclut les sociétés de patrimoine, les sociétés de management.

"Le risque d'abus des incitants fiscaux est assez faible."

Quels garde-fous pour éviter les abus?
On trouve dans les textes toute une série de conditions d’application, de critères clairs,… mais de façon plus générale, je crois que le risque d’abus est assez faible. Je pense que nous devrions plutôt partir du principe, lorsqu’on définit une législation, que si l’on offre une opportunité au citoyen, il en fera quelque chose de bien.

Pour certains, le plan manque d’ambition et les limitations de montants (seuls 250.000 euros peuvent être concernés par les réductions d’impôts) en diminuent l’impact: est-ce qu’il s’agit seulement d’une première étape?
C’est à voir. L’objectif de ce paquet de mesures est clairement de se centrer sur les premiers besoins en financement des entreprises. Nous voulons mobiliser l’épargne et donner une petite poussée dans le dos des fameux "Friends, Family & Fools". La deuxième phase de financement est différente: on cherche plutôt à booster la croissance et, pour cela, je ne pense pas que le tax shelter soit l’instrument idéal.

Aucune volonté d’élargir le programme pour permettre aux sociétés et pas uniquement aux particuliers d’investir?
Non, il s’agit de mobiliser le capital privé et pour les investissements entre sociétés, il y a déjà assez de mesures en Belgique.

"Le plan coûtera entre 30 et 40 millions d'euros par an mais produira ses effets dans tous les secteurs de l'économie."

Quels sont les objectifs en termes de création d’emplois?
Pour la partie "économie numérique", on vise la création de 1.000 entreprises et 50.000 emplois. Un programme assez similaire a été mis en place au Royaume-Uni et cela a très bien fonctionné. Mais il faut bien comprendre que cela aura de l’effet sur tous les secteurs: des start-ups technologiques à la boulangerie de quartier, qui pourra elle aussi bénéficier du crowdfunding, des réductions de précompte, etc.

Y a-t-il beaucoup d’autres projets similaires à l’échelle européenne?
Cela bouge pas mal pour le moment. Il y a le visa start-up en France, notamment. Après, il faut rester cohérent: c’est un peu étrange de créer le visa start-up, puis d’emprisonner les dirigeants d’Uber… Ce que je veux, c’est montrer que la Belgique est un bon endroit pour démarrer une société mais aussi tester de nouveaux business models. Nous devons moderniser notre législation à propos de tout ce qui est économie partagée et "peer to peer" pour rendre ce genre de modèles possibles.

"Il n’y a pas qu’Uber, des dizaines de start-ups belges se lancent dans l’économie partagée."

Quelle est votre position sur la problématique Uber?
De mon point de vue, c’est de la croissance économique et de la création de jobs. Et c’est l’un des buts poursuivis par le gouvernement fédéral. Après, il y a d’autres autorités qui ont peut-être d’autres priorités. Surtout, si l’on se penche sur le "peer to peer", ce n’est pas pour quelques sociétés américaines, mais plutôt parce que plusieurs dizaines de start-ups belges se lancent sur ce marché et qu’on aimerait qu’elles réussissent et restent ici.

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