interview

Les Américains disent qu'ils sont sûrs à 100% que c'est le régime syrien"

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Pour le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), le régime syrien a sous-estimé la volonté de réaction de la nouvelle administration américaine. Entretien.

Quelle est votre réaction après les frappes américaines contre le régime syrien?
Les Américains font ce qu’ils avaient dit qu’ils feraient. Ils avaient parlé d’une ligne rouge. Ils ont averti les Russes qui étaient sur la base. Ils nous ont également avertis quand cela a débuté. Cela étant, nos F-16 n’ont nullement été impliqués dans ce qui s’est passé. C’est bien une action unilatérale des Américains.

Est-il bien d’agir de cette façon? Unilatéralement…
C’est une question à poser à ceux qui exercent la politique étrangère. Pas pour le ministre de la Défense. Il faut éviter l’escalade. Mais il est bon qu’Assad sache clairement qu’il y a des limites qu’il ne peut dépasser. La communauté internationale ne peut accepter que des armes chimiques soient utilisées.

On a quand même l’impression d’assister à un emballement…
Je répète qu’on doit tout faire pour l’éviter. Mais il faut reprendre la séquence des choses dans le temps. Il y a eu une attaque aux gaz. Les Américains disent qu’il est clair qu’elle a été menée par les troupes du régime syrien. Ils ont averti plusieurs fois les Syriens qu’il y avait une ligne rouge à ne pas franchir en ayant recours aux armes chimiques.

"Les Américains ont averti plusieurs fois les Syriens qu’il y avait une ligne rouge à ne pas franchir en ayant recours aux armes chimiques."

Comment peut-on être entièrement sûr que c’est le régime syrien? Ce n’est pas trop dans leur intérêt et on sait que certains rebelles voulaient acquérir des armes chimiques…
Il faut demander aux Américains. Je n’ai pas toutes les données. Je constate que les Américains disent qu’ils sont sûrs à 100% que c’est le régime syrien. Et qu’en conséquence, ils ont indiqué qu’ils allaient leur enlever les moyens de mener des attaques chimiques. En ce qui nous concerne, je rappelle que notre contribution là-bas, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, est contre l’Etat islamique. On n’interfère pas dans la situation politique syrienne. Si nous faisons quelque chose en Syrie, c’est dû au fait qu’une telle opération fait partie du droit à la légitime défense des Irakiens. Nous pouvons le faire parce que l’Etat islamique ne respecte pas de frontière entre la Syrie et l’Irak. La Belgique n’a aucun mandat pour agir contre Assad.

Cela doit changer?
Dans l’immédiat, non. Dans le futur, cela pourrait dépendre d’une résolution au Conseil de Sécurité des Nations unies. Comme ce fut le cas pour la Libye.

S’il y a une escalade de la part de Bachar el- Assad?
J’espère bien que cela va changer. Mais on doit toujours réfléchir à ce qui se passera après. Pour l’Irak, c’est clair. Pas pour la Syrie. C’est beaucoup plus compliqué. Que se passera-t-il après l’élimination de l’EI?

Assad est-il l’avenir de la Syrie?
Je pense que ce sera difficile. Mais si on cherche des solutions pragmatiques, il faudra parler avec Assad. Il ne va pas s’en aller de lui-même. C’est un facteur dont on doit tenir compte. Mais la position de la Belgique est très claire: c’est un régime totalitaire et on préférerait une solution sans lui.

→ Pour en savoir plus: notre dossier sur la Syrie

La lutte contre l’EI, c’est bientôt terminé?
Non, pas vraiment. Si on regarde une carte, on voit bien que l’on a progressé entre janvier 2016 et avril 2017. Leur territoire a bien diminué. On a repris Mossoul-Est, qui était la capitale de leur califat. Et il y a des combats sanglants avec l’armée irakienne pour reprendre l’ouest de la ville. Rue par rue. Bâtiment par bâtiment. La stratégie de la coalition, c’est que c’est l’armée irakienne qui est responsable de sa guerre. Mais elle bénéficie d’un support.

Il n’y a toujours pas de soldats belges au sol?
On contribue derrière les lignes de front, avec des spécialistes, au renseignement et surtout à la formation. Il y a aussi un dispositif médical.

Le 17 mars, les bombardements de la coalition internationale semblent avoir provoqué de nombreuses victimes civiles à Mossoul. Nos F-16 sont-ils impliqués dans ce raid?
On ne sait pas encore si les bombardements ont été menés par la coalition internationale et encore moins si des avions belges sont impliqués ou pas. Une enquête a été lancée et nous prenons cela très au sérieux. Chaque victime civile est une victime de trop. Mais même s’il y a des pertes civiles, cela ne signifie pas pour autant qu’il y a des erreurs. C’est la guerre. Cela peut arriver.

"On ne sait pas encore si les bombardements du 17 mars ont été menés par la coalition internationale et encore moins si des avions belges sont impliqués ou pas."

