Ont-ils de l'argent à l'étranger?

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La CSC, la FGTB et la CGSLB suivent la même politique de placement pour gérer l’argent de leur caisse de grève. Leur objectif: la sécurité plutôt que le rendement élevé.

"Le portefeuille se compose d’emprunts obligataires, de bons de caisse et de bons d’épargne belge."

La caisse de grève sert à payer les indemnités de grève des travailleurs syndiqués. En cas de conflit social, les travailleurs qui débrayent ont droit à une indemnité de 30 euros par jour, qui remplace le salaire qu’ils ne toucheront pas de leur employeur. Si le conflit se prolonge, elle passe à 35 euros les 2e, 3e et 4e semaines.

Après 5 semaines de conflit, on monte à 41,5 euros, puis 45,50 après 9 semaines. Le "tarif" est identique pour les trois syndicats. Pas question de jouer la concurrence sur ce point-là.

D’où vient l’argent?

La caisse de grève est alimentée par les cotisations des affiliés "actifs" des syndicats (soit entre 60 et 70% des affiliés). Les chômeurs, les allocataires sociaux et les pensionnés ne cotisent pas pour la caisse de grève. À la CSC, 8,5% de la cotisation des actifs file dans la caisse de résistance.

À la FGTB, ce taux est fixé par les centrales. Il n’est pas rendu public. À la CGSLB, l’ancien président, Guy Haaze, évoquait en 2002 un taux de 30% des cotisations versées dans la caisse de grève. L’actuel secrétaire général, Olivier Valentin, dément. "On n’arriverait pas à fonctionner si 30% des cotisations partaient dans la caisse de grève."

Où est leur argent?

Où se trouve l’argent des syndicats? "Notre banque principale, c’est Nagelmackers", dit ouvertement le numéro 2 de la FGTB, Marc Goblet. Pour des raisons philosophiques et idéologiques, c’est la banque préférée de la FGTB". La FGTB déclare aussi être cliente chez Fortis ou ING.

Du côté de la CSC, Marie-Hélène Ska avance le nom de Belfius comme premier choix. Mais là aussi, le syndicat diversifie. À la CGSLB, on ne cite pas de noms. "Nous avons des comptes auprès de toutes les grandes banques belges", dit Olivier Valentin, le secrétaire général.

Certains placements sont-ils réalisés à l’étranger? "Non, nous n’avons pas d’argent à l’étranger, dit Goblet. Même son de cloche à la CGSLB. La CSC, elle, avait dans le passé placé 25 millions d’euros au Luxembourg. Une somme rapatriée au moment de la révélation, en 2000, du scandale de la KBLux. Mais pas en Belgique… Une source nous évoque l’Allemagne? La CSC confirme les placements à l’étranger, sans plus de précisions. "Il ne s’agit pas d’évitement fiscal, martèle Ska. C’est une diversification des risques."

À ces cotisations, il faut aussi ajouter les intérêts générés par les placements réalisés avec l’argent de la caisse de grève.

Comment est géré l’argent?

En cœur, les syndicats disent gérer l’argent de la caisse de grève "en bons pères de famille".

Il s’agit d’assurer au maximum le capital investit, pas question donc de réaliser des placements risqués. À la FGTB, on évoque des placements dans l’immobilier ou dans des obligations d’Etat européennes. Depuis la crise financière, le syndicat socialiste a tout réinvesti dans le papier belge.

Si l’argent de la caisse de grève est placé, une part doit être disponible très rapidement pour indemniser les grévistes, explique un fin connaisseur du dossier. Un syndicat doit en effet être en mesure de débloquer immédiatement de quoi tenir une grève générale pendant une semaine pour 1 million de travailleur. Soit libérer en cash 180 millions d’un seul coup. Les leaders syndicaux ne confirmeront pas. "Cela relève de la stratégie. No comment…"

À la CSC, la gestion de la caisse de résistance est assurée par le Bureau national (les présidents, secrétaire général, et secrétaires nationaux). Les règles sont strictes: les placements doivent prévoir un capital garanti, les placements à terme doivent être investis dans des produits financiers sans risque, comprenant un délai. "Le portefeuille se compose d’emprunts obligataires, de bons de caisse et de bons d’épargne belge", lit-on dans les rapports administratifs du syndicat chrétien. La CGSLB dit suivre la même ligne en matière de placements.

Une telle politique de placement peut permettre aux syndicats de faire fructifier considérablement leur argent. Un spécialiste de la gestion de fortune a évalué pour nous à 86 millions d’euros le return que la CSC aurait pu avoir des 157 millions qu’elle a économisés entre 2001 et 2014, si tout son argent avait été placé en obligations souveraines européennes…

Cela étant, même avec une prudence de Sioux, les syndicats ont parfois des déconvenues. La CSC en est un bel exemple. La tempête de Dexia, qui a mené à la faillite d’Arco, a porté un coup dur à ses finances. "La liquidation d’Arco, dans laquelle il y avait une garantie gouvernementale uniquement pour les particuliers, a effectivement érodé une partie de nos finances, y compris dans la caisse de grève", explique Marie-Hélène Ska.

Combien? Le montant est évalué à 75 millions, d’après son président Marc Leemans.

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