Washignton prépare de nouvelles sanctions contre la Russie

The Scientific Research Center building, à Barzeh, près de Damas, a été anéanti par les frappes occidentales. ©EPA

Les Etatss-Unis viseront les entreprises russes en lien avec l'arsenal chimique syrien. Les grandes puissances n'ont cessé de souffler le chaud et le froid durant tout le week-end. Chacun pose ses "lignes rouges", menace ou temporise.

Après les frappes ciblées menées par les Etats-Unis, la France et le Royaume Uni dans la nuit de vendredi à samedi, la situation a évolué au gré des réactions et des déclarations durant tout le week-end.  

©AFP

Dernier en date, le président russe Vladimir Poutine a averti dimanche que de nouvelles frappes occidentales contre la Syrie provoqueraient "le chaos" dans les relations internationales. Poutine a souligné, lors d'une conversation téléphonique avec son homologue iranien Hassan Rohani, que "si de telles actions, menées en violation de la Charte des Nations unies, venaient à se reproduire, cela provoquerait inévitablement le chaos dans les relations internationales", selon un communiqué du Kremlin.

Les deux dirigeants ont "constaté que cette action illégale endommageait sérieusement les perspectives d'un règlement politique en Syrie", selon la même source. Vladimir Poutine avait déjà dénoncé samedi "avec la plus grande fermeté" ces frappes qu'il a qualifiées d'"acte d'agression à l'encontre d'un Etat souverain qui se trouve à l'avant-garde de la lutte contre le terrorisme".

En réaction, l'ambassadrice américaines au Conseil de sécurité de l'ONU a laissé entendre que les Etats-Unis pourraient préparer de nouvelles sanctions contre la Russie, en raison de son soutien quasi-indéfectible au régime syrien. Dans une interview accordée à la chaîne CBS, la diplomate estime que ces sanctions pourraient être annoncées dès lundi par le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin.
Ces sanctions viseront notamment les entreprises russes soupçonnées d'avoir un lien avec l'arsenal chimique syrien.

Proposition

Le week-end se ponctue donc sur un regain de tension entre les grandes puissances dans la crise syrienne. Voila qui n'augure rien de bon sur l'issue de la nouvelle proposition de résolution formulée par les Alliés samedi. La France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont remis samedi à leurs 12 partenaires du Conseil un nouveau projet de résolution sur la Syrie à plusieurs facettes - chimique, humanitaire et politique -, incluant la création d'un nouveau mécanisme d'enquête sur l'emploi d'armes chimiques, selon des diplomates.

"J'ai parlé au président (Trump) ce matin, il a dit que si le régime syrien continue d'utiliser ce gaz toxique, les Etats-Unis sont prêts à dégainer de nouveau"
Nikki Haley
Ambassadrice américaine à l'ONU



Les négociations sur ce texte, rédigé par la France, doivent débuter lundi, selon les mêmes sources. C'est la première fois qu'un texte regroupant les aspects chimique, humanitaire et politique du conflit vieux de plus de sept ans est proposé au Conseil.

Signe plutôt positif, la Russie, par la voix de son vice-ministre des Affaires étrangères, s'était pourtant dite prête à étudier la proposition de résolution et ferait "tous les efforts nécessaires pour améliorer les relations avec l'Ouest". Mais il précise également "qu'un compromis serait difficile à trouver". "La Russie a également ses lignes rouges" estime le responsable en référence aux déclarations de Donald Trump sur Bachar el Assad. 

  • Que contient cette résolution?
©REUTERS

Dans le domaine chimique, le texte, obtenu par l'AFP, "condamne dans les termes les plus forts tout recours aux armes chimiques en Syrie, en particulier l'attaque du 7 avril à Douma". Il prévoit de créer "un mécanisme indépendant" d'enquête et d'attribution des responsabilités "basé sur des principes d'impartialité et de professionnalisme".

Le projet de résolution des trois pays qui ont mené les frappes "exige des autorités syriennes qu'elles s'engagent dans des négociations inter-syriennes de bonne foi, de manière constructive et sans préconditions" en application des dernières discussions menées à Genève le 3 mars.

Ces négociations, au point mort, doivent porter sur la gouvernance, la question constitutionnelle, les élections, le contre-terrorisme et des mesures de confiance.

Pas de nouvelles frappes

Donald Trump et ses alliés français et britannique ont vanté le succès de leurs bombardements contre le régime de Damas, une opération ponctuelle destinée à punir Bachar al-Assad pour son usage allégué d'armes chimiques, et ont brandi la menace de nouvelles frappes s'il franchissait encore cette "ligne rouge".

Dans un entretien à la BBC dimanche midi,  Boris Johnson a toutefois laissé entendre qu'"il n'y a pas pour le moment de proposition sur la table pour de nouvelles frappes parce que pour le moment le régime Assad n'a pas été assez inconscient pour lancer une nouvelle attaque à l'arme chimique." La Grande-Bretagne reste cependant très vigilante et étudiera avec ses alliés certaines "options" si Bachar al Assad utilise à nouveau des armes chimiques contre des civils en Syrie, a dit le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson. 

La Russie, soutien politique et militaire du pouvoir syrien, a répliqué aux frappes sur le terrain diplomatique. Aux Nations unies, elle demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité mais a échoué à faire voter sa résolution condamnant "l'agression" armée contre Damas, son représentant Vassily Nebenzia fustigeant "le néo-colonialisme" des Etats-Unis et de leurs deux alliés.

Un représentant du ministère russe des Affaires étrangères laisse la porte ouverte à la discussions avec les Etats-Unis. "Il y a toutes les raisons de croire qu'après les frappes américaines sur la Syrie, les Américains seront tentés d'aller vers un dialogue stratégique", a dit Vladimir Ermakov, en charge de la non-prolifération et du contrôle des armes, cité par l'agence Interfax.
"On ne peut pas dire que les Américains n'ont pas montré la volonté de mener un dialogue stratégique", a-t-il poursuivi. "Il existe au sein de l'administration américaine certaines personnes avec lesquelles il est possible de dialoguer".


Le président français Emmanuel Macron a pour sa part estimé qu'après les frappes, c'était maintenant au Conseil de sécurité de "reprendre, dans l'unité, l'initiative sur les plans politique, chimique et humanitaire".

©EPA

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, a maintenu dimanche après-midi que les troupes américaines resteraient en Syrie "jusqu'à ce que le but soit atteint." Sur les ondes de Fox News, Haley a réaffirmé les trois exigences américaines: "s'assurer que les armes chimiques ne risquent plus d'être utilisées contre des intérêts américains, la défaite définitive de l'Etat Islamique et avoir une vue claire de la stratégie de l'Iran".

"Notre objectif est de ramener nos troupes à la maison, mais nous ne rentrons pas tant que ces objectifs ne sont pas accomplis."

 


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