Suivant les résultats de l’enquête, on pourrait suspendre les bombardements des F-16, voire anticiper la fin de la mission?
Je ne vais pas entrer dans des suppositions. Il faut attendre les résultats de l’enquête. Et là, on tirera des conclusions.

Il y a deux enquêtes? Une de la coalition internationale et une du parquet fédéral?
Non. Officiellement, aujourd’hui, il n’y a pas d’enquête du parquet fédéral. C’est une pré-enquête. On est en train d’évaluer avec la coalition internationale ce qui s’est passé. A-t-on touché nos objectifs? Y a-t-il eu des dégâts civils? Si il y a eu des dommages collatéraux, nous prévenons le parquet. Nous l’avons déjà fait à deux reprises. Ensuite, le parquet se saisit du dossier et regarde s’il est nécessaire d’ouvrir une enquête. En ce moment, il n’y a pas d’enquête officielle.

Est-ce bien que la Justice civile puisse poursuivre des militaires?
Le système a été réformé, avec la fin des juridictions militaires en temps de paix. Maintenant, la Défense fait plus que ce qui est nécessaire.

Mais il sera dur de trouver des pilotes à l’avenir avec un tel risque de poursuites…
Non. C’est la garantie que les pilotes suivent les règles d’engagement, basées notamment sur le droit humanitaire international ou la légitime défense. S’ils suivent ces règles, il n’y a pas de poursuite possible. Un engagement est toujours un équilibre entre les gains potentiels au niveau militaire et les possibles dégâts que l’on peut faire.

L’opposition a-t-elle essayé d’utiliser politiquement les éventuelles bavures en Irak?
L’opposition joue un jeu politique, bien qu’il y ait des différences entre les partis. Ecolo et Groen font de la politique. Mais ils ont encore une idée de solution. Là où les socialistes ne proposent pas d’alternative. Je constate qu’ils en sont presque à se réjouir que l’on soit impliqués dans les frappes du 17 mars à Mossoul.

Donald Trump veut que les pays de l’Otan dépensent plus pour leur défense. Votre avis?
Pas seulement Trump. Tous les pays de l’Otan ont indiqué en 2014 qu’il fallait en finir avec les économies réalisées sur le dos de la défense et qu’il fallait y consacrer 2% du PIB, dont un cinquième irait à l’investissement. Aujourd’hui, seulement 0,9% de notre PIB va à la défense, dont 80% pour le personnel. Nous voulons un rééquilibrage entre les opérations, les investissements et le personnel.

Atteindre 2% du PIB semble un effort budgétaire hors de portée pour la Belgique…
Nous devons être réalistes. Dans le cadre budgétaire actuel, ce n’est pas possible. Mais cela ne signifie pas que nous ne faisons rien. À la fois sur terre et en mer, dans l’air et dans le cyberespace, nous avons de grandes ambitions. Neuf milliards d’investissements. Le montant le plus important, ce sont les 3,5 milliards pour acheter de nouveaux avions de combat. Cet investissement est nécessaire parce que les F-16s ont atteint la fin de leur cycle de vie.

"Il faut remplacer les F-16. Et si je dois aller défendre cela avant les élections, je n’aurai pas de problème."

Vous allez devoir signer le contrat pour le remplacement des F-16 quasiment en campagne électorale. Cela ne vous posera pas de problème?
Normalement, c’est prévu pour 2018, peut-être vers la fin de l’année. C’est un dossier qui fait partie de l’accord de gouvernement. C’est très clair: il faut remplacer les F-16. Et si je dois aller défendre cela avant les élections, je n’aurai pas de problème. J’ai toujours dit qu’il fallait réinvestir dans la défense. C’est quelque chose dont je suis fier et que je pourrai utiliser dans la campagne. Les gens doivent se rendre compte que notre sécurité ne vient pas naturellement. Si nous voulons que la Belgique soit un pays sûr, nous devons nous assurer que la situation est calme aux frontières européennes. Et cela signifie que nous avons besoin d’une armée.

Les Pays-Bas ne pourront pas nous remplacer en Jordanie à l’issue de la mission des F-16. On ne pourra pas non plus prolonger leur présence, notamment par manque de moyens budgétaires. N’est-ce pas paradoxal alors que l’on s’apprête à justifier l’achat de nouveaux avions de combat par ces missions à l’étranger?
Ce n’est pas correct de dire que c’est uniquement pour des raisons budgétaires. Il y a certes un budget prévu pour les opérations. Mais le gouvernement pourrait faire des choix financiers. Il ne faut pas oublier que nos avions seront en opération contre l’Etat islamique depuis un an, et cela demande beaucoup à nos pilotes, qui doivent s’entraîner, et à notre matériel, avec la maintenance. Si les Néerlandais ne sont pas prêts à revenir après une année de repos, on peut comprendre que même si on avait l’argent, ce serait difficile pour nous.

On parle beaucoup du F-35. A-t-il aussi votre préférence?
La RFGP (Request for Government Proposal) est sortie. On attend les réponses des agences gouvernementales. Nos experts vont faire les évaluations et après cela, on va présenter les résultats au gouvernement. Je n’ai pas de préférence.

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