analyse

6 choses à savoir sur l'argent des syndicats

©BELGA

Comment se financent les organisations syndicales? Où placent-elles leur argent? Quel est leur budget de fonctionnement? Réponses à 6 questions-clés sur l'argent des syndicats.

1. D’où vient l’argent des syndicats?

Les syndicats ont trois principales sources de financement.

1. Les cotisations représentent la première source de revenus du syndicat. Et pour cause, leurs affiliés sont nombreux: 3,49 millions au total (1.647.500 à la CSC, 1.549.300 à la FGTB et 294.000 à la CGSLB). La cotisation d’un affilié  "actif", c’est-à-dire un travailleur, est environ de 15 euros par mois. D’après les informations dont nous disposons, la part des cotisations représente entre 60 et 70% des revenus des syndicats.

2. La deuxième source de financement, ce sont les subsides versés par les pouvoirs publics pour des activités précises: éducation permanente (via la fédération Wallonie Bruxelles et la Communauté flamande), coopération au développement (fédéral), gestion des allocations de chômage (Onem). Dans cette catégorie, on peut aussi ajouter les jetons de présence touchés dans certaines organisations (Comité de gestion de l’Onem, conseil de régence de la BNB, …)

3. Viennent enfin les intérêts des placements réalisés par les syndicats.

2. Quel est leur budget de fonctionnement?

Au niveau fédéral, les syndicats fonctionnent avec des budgets de respectivement:

30 millions pour la FGTB (fédérale et les trois interrégionales),

31 millions pour la CSC (au niveau fédéral, c’est-à-dire la Confédération),

56,1 millions pour la CGSLB, un montant globalisé qu’il faut alors comparer avec l’extrapolation des budgets globaux des deux autres syndicats.

Nous avons estimé le budget global de la CSC à 380 à 400 millions d’euros, et celui de la FGTB à 320 millions d’euros.

 

3. Combien y a-t-il dans la caisse de grèves?

1 mois
La CSC est en capacité de bloquer le pays pendant au moins un mois.

Sur base des informations dont nous disposons sur les recettes et dépenses de grève de la CSC entre 2001 et 2014, nous avons pu estimer que le syndicat chrétien avait pu mettre de côté 157 millions d’euros sur cette période de 14 années. Le montant de sa caisse de résistance est évidemment bien plus élevé, étant donné que la caisse de grève du syndicat existe au moins depuis la Seconde Guerre mondiale. Sachant que la seule grève nationale du 30 janvier 202 contre le gouvernement Di Rupo a coûté au syndicat chrétien 3,2 millions d’euros, on estime le syndicat en capacité de bloquer le pays pendant au moins un mois.

Pour la CGSLB, le même calcul n’a pu être réalisé. Du côté de la FGTB, où les caisses de grève sont aux mains des centrales professionnelles, on ne dispose pas de suffisamment d’informations pour réaliser ce calcul. Par contre, on sait avec certitude que la FGTB est généralement plus dépensière.

 

4. Les syndicats ont-ils le droit de cacher leur argent?

Oui. Les textes internationaux font d’ailleurs référence aux risques de confiscation des biens qui pèsent sur la tête des syndicats. Le Bureau international du travail (BIT) et l’Organisation internationale du travail (OIT), inscrivent noir sur blanc dans leurs textes le "droit des syndicats à protéger leurs fonds".

Les textes internationaux stipulent aussi  très clairement que l’on ne peut restreindre la liberté d’un syndicat à gérer et utiliser ses fonds comme il le désire (article 469 du texte "Liberté syndicale" du CA du BIT).  Une résolution de l’OIT, prise en 1970, sur les droits syndicaux, mentionne également les libertés civiles, définies dans la Déclaration des droits de l’homme, essentielles à l’exercice normal des droits syndicaux. Parmi elles figure "le droit à la protection des biens des syndicats". Le texte insiste par ailleurs sur la nécessité de les protéger "contre les interventions des autorités publiques".

©MFN

5. Combien la CSC a-t-elle perdu d’argent dans la liquidation d’Arco?

L’argent de la caisse de grève des syndicats est soigneusement placé, soit dans des obligations d’Etat (souvent l’Olo belge), parfois en immobilier, ou dans d’autres types de placements peu risqués. Parmi ces placements, la CSC avait investi dans Arco. Suite à la débâcle de Dexia et la liquidation d’Arco, le syndicat a perdu 100 millions, dont 75 millions ont représenté une perte sèche pour sa caisse de grève.

Afin d’encaisser le choc, le syndicat a mené une restructuration, réduisant le nombre de régionales de 20 à 12. Il a lancé un plan social prévoyant 123 départs, en invoquant la nécessité de faire des économies suite à la baisse des dotations pour la gestion des allocations de chômage. Le plan social a été finalisé sans qu’il y ait de licenciements secs à la CSC.

6. Quel est le patrimoine immobilier des syndicats?

→ A la FGTB 

Sociétés immobilières, campings et hôtels:le parc immobilier de la FGTB vaut très cher - des dizaines de millions. Si le Belge a une brique dans le ventre, la FGTB a dû avaler un mur entier, tant le syndicat socialiste aime loger son immobilier dans une myriade de sociétés aux formes diverses. On peut distinguer l’immobilier que les syndicats occupent pour l’exercice de leurs activités professionnelles des immeubles achetés à des fins "extérieures". Dans cette seconde catégorie, les immeubles ont soit une vocation commerciale ou de tourisme social.

