Publicité

"En quelque sorte, Baudouin a fait de moi une administratrice"

Anne-Sophie Pijcke et Baudouin Michiels sont devenus des inséparables. La directrice juridique d’Euronext Bruxelles l’affirme, elle ne coupera pas de sitôt les liens qui les unissent.

Le tandem marche à merveille. Tel un père prêt à accompagner sa fille, fier de sa progéniture, Baudouin Michiels ne tarit pas d’éloges sur Anne-Sophie Pijcke. Elle, pleine de gratitude, répond d’un beau compliment: "En quelque sorte, il a fait de moi une administratrice." Et ni l’un ni l’autre ne se sont engagés dans l’aventure du "Mentoring Program" à la légère.

Les raisons de leur démarche

L’envie de comprendre les rouages d’un conseil d’administration était déterminante pour Anne-Sophie Pijcke. "J’attendais surtout de voir comment fonctionne une société? Comment un conseil d’administration peut orienter, de façon collégiale, une stratégie, et faire en sorte que le management adhère à cette stratégie. J’ai toujours été très curieuse de savoir comment cela se passait entre le management et le conseil d’administration", affirme la directrice juridique d’Euronext Bruxelles.

De son côté, Baudouin Michiels, pour qui les conseils d’administration n’ont plus de secret, se dit convaincu de la nécessité de renforcer le nombre de femmes dans les conseils d’administration. "Les qualités spécifiques de la gent féminine et la manière dont elle voit les problèmes et les différents éléments qu’elle prend en considération pour pouvoir traiter les problèmes ou définir les stratégies sont intéressantes".

Le mentor Baudouin Michiels

Homme d’affaires important de notre économie, Baudouin Michiels, c’est avant tout l’héritier de "Côte d’Or". Docteur en droit avec une licence en Sciences sociales du travail, il fait son entrée dans l’entreprise familiale en 1967 au titre de directeur des achats et gravira les échelons jusqu’au poste de président directeur général. Position qu’il continuera d’assurer lors des passages successifs de la marque sous les enseignes Jacobs Suchard et Kraft Foods. Il se retirera du groupe en 2001, sous l’ère Philip Morris. "À cette époque, beaucoup d’entreprises m’avaient fait des propositions mais Philip Morris ou Jacobs Suchard étant présents dans ces sociétés, j’ai décliné. Je me suis alors beaucoup intéressé à la bonne gouvernance, car avec mon vécu professionnel, je considérais qu’il y avait là un grand besoin. Après une rencontre avec Pierre Klees et Eric de Keuleneer, nous avons mis sur pied la fédération des administrateurs et œuvré au rapprochement avec l’homologue néerlandophone pour créer Guberna".

Baudouin Michiels montera également à bord de différents conseils: Distrigaz, Proximus et la FEB dont il dirigera la commission des affaires sociales.

Aujourd’hui, on le retrouve encore au board de Tessenderlo, de la société d’intérim Ex-aris et de la société de private equity Levante, ainsi qu’à la tête de fondations comme Belgacom Art et Walter Leblanc (artiste belge membre du groupement "Zero").

 

Principaux points travaillés

Pour le tandem, l’exercice ne semblait pas mesuré au centimètre près. Visiblement, tout s’est fait au fur et à mesure des conversations.

"De façon simple et spontanée, j’ai expliqué à Anne-Sophie mes expériences dans des conseils d’entreprises moyennes, plus importantes, dans des holdings, dans des entreprises internationales. Je voulais lui faire comprendre quels doivent être idéalement, le profil, l’attitude et le comportement d’un administrateur. Ce sont des choses importantes que nous n’apprenons pas dans un livre", explique Baudouin Michiels. Selon lui, ce programme est une suite logique aux formations données par Guberna. "Tous ceux qui ont suivi les formations Guberna savent ce que sont le risk management et les responsabilités du conseil et du comité d’audit", insiste-t-il.

Anne-Sophie Pijcke puisait davantage ses interrogations dans la presse quotidienne.

"L’actualité regorge d’informations liées à des conseils. Je l’interrogeais alors sur la façon dont il aurait réagi", précise-t-elle.

Baudouin Michiels conclut en disant avoir abordé avec sa "mentorée" des sujets larges, comme la rémunération des administrateurs, et sur lesquels bien sûr l’unanimité n’était pas toujours au rendez-vous. "Mais on ne doit pas toujours être d’accord!", ajoute-t-il.

Des regrets

Si mentorée comme mentor affirment n’avoir rencontré aucune difficulté au cours de ces 18 mois de coaching, Anne-Sophie Pijcke dit avoir un regret, celui de ne pas avoir pu assister à un conseil.

