La BCE s'inquiète du cadenas posé sur nos salaires

©AFP

La faible reprise du marché du travail dans la zone euro reste un frein à la croissance salariale. De quoi inquiéter la Banque centrale européenne.

Le taux de chômage dans la zone euro est en effet plus élevé que ne le laissent entrevoir les statistiques officielles. De plus, les hausses salariales restent cadenassées. Ce constat est celui de la BCE et il n'est pas sans répercussion sur la politique menée par la Banque centrale.

En effet une telle situation soulève des doutes quant à un recul dans les prochains mois des mesures de soutien à l'économie de la Banque centrale européenne.

L'étude montre en effet que les hausses salariales ont été extrêmement faibles dans une zone qui bénéficie pourtant depuis une décennie du meilleur parcours économique. La BCE avance sur ce point qu'une meilleure dynamique salariale est certes nécessaire pour permettre un rebond inflationniste supportable, condition sine qua non à l'abandon de sa politique ultra-accommodante faite de taux négatifs ou nuls et de dizaines de milliards d'euros de rachats d'actifs par mois depuis mars 2015.

Pour expliquer les incohérences entre un soi disant recul du chômege et une modération salariale, la BCE affirme que les chiffres énoncés excluent des personnes ne répondant pas à certains critères statistiques stricts, mais également des travailleurs en temps partiel en quête de davantage d'heures à prester; et ce alors que ces deux catégories contribuent à l'atonie du marché du travail.

Ces données une fois ajustées, le sous-emploi tourne autour de quelque 15%. Les données officielles du chômage font état, eux, de 9,5% - le plus faible depuis 2009- où seuls les Allemands semblent montrer des signes de reprise du marché du travail.

"En France et en Italie, les mesures plus larges du sous-emploi sur le marché du travail ont continué d'augmenter durant toute la période de reprise (économique), alors qu'en Espagne et dans d'autres économies de la zone euro, elles ont enregistré un récent déclin mais restent bien supérieures aux niveaux d'avant-crise", est-il écrit dans cette note de la BCE. "Le niveau de l'indicateur élargi de la sous-utilisation de la main d'oeuvre reste élevé et cela va probablement continuer à freiner la dynamique des salaires."

Les réformes du marché du travail, défendues en partie par la BCE, ont alimenté la croissance du travail à temps partiel, qui certes offre à l'employeur davantage de flexibilité.  Les sociétés ont engagé davantage de travailleurs à temps partiel ou temporaire plutôt que de donner davantage de travail à leurs salariés.

Le travail à temps partiel et le travail temporaire ont en effet crû de près de 4 millions d'unités depuis la crise, là où l'emploi n'a guère progressé avec des répercussions potentielles sur les salaires.

Les critiques, visant la politique de la BCE, affirment que la croissance solide de l'économie et un retour de l'inflation soutiennent déjà la voie vers une réduction des stimuli. Mais pour la BCE, les salaires restent une source de préoccupation. L'institution estime que 3,5% de la population en âge de travailler sont repris dans les statistiques comme "inactifs", même si ces personnes peuvent rapidement rejoindre le rang des salariés.

Trois autres pour cents sont sous-employés, c'est à dire qu'ils aspirent à travaillent davantage d'heures. Avec ces deux catégories, le sous-emploi dans la zone euro est encore supérieur de trois points de pourcentage à son niveau d'avant-crise, indiquent les données de la BCE.

Enfin, autre épine dans le pied de la BCE: la création d'emplois. Majoritairement, les nouveaux emplois créés le sont dans des secteurs où les gains de productivité sont intrinsèquement plus faibles, ce qui constitue un facteur supplémentaire de limitation à la hausse des salaires.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés