L'Europe n'a que des mots pour Alep

©AFP

Les chefs d’État et de gouvernements ont tenté hier d’accentuer la pression sur la Russie et le régime syrien, qu’ils tiennent pour responsable de la tragédie d’Alep. Les Vingt-Huit ont condamné "avec force" les attaques menées par les Syriens et les Russes sur Alep. Ils demandent l’ouverture d’un couloir humanitaire pour évacuer les civils. Toutefois, aucune sanction n’est prévue contre le régime syrien ou la Russie.

"Je ne vous demande pas de sauver nos rues étroites, nos souks, nos murs, c’est fini. Je vous demande encore de sauver ce qui reste de nos vies, nos femmes et nos enfants." C’est avec ces mots que le maire d’Alep, Brita Hagi Hassan, s’est adressé hier aux chefs d’État et de gouvernement européens réunis à Bruxelles. "L’histoire ne pardonnera pas", a-t-il averti.

Plus tard dans la journée, en Syrie, les premiers convois d’évacuation de civils démarraient, tandis que le président Bachar el-Assad annonçait sa "victoire" et "la libération d’Alep" sur Facebook.

Les Vingt-Huit, relégués au rang de spectateurs, ont tenté hier de mettre la pression sur la Russie et de se mobiliser pour Alep.

En arrivant à Bruxelles, le président français François Hollande exigea que l’UE pose un "ultimatum humanitaire" à la Syrie et aux Russes pour que "la population qui est aujourd’hui menacée, prise en otage, puisse sortir d’Alep et qu’un couloir humanitaire puisse être ouvert". Au même moment, le candidat de la droite, François Fillon, en campagne avant l’heure, a appelé à une "initiative puissante de l’UE".

Le Premier ministre belge, Charles Michel, a fait profil bas. "L’Europe est trop faible dans ce dossier, a-t-il dit, je ne plaide pas pour l’escalade, nous devons avoir un bon dialogue avec la Russie." Une déclaration à l’antipode des propos tenus la veille par Guy Verhofstadt, le chef de file des libéraux européens, qui appelle à de nouvelles sanctions contre Poutine.

L’Europe, impuissante, tente de se mobiliser

La réponse de l’Europe à la tragédie d’Alep tient en quelques lignes dans le texte de conclusion du sommet et à une initiative française.

L’UE "condamne avec force" les attaques menées par la Syrie et ses alliés, la Russie et l’Iran et appelle à une "cessation immédiate" des hostilités, lit-on. Elle enjoint les belligérants à respecter les droits de l’homme, à permettre aux civils de quitter Alep, à assurer le passage de l’aide humanitaire et à ne pas viser les hôpitaux.

Sans parler de sanctions, l’UE affirme que "toutes les options sont sur la table". Plusieurs États doutent de l’opportunité des sanctions. "Est-ce que des sanctions vont stopper les Russes? Même au Conseil de sécurité, rien de touche les Russes", dit un diplomate. "La priorité est de sauver les gens, d’arrêter cette boucherie et d’être prêt à leur fournir toute l’aide matérielle que l’Europe peut leur apporter."

La France, quant à elle, a réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’Onu, qui se tiendra ce vendredi, pour tenter d’obtenir le déploiement à Alep d’observateurs internationaux.

L’incapacité de l’Europe de freiner Moscou tient de plusieurs exigences de "realpolitik": le maintien de relations minimales avec la Russie, l’absence de défense européenne et l’attitude des états-Unis.

L’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, qui souhaite se rapprocher de la Russie, sème le doute au sein des Européens. Quels choix fera-t-il pour mettre fin au bourbier syrien, face à un Poutine qui apparaît comme le grand vainqueur?

Washington conserve la même ligne depuis le début des hostilités, qui est de ne pas frapper le régime de Bachar el-Assad, alors que la France et ses alliés étaient prêts à le faire. "L’Europe n’a pas assez d’instruments pour agir seule", poursuit le diplomate. "Il faut la doter d’autres moyens. Les progrès réalisés ces derniers mois en défense, ce n’est pas rien (voir page 10)."

Les sanctions contre la Russie prolongées

Les Vingt-Huit ont prolongé de six mois les sanctions économiques décidées contre la Russie lors de l’annexion de la Crimée et l’agression contre l’Ukraine. L’Italie, proche de Moscou, a tenté de faire barrage, sans pouvoir s’opposer au consensus. Trop peu de progrès ont été réalisés dans le cadre du processus de paix de Minsk.

Les dirigeants européens ont aussi discuté de l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine, que les Pays-Bas sont les seuls à ne pas avoir ratifié, suite à un référendum. La Haye a obtenu hier une déclaration contraignante, annexée à l’accord, qui durcit le ton envers l’Ukraine pour "rassurer" les Néerlandais. Le traité est sauvé, tandis que le Premier ministre néerlandais Mark Rutte peut rentrer dans son pays avec la promesse que cet accord n’entraînera pas l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. L’ombre de Poutine, hostile à ce traité, pèse sur le dossier.

Une réunion aura lieu lundi prochain entre l’Otan et la Russie sur la situation en Ukraine, au siège de l’Alliance à Bruxelles. Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, présent hier au sommet européen, a plaidé pour le maintien d’un dialogue avec Moscou. C’est la première fois qu’une réunion de ce type a lieu depuis le début de la crise ukrainienne.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content