Joseph Henrotin: "Les Russes ne chercheront pas l'affrontement direct"

Des officiers russes sur la base navale de Tartous, en Syrie. ©REUTERS

L'expert militaire belge pense que les Russes pourraient frapper des rebelles syriens en représailles. Mais ils devraient éviter un choc militaire frontal avec les Occidentaux.

Joseph Henrotin est le rédacteur en chef de la revue de stratégie militaire DSI et chercheur associé à l’Université de Lyon III. Il commente pour L’Echo les événements de la nuit dernière dans le ciel syrien.

La frappe des alliés occidentaux vous a-t-elle surprise?

Oui et non. Deux scénarios étaient envisageables. Soit une frappe immédiate mais de faible ampleur juste après l’attaque chimique perpétrée par le régime syrien. Soit au contraire, une frappe reportée dans le temps mais de beaucoup plus grande ampleur. Or les occidentaux ont attendu pour répondre militairement et ils l’ont fait par le biais d’une frappe somme toute assez limitée. Une centaine de missiles de croisière, c’est à peine plus que les 60 missiles envoyés il y a un an, en avril 2017, en réponse à une autre attaque chimique d’Assad.

L’opération est-elle un succès ?

Les Syriens affirment avoir abattu 12 missiles sur la centaine qui ont été tirés. On peut considérer que c’est un bon ratio pour les alliés occidentaux.

Va-t-on vers une escalade dans la région ?

Les Russes n’ont pas réagi militairement et ne chercheront pas l’affrontement direct. Ils n’ont pas actionné leur dispositif anti-missiles, qui est pourtant réputé performant. Jusqu’ici, ils ont réagi verbalement et pour la forme. Mais l’affaire n’est pas complètement terminée pour autant. La flotte américaine dans la région est en train d’être renforcée. On attend l’arrivée sous peu d’un porte-avion, d’un croiseur et de quatre destroyers, qui viendront s’ajouter aux deux destroyers américains déjà sur place. Or la flotte russe basée à Tartous, en Syrie, sentant probablement l’imminence de la frappe, est sortie de sa base navale. Elle croise pour l’instant quelque part en Méditerranée orientale, on ne sait pas très bien où puisque ses systèmes d’identification sont éteints. Il existe certes des codes de bonne conduite en mer, mais on n’est jamais à l’abri d’un accident, compte tenu de la proximité de tous ces bâtiments.

Les Russes peuvent-ils se permettre de limiter leur réaction à une réaction verbale ?

Ils feront sans doute une petite démonstration de force, par exemple en attaquant des rebelles syriens en représailles. Ils vont aussi s’indigner au niveau diplomatique à l’Onu. Ils feront sans doute également fonctionner leurs organes d’influence dans les médias, style Sputnik ou Russia Today, pour faire valoir leur lecture des événements. Il n’est pas non plus exclu qu’ils provoquent des incidents armés dans l’Est de l’Ukraine. Car pour les Russes, tous les théâtres d’opération son liés. Ils se considèrent dans un contexte d’enfermement par rapport aux Occidentaux.

L’opposition en France reproche à Emmanuel Macron d’être le vassal des Etats-Unis. C’est aussi votre avis ?

Pas vraiment. La France ne pouvait pas ne pas réagir. Ne serait-ce que parce qu’elle vient d’organiser à Paris une conférence internationale sur les armes chimiques. D’autre part, elle a un honneur à laver depuis la grande attaque chimique de 2013 par le régime syrien, attaque qui avait fait 1.500 morts environ. Obama avait reculé au dernier moment, alors que les Rafales français étaient déjà moteurs tournants sur leurs lieux de décollage. La France a toujours eu un rhétorique dure sur la question de la fameuse "ligne rouge".

Et les Britanniques, ont-ils pris le train en marche en raison de l’affaire Skripal ?

L’affaire Skripal a certainement joué un rôle dans la détermination de Londres. Certains affirment même que les Russes sont passés à l’attaque sur Skripal, qui n’était pourtant pas un objectif prioritaire, pour tester la réaction occidentale en cas d’éventuelle attaque chimique en Syrie. Mais nous n’avons bien entendu pas de preuve de cela.

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