"Véritable opportunité pour une solution politique" en Syrie

Alep, ce 29 décembre. ©EPA

Un cessez-le-feu négocié par la Russie et la Turquie, qui soutiennent des parties opposées en Syrie, est entré en vigueur à minuit sur l'ensemble du territoire syrien. Moins de deux heures plus tard, des violations ont été signalées.

Le cessez-le-feu entre régime et rebelles a été globalement respecté ce vendredi matin en Syrie. Seuls quelques accrochages isolés étant signalés.

→ Le cessez-le-feu est entré en vigueur jeudi à minuit avant l'ouverture de négociations de paix, en vertu d'un accord conclu sous l'égide de la Russie et de la Turquie, sans les Etats-Unis.

7 groupes rebelles
Sept groupes rebelles, dont le puissant Ahrar al-Cham, ont signé l'accord.

L'accord, qui n'implique pas ceux que les parties désignent comme "terroristes", tel le groupe Etat islamique, avait été annoncé dans la journée par le président russe Vladimir Poutine et confirmé par l'armée syrienne et la Coalition nationale syrienne (CNS), principale composante de l'opposition en exil. Les forces kurdes ne sont pas non plus concernées par l'accord.

Pas respecté partout

©AFP

Dans la nuit, des accrochages ont été signalés dans la province de Hama (nord). "Le cessez-le-feu est respecté dans la plupart des régions de Syrie (...) mais des factions islamistes ont attaqué des positions du régime près de la ville chrétienne de Mahrada", a indiqué Abdel Rahman, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Selon lui, "des petits groupes rebelles et des forces loyalistes cherchent à détruire la trêve".

En outre, des avions russes ont mené trois frappes aériennes ces dernières 24 heures contre des positions tenues par l'EI près de la ville syrienne d'Al Bab. 12 combattants de l'EI auraient péri dans cette attaque.

310.000 morts
La guerre en Syrie a fait plus de 310.000 morts et des millions de réfugiés.

 

Le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem a estimé qu'"il y a une véritable opportunité pour trouver une solution politique qui mette fin à l'effusion de sang". ©EPA

Le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem a lui aussi estimé que le cessez-le-feu offrait une "véritable opportunité" pour trouver "une solution politique" au conflit.

L'annonce de trêve intervient une semaine après la reprise totale de la ville d'Alep (nord) par le régime du président Bachar al-Assad, sa plus importante victoire depuis 2011, obtenue avec le soutien de ses alliés indéfectibles, Iran et Russie.

La coopération russo-turque sur le dossier syrien a repris en juin après des mois de crise. Elle a accouché mi-décembre d'un cessez-le-feu à Alep qui a permis l'évacuation de civils et des rebelles des derniers quartiers insurgés dans cette cité.

Etats-Unis exclus

Après plusieurs rencontres en Turquie entre émissaires russes et représentants rebelles soutenus par Ankara, Vladimir Poutine a annoncé l'entrée en vigueur d'une trêve.

©EPA

"Trois documents ont été signés: un premier entre le gouvernement et l'opposition armée sur un cessez-le-feu sur l'ensemble du territoire syrien", et le deuxième sur des mesures visant à contrôler le respect de la trêve, a indiqué Poutine. "Le troisième est une déclaration sur la volonté (des parties en conflit) de lancer des négociations de paix."

Selon la Russie, le cessez-le-feu a été approuvé par "les principales forces" de la rébellion. Au total, sept groupes rebelles, dont le puissant Ahrar al-Cham, ont signé.

Depuis le début de la guerre en mars 2011, plusieurs cessez-le-feu négociés par Washington et Moscou ont rapidement volé en éclats.

Qu'en disent les USA?

Les Etats-Unis, jusque-là en désaccord continu avec la Russie sur le conflit syrien et qui attendent l'arrivée prochaine à la Maison Blanche de Donald Trump, ont été écartés de ces négociations. Ils ont malgré tout salué "une évolution positive". "Tout effort pour arrêter la violence, épargner des vies et créer les conditions pour une reprise de négociations politiques constructives est le bienvenu", a réagi le porte-parole de la diplomatie américaine Mark Toner.

En revanche, c'est la première fois que la Turquie parraine pareil accord.                                                                  

Pourparlers à Astana

Des négociations de paix devraient prochainement être organisées à Astana, la capitale du Kazakhstan. Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a précisé que ces discussions devraient avoir lieu probablement en janvier.

"Nous commençons avec les Turcs et les Iraniens à préparer la rencontre d'Astana", a-t-il dit sans préciser quels groupes de l'opposition y participeraient en face d'émissaires du régime, sous le patronage de la Russie, de la Turquie et de l'Iran.

• Qui sera présent? Le Haut comité des négociations (HCN), regroupant une grande partie de l'opposition syrienne, devrait participer aux prochaines négociations, a indiqué depuis Ankara Oussama Abou Zeid, conseiller juridique auprès des rebelles dits "modérés" alliés à la Coalition nationale syrienne.

La réunion d'Astana précédera des négociations inter-syriennes qui doivent être organisées par l'ONU le 8 février à Genève. Astana n'est pas "une alternative à Genève", selon le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu mais "une étape complémentaire".

Pour sa part, l'émissaire de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura a espéré que le nouveau cessez-le-feu "faciliterait l'apport d'aide humanitaire" dans le pays et aboutirait à "des entretiens productifs à Astana".

Alep ce 29 décembre. ©EPA

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