reportage

Un nouvel espace de coworking porté par Piet Colruyt au coeur de Bruxelles

Piet Colruyt dans la toute nouvelle Impact House ©Kristof Vadino

Pour changer le monde, Piet Colruyt prêche une troisième voie entrepreneuriale: juste ce qu’il faut d’idéalisme et une bonne dose de réalisme et de pragmatisme.

A quelques heures de l’ouverture officielle, hommes et femmes sont à l’ouvrage à tous les étages de ce petit immeuble cossu situé dans une parallèle à la rue de la Loi, en plein cœur de Bruxelles. C’est ici que commence l’aventure d’Impact House, un tout nouvel espace de coworking et de bureaux axé sur une autre forme d’entrepreneuriat et porté par Piet Colruyt, l’un des quatre administrateurs familiaux de la chaîne de grande distribution homonyme.

"Impact House ambitionne de devenir le hub belge dédié à tous les acteurs qui veulent avoir un impact positif sur la société. Ce n’est pas un choix entre non-profit et profit, insiste-t-il. L’idée, c’est de lier les deux". Il n’est donc pas question ici de sacrifier la rentabilité financière mais plutôt de la subordonner à l’impact sociétal.

Du coeur, de l’innovation et de l’entrepreneuriat

©Kristof Vadino

Parmi les habitants de ce nouvel écosystème, on retrouve notamment Ashoka, une organisation internationale sans but lucratif qui a inventé la terminologie liée à l’entrepreneuriat social. "Toutes les organisations qui sont présentes ici partagent trois caractéristique: avoir du coeur, être entrepreneurial et être innovante. Les challenges sont nombreux: climat, pauvreté, congestion urbaine. Il s’agit de trouver des solutions avec un modèle durable, le moins dépendant possible des donations et des subsides publics éventuels", détaille Piet Colruyt.

Présent depuis 2018 en Belgique, Ashoka Belgium a sélectionné une douzaine de membres pour leur capacité à changer le monde dont le projet bruxellois Beeodiversity qui a pour objectif de réduire la mortalité des abeilles.

20 %
Dans les projets sélectionnés par Ashoka, à peine 20% ont une finalité lucrative.

"Ce sont toujours des projets innovants et qui sont scalables à l’échelle du monde. Il s’agit de trouver des solutions à des problèmes globaux", ajoute Piet Colruyt. A côté d’Ashoka, on retrouve la plateforme de crowdfunding à finalité sociale Lita.co ainsi que Colruyt Food Innovation retail, une spin-off de groupe alimentaire.

La petite galaxie de Piet

Au troisième étage se loge l’écosystème développé par Piet Colruyt et ses partenaires, le holding Oksigen. "SI² Fund est un fonds de 17 millions créé en 2012 pour investir dans des entreprises sociales. Les tickets commencent à 300/400.000 euros et vont jusqu’à 1,5 millions d’euros", explique Piet Colruyt. Les entrepreneurs sociaux ont également besoin de conseil d’où la présence d’Oxygen Lab qui leur prodigue conseils et coaching.

©Kristof Vadino

Les deux entités sont des spin-off d’i-propeller, un consultant en "shared value" fondé en 2007. La shared value, c’est l’idée que pour avoir de l’échelle, les entrepreneurs sociaux collaborent avec les grandes entreprises et les autorités publics.

"Ils ont démontré dans une étude que les entrepreneurs sociaux ont généralement 5 ans d’avance lorsqu’il s’agit de trouver des solutions mais trop souvent à petite échelle. i-propeller a pour objectif de le mettre en relation avec les corporate", commente Piet Colruyt.

La voie du milieu

Si l’on en entend pas mal parler ces dernières années, le modèle économique de l’entrepreneuriat social peine encore à convaincre. "C’est un mouvement qui prend de l’ampleur année après année. Mais cela reste une niche", reconnaît Piet Colruyt.

©Kristof Vadino

Avec son co-working, Impact House espère attirer un certain nombre d’entrepreneurs sociaux mais également des intrapreneurs, autrement des corporates qui seraient d’accord d’envoyer quelques collaborateurs en flex-desk.

"Il y a une discussion éternelle sur ce qui génère le plus d’impact positif. On oppose souvent les visions "réaliste" et " idéaliste". La première c’est un peu celle de notre holding familial Korys qui consiste à se demander pourquoi on devrait diminuer nos attentes financières alors que l’on est convaincu que c’est la meilleure manière d’avoir de l’impact. L’autre façon consiste à rejeter le modèle capitaliste aujourd’hui et accepter un rendement plus faible pour avoir davantage d’innovations", commente Piet Colruyt.

Piet Colruyt prête en quelque sorte une voie médiane, qui conjugue réalisme et idéalisme. "Prenez, par exemple, à une personne qui est végétarienne par dégoût des souffrances infligées aux animaux. Elle peut soit accuser publiquement tous les mangeurs de viande d’assassins, soit convaincre les gens de ne pas manger de viande un jour par semaine. Dans le premier cas, elle gagnera peut-être quelques adeptes, mais elle n’aura un impact réel qu’avec la seconde attitude", explique-t-il.

Electron libre

Piet Colruyt s’esclaffe quand nous lui demandons d’où lui vient cet intérêt pour "l’impact investing" ou plus globalement l’entrepreneuriat social. "Je l’ai raconté tellement de fois", nous répond-il. Nous insistons. "C’est une conjugaison de facteurs, comme les pièces d’un puzzle qui trouvent soudainement leur place", résume-t-il.

©Kristof Vadino

Tout commence en 2010 lorsqu’il découvre Ashoka à travers la lecture du livre "How to change the world" qui raconte l’histoire d’entrepreneurs sociaux. "C’était terriblement inspirant. Cela a changé monde", se souvient-il.

A la même époque , Piet Colruyt traverse une sorte de crise de la quarantaine et cherche une meilleure manière d’allouer ses ressources personnelles. "J’étais architecte chez Colruyt, je dessinais des bâtiments passifs mais je voulais faire plus. Tout le temps que je passais au chantier était disproportionné par rapport au capital non utilisé dont je disposais en tant qu’administrateur de Colruyt", se souvient-il.

©Kristof Vadino

C’est aussi en 2010 que les quatre administrateurs de Colruyt s’interroge sur l’évolution du holding qu’ils dirigent. "Il y a eu beaucoup de discussions avec mes cousins. Ils sont davantage convaincus par le "Finance first". Le focus est davantage sur le "profit" et je prônais plutôt un meilleur équilibre. Je souhaitais investir, via le holding familial, dans deux projets plus sociétaux. Ils n’ont pas voulu alors j’ai créé mon propre holding, Impact Holding, en vendant quelques actions", poursuit-il.

Et qu’en a pensé le reste de la famille Colruyt? "Ils étaient contents qu’au bout de dix ans de discussion entre nous, j’ai enfin trouvé ma propre route. Ils m’ont même applaudi", sourit Piet Colruyt, tout en insistant haut et fort sur le fait qu’il reste administrateur du holding familial Korys. "Je suis convaincu qu’il y a une logique dans tout ça. Si les projets dans lesquels Lita.co investit en seed, puis Si² Fund au second tour, sont rentables, c’est peut-être vers Korys qu’ils se tourneront lorsqu’ils auront besoin de 5 millions d’euros."

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