80 millions €
Le patrimoine immobilier de la FGTB s'élève au moins à 80 millions d'euros.

Le "Castel de Pont-à-Lesse" est un bel exemple de l'immobilier à vocation commerciale de la FGTB.  Au rayon de l’immobilier fonctionnel, on trouve, au sein de la société coopérative: "la Maison des syndicats", l’immeuble de la FGTB fédérale, situé rue Haute 42 à Bruxelles. La société a été fondée en 1932 et en 2014, elle détenait 7,439 millions d’euros d’actifs dont 2 millions en "terrains et constructions".

L’ASBL "Floreal-Germinal" est le véhicule immobilier de la Centrale générale de la FGTB – également rue Haute à Bruxelles. Les immeubles/terrains que possède "Floreal-Germinal" sont valorisés à 21 millions d’euros (2014). La "Maison de l’Employé" est une société coopérative de type SCRL également située rue Haute à Bruxelles. Cette société gère les actifs immobiliers du Setca – la branche "employés" de la FGTB.  En 2014, elle disposait d’un peu plus de 1,15 million d’euros en terrains et constructions. Autre SCRL: Immo Synbat.  En 2014, les terrains et constructions atteignaient ici les 7,329 millions d’euros et le total des actifs 8 millions d’euros.

Le patrimoine immobilier du syndicat socialiste – sans même prendre en compte les immeubles détenus par toutes les sections locales – se monte déjà à quelque 40 millions d’euros.

Mais à côté de cet immobilier "fonctionnel", il y a le parc immobilier "touristique" de la FGTB.  Ici aussi, c’est une jungle de sociétés qu’il faut traverser. L’ASBL "Joie & Vacances" est une des structures faîtière de la FGTB pour la gestion de ce patrimoine immobilier touristique "social". Les actifs de "Joie & Vacances" se montaient fin 2014 à 62 millions d’euros. Reste que la gestion "touristique" de la FGTB atteint sans aucun doute son paroxysme commercial avec le "Castel de Pont-à-Lesse". Cette société anonyme qui administre un hôtel 3 étoiles aussi appelé "Best Western Dinant" est valorisée à 5,5 millions d’euros. Le Castel est la propriété des métallos FGTB.

Les actifs immobiliers du syndicat socialiste sont en tout état de cause supérieurs à 80 millions d’euros.

→ A la CSC

La CSC a été, comme chacun le sait, fort impacté par la faillite de la banque Dexia, et de nombreuses restructurations immobilières au niveau des immeubles et des terrains ont eu lieu ces dernières années afin d’assainir les comptes et de faire passer cette pilule. L’ASBL "Maison du travail" gère le navire amiral de l’Aeropolis, chaussée de Haecht à Bruxelles, le siège historique de la CSC, et loue les bureaux au syndicat chrétien. Cette ASBL est administrée par des responsables flamands et francophones issus des différentes familles du mouvement chrétien. En 2013, la "Maison du travail" disposait de 13 millions d’euros d’immobilisations en terrains et propriétés diverses.

Le manoir "Ter Nood" à Overijse appartient à la CSC. Le bâtiment et les jardins, dont la valeur précise n'est pas connue, sont classés. ©Olivier Polet

Une autre ASBL, "Patria", située à Liège et liée à la CSC, disposait en 2014 de 5 millions d’euros de terrains et constructions sur un actif total de 9 millions d’euros. La CSC est encore propriétaire du bâtiment classé "Ter Nood": situé à Overijse, "Ter Nood" est très connu dans le milieu syndical. Par le passé, il a abrité le centre de formation de la CSC, et a accueilli de nombreuses réunions et négociations "secrètes" du Groupe des Dix dans les années 80 et 90. Ce bâtiment a été mis en vente avant d’être retiré du marché. Son prix est inconnu.

→ A la CGSLB 

En 2015, le syndicat libéral flamand a de son côté déménagé son siège central avenue de l’Héliport, dans le centre-ville de Bruxelles, près du canal. La CGSLB était propriétaire du terrain, elle y a construit un nouveau bâtiment, avec un auditoire de 150 places. Coût: 10 millions d’euros pour les bureaux et 9 millions pour la construction des 30 appartements que le syndicat a l’intention de revendre.

Au total, la CGSLB dispose d’un parc immobilier de 280 unités de vacances (appartements et chambres d’hôtels) en Belgique mais aussi à l’étranger. La CGSLB est propriétaire d’un domaine de 3 hectares, le complexe les "Lavandiers" à Cavalaire-sur-Mer sur la Côte d’Azur. Le syndicat libéral a acquis 21 appartements pouvant accueillir jusqu’à 8 personnes dans ce petit coin de paradis à côté de Saint-Tropez. Le complexe dispose de deux piscines et d’un terrain de tennis. La CGSLB n’a pas souhaité nous communiquer la valorisation de ces appartements. Selon des sources actives dans l’immobilier à Cavalaire-sur-mer, contactées par "L’Echo", ces appartements valent, en tenant compte des prix du marché actuel, environ 8,5 millions d’euros dans leur ensemble.

Dossier "Syndicats"

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