Une "déclaration de Moscou" pour mettre fin au conflit syrien

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La Russie, l'Iran et la Turquie ont adopté une déclaration visant à mettre fin au conflit en Syrie, par laquelle ils s'engagent à oeuvrer à la mise en place d'un cessez-le-feu dans l'ensemble du pays et à organiser des négociations de paix au Kazakhstan. Ils coupent l'herbe sous le pied des occidentaux, qui visaient des négociations en février à Genève.

La Russie, l'Iran et la Turquie ont adopté une "Déclaration de Moscou" visant à mettre fin au conflit en Syrie, par laquelle ils s'engagent à oeuvrer à la mise en place d'un cessez-le-feu dans l'ensemble du pays et à organiser des négociations de paix au Kazakhstan, a déclaré Sergueï Lavrov.

Le chef de la diplomatie russe s'exprimait à l'issue d'une réunion avec ses homologues iranien et turc et les ministres de la Défense des trois pays. Sergueï Lavrov a souligné que Moscou et Téhéran, principaux soutiens militaires du président syrien Bachar al Assad, et Ankara, qui appuie certains groupes rebelles, s'étaient engagés à faciliter la recherche d'une solution politique entre le gouvernement de Damas et l'opposition qui garantirait l'intégrité territoriale de la Syrie.

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, avait indiqué un peu plus tôt que la première étape de la "feuille de route" devrait être la mise en place d'un cessez-le-feu dans l'ensemble de la Syrie.

"Toutes les tentatives précédentes de la part des Etats-Unis et de leurs partenaires pour s'entendre sur des actions coordonnées étaient vouées à l'échec. Aucun d'eux n'avait réellement d'influence sur le terrain"
Sergeï Choïgou
Chef de la diplomatie russe

"L'adoption de la Déclaration au niveau des ministres de la Défense et des Affaires étrangères signifie que nous sommes prêts à nous attaquer ensemble aux questions concrètes liées à la résolution (du conflit) en Syrie", a ajouté Sergueï Choïgou.

L'intervention militaire de la Russie depuis septembre 2015 a été décisive pour le cours du conflit syrien, permettant à Bachar al Assad de reprendre l'initiative alors que son armée était au bord de l'effondrement. La campagne de reconquête lancée par les forces de Damas, appuyées par plusieurs milices étrangères pro-iraniennes, a permis au gouvernement syrien de reprendre Alep, la grande ville du nord de la Syrie, dont l'évacuation des derniers rebelles et civils est en cours.

Bachar al Assad a déclaré la semaine dernière qu'il entendait désormais reconquérir la totalité de la Syrie mais il n'est pas certain que ses parrains l'entendent de cette oreille. A son arrivée à Moscou, le chef de la diplomatie iranienne, Mohamed Javad Zarif, a déclaré qu'il n'y avait pas de solution militaire au conflit syrien, "seulement une solution politique".

Quitter Alep

Le régime syrien presse par ailleurs les derniers rebelles et civils de quitter Alep en vue de parachever sa plus importante victoire depuis le début de la guerre, avec la reprise de la totalité de la deuxième ville du pays.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé lundi à l'unanimité, y compris la Russie de déployer rapidement des observateurs onusiens à Alep-Est, la partie conquise en 2012 par les rebelles, pour y superviser les dernières évacuations et évaluer la situation des civils.

"L'armée a lancé un appel via des hauts-parleurs aux rebelles et civils qui le souhaitent pour qu'ils quittent les quartiers Est" de la métropole, a indiqué une source militaire syrienne, affirmant que l'armée voulait "nettoyer la zone après la sortie des hommes armés".

Selon une porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Ingy Sedky, des "milliers" de personnes attendent encore d'être évacuées du réduit rebelle. Rien que pour la journée de lundi, "nous avons évacué 15.000 personnes d'Alep-Est. Depuis jeudi, le total est de 25.000", a-t-elle indiqué.

"Leur état est lamentable"

Parmi ceux à avoir été évacués dans la nuit figurent 14 blessés se trouvant "dans un état grave", tandis que plusieurs autres sont partis mardi matin à bord de bus, d'après elle.

Le directeur de l'Union des organisations des secours et soins médicaux dans le sud de la province d'Alep, Bachar Babbour, a affirmé que huit bus étaient arrivés en zone rebelle mardi matin avec à bord des personnes évacuées dont des blessés. "Leur état est lamentable, tout le monde avait froid (...) il y avait un vieil homme qui grelottait", a-t-il dit.

En échange des évacuations d'Alep, 750 personnes ont quitté jusqu'à présent Foua et Kafraya, deux localités chiites assiégées par les jihadistes dans la province d'Idleb, voisine de celle d'Alep et quasiment entièrement contrôlée par les rebelles, selon le CICR.

Une fois les évacuations terminées à Alep, le régime Assad devrait proclamer la "libération" de la ville, son plus important succès dans la guerre qui a fait plus de 310.000 morts depuis mars 2011.

Négociations en février?

Selon l'ambassadrice des Etats-Unis Samantha Power, 118 employés de l'ONU se trouvent actuellement à Alep-Ouest et pourront être rapidement déployés dans les quartiers concernés. "Notre objectif, c'est immédiatement".

Avec cette résolution, l'objectif de la France qui a fait cette proposition est "d'éviter un nouveau Srebrenica", ville de Bosnie où fut commis en 1995 le pire massacre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, a dit l'ambassadeur français, François Delattre, alors que l'ONU et des ONG internationales avaient fait état d'atrocités qu'aurait commises le régime dans les secteurs reconquis à Alep.

L'émissaire des Nations unies Staffan de Mistura a annoncé de son côté son intention de convoquer des négociations intersyriennes le 8 février à Genève, mais on ignorait dans l'immédiat les éventuelles réponses des principaux protagonistes.

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