"C’était pourtant dans le programme", renchérira Baudouin Michiels non sans ajouter que cela pose un problème déontologique. "Un conseil d’administration est tenu à la discrétion et au caractère hautement confidentiel. De plus, l’inviter un jour où l’agenda est moins chargé, c’est aussi donner une fausse image et risquer une retenue de la part des administrateurs", précisera-t-il.

Ce qui a changé pour la mentorée

"C’était une excellence expérience et une très belle rencontre humaine. Ce programme m’a permis de rentrer dans le conseil d’une première société et j’espère la faire profiter de mon œil de juriste et de femme", explique Anne-Sophie qui se dit désormais plus sûre d’elle. "Quelque part, Baudouin m’a fait administratrice", clame-t-elle.

Ce qui a changé pour le mentor

"Dans tous les domaines de la vie, toute expérience est bénéfique. D’abord, cela vous amène à repenser certaines visions que vous aviez sur l’un ou l’autre problème et la façon de les résoudre. Il y a aussi un rapport intergénérationnel utile et qui me permet de garder une vision ouverte au changement. Il n’y a rien de pire que de vivre sur un acquis", déclare Baudouin Michiels.

Il ajoute également avoir beaucoup appris rien qu’en écoutant Anne-Sophie lui exposer les raisons pour lesquelles les conseils devraient être composés de davantage de femmes.

La mentorée Anne-Sophie Pijcke

Juriste de formation, avec un bagage en sciences économiques, Anne-Sophie Pijcke débute sa carrière comme avocate spécialisée en droit fiscal et financier avant d’arriver, en 1995, à la Bourse de Bruxelles.

Elle y sera notamment en charge du conseil juridique dans les fusions qui mènent en 2001 à la création de Euronext.

Aujourd’hui, 18 ans plus tard, Anne-Sophie Pijcke est directrice du département légal et régulatoire, et secrétaire générale de la Bourse bruxelloise, Euronext Brussels, et ses filiales. Elle avoue cependant que compte tenu de l’évolution régulatoire, elle ne semble plus faire le même métier qu’à son arrivée dans l’institution.

À l’issue du programme de mentoring, Anne-Sophie Pijcke a fait son entrée dans le conseil d’administration et le comité d’audit de Fountain. Elle est également présente au conseil de filiales d’Euronext.

 

La forme de leurs rencontres

Le programme imposait la tenue d’un certain nombre de rencontres en face à face. "Nous nous sommes vus deux, trois fois chez Belgacom, se souvient Baudouin Michiels. La première fois, je lui ai montré la passerelle. Nous avons aussi eu des relations téléphoniques et par e-mail. Anne-Sophie est très occupée, moi malgré les apparences (rires) je suis aussi occupé. Ce n’était donc pas facile de trouver des plages de 2 à 3h pour se voir."

Aujourd’hui, même si le programme est terminé, les contacts se poursuivent. Anne-Sophie Pijcke s’est ainsi tournée vers son mentor lorsque Fountain lui a proposé un poste d’administratrice. "Avant d’accepter le mandat chez Fountain, j’ai demandé à parler à Baudouin". Un autre appel de débriefing sera également à l’ordre du jour, nous diront les deux complices.

Et quand on leur demande s’ils arriveront à couper le fil qui les unit, Anne-Sophie répond sans hésiter: "Je ne suis pas sûre de vouloir le couper. Je pense que j’aurai toujours le besoin de partager. Si je devais être contactée par une autre société pour un poste d’administratrice, la première personne à qui j’en parlerai, c’est Baudouin".

Le message n’est pas très différent du côté de Baudouin Michiels qui ne voit que deux cas pour que les liens soient rompus: "Soit je tombe dans un état de sénilité, soit je ne suis plus de ce monde. Mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour!" ironise-t-il. Désormais, il attend de voir Anne-Sophie compléter son carnet de mandats d’administratrice.

Le regard sur le programme

Coacher des femmes au poste d’administratrice était-il primordial pour remplir nos conseils? La question fait débat. Néanmoins, Baudouin Michiels ne s’en serait pas pris autrement avec un homme. "Je ne changerais pas de méthodologie. Ici, j’avais l’avantage que nous sommes en retard dans l’équité homme-femme, et qu’il y a en plus une obligation légale. Argument que je n’aurais pas pu utiliser avec un homme".

Anne-Sophie, qui reste convaincue que la gent féminine est sous-représentée dans les salles de conseil, se félicite d’un tel programme. Mais, affirme-t-elle, "je ne suis pas forcément favorable aux quotas, car c’est difficile d’être celle qui remplit la case ‘femme’ dans un conseil".

[Retrouvez demain la suite de notre série avec le tandem Patrick Van Houtryve/Gésine Holschuh]

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés