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Armez-vous contre les taux faibles

Complètement anéantis par une salve de baisses des taux, les épargnants sont à la recherche d’alternatives. Ils vont devoir mettre en œuvre une véritable artillerie.
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Lorsque les grandes banques du pays abaissent leurs taux d’épargne, c’est toujours un choc, surtout si elles enfoncent la barrière psychologique de 1%. BNP Paribas Fortis est la première grande banque à avoir diminué le taux de base de son compte d’épargne classique, qui passe de 1 à 0,75%. Belfius a suivi le mouvement deux jours plus tard, en abaissant le taux de son compte d’épargne de 1 à 0,75%. Ces dernières semaines, plus de 10 banques ont annoncé une baisse de leurs taux. Comment s’armer contre cette épidémie?

1. La compréhension

Tout d’abord, vous devez faire preuve... de compréhension envers votre banquier. BNP Paribas Fortis justifie sa décision en citant mot pour mot les " conditions exceptionnelles du marché " et illustre son argument à l’aide d’un graphique montrant l’évolution à la baisse des taux de la BCE et des taux des obligations allemandes. A juste titre? " Le taux bas de la BCE est un des principaux facteurs de ces baisses ", confirme Gert Peersman, professeur d’économie à l’Université de Gand. " Ce taux se trouve depuis très longtemps à ce niveau, mais les banques suivent en général avec retard. L’injection massive de liquidités par la BCE à la fin de l’an dernier joue aussi un rôle. Elle permet aux banques d’emprunter à trois ans à très bon compte, ce qui diminue leur dépendance vis-à-vis de l’épargne de leurs clients. "

Ce n’est pas tout. Demandez à une banque comment elle fixe ses taux d’épargne. Vous vous heurtez à un mur : " information confidentielle ". Chaque banque utilise son cocktail d’indicateurs: le taux euribor (le taux que les banques pratiquent entre elles), le taux des obligations d’Etat belges (OLO) d’échéances diverses et même les taux allemands sont souvent pris en compte, avec des échéances très variables. " La loi de l’offre et de la demande joue implacablement son rôle ", nous confie un expert. " Pourquoi une banque offrirait-elle 3% à ses épargnants alors qu’elle peut se financer auprès de la BCE au taux de 1% ? " C’est une explication plausible utilisée par ceux qui cherchent à convaincre. La banque néerlandaise NIBC Direct s’est installée chez nous au début de l’année et a déjà séduit 10.000 Belges. Elle a mis les petits plats dans les grands en affichant le taux le plus élevé du marché.

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2. Le dynamisme

Il est facile de ricaner et de prétendre que faire du " shopping bancaire " ne sert à rien, mais les banques de niche offrent tout de même des taux de base qui vont de 1,65 à 2%. C’est plus du double de ce qu’offrent les comptes classiques de Belfius et de BNP Paribas Fortis. Si vous avez 50.000 euros sur votre compte d’épargne, la différence, c’est tout de même 1.000 euros d’intérêts contre 375 euros dans les grandes banques (hors prime de fidélité). " Les épargnants doivent cependant se méfier des promotions. Certaines banques offrent temporairement des taux élevés pour attirer le chaland, et les baissent ensuite drastiquement", prévient le Professeur Peersman.

Les comptes " fidélité " (qui affichent une prime de fidélité plus élevée) sont plus généreux, avec des taux allant de 2,5 à 3% dans les banques de niche. La prime de fidélité qui se situe généralement entre 1,25 et 1,5% - est garantie pendant la période de 12 mois qui suit le versement. C’est une façon de s’assurer d’au moins la moitié de la rémunération totale pendant un an, contrairement au taux de base qui peut à tout moment être modifié. Un inconvénient de taille: vous ne pouvez pas toucher à votre argent pendant 12 mois, sinon vous perdez votre prime.

3. Le bon sens

Il existe des alternatives au compte d’épargne qui sont aussi sûres, et qui garantissent votre capital de départ: les bons de caisse, les comptes à terme et les produits d’assurance vie de la branche 21 (à taux garanti). Mais vous ne devez pas vous attendre à des miracles. Pour les comptes à terme à 5 ans, les taux nets (après déduction du précompte de 21%) varient entre 2 et 3%. Pour un produit de la branche 21, le taux le plus élevé du moment est de 3,25% (Patronale Life). Mais les épargnants doivent tenir compte de toutes sortes de coûts, en plus de l’obligation de bloquer leur argent pendant 8 ans s’ils souhaitent échapper au précompte mobilier. " Nous naviguons dans une zone de faible croissance et de taux faibles. Les épargnants doivent adapter leurs attentes. Ceux qui veulent un rendement de 4 à 5% doivent obligatoirement prendre plus de risques qu’il y a quelques années pour le même niveau de rémunération ", avertit Peter Vanden Houte, économiste en chef d’ING.

Les épargnants qui ambitionnent ce niveau de rendement sont obligés d’investir dans des actions à haut dividende ou dans des obligations " pourries " (" junk bonds ") qui sont des produits plus que douteux, et pour lesquels le risque de faillite de l’entreprise émettrice est réel. Par comparaison, en 2008, quelques grandes banques offraient des taux de 4,25% sur leurs comptes d’épargne. Cela n’aurait aucun sens de rechercher le même niveau de rendement en prenant des risques injustifiés avec des produits dont vous ne vouliez pas à ce moment-là …parce qu’ils étaient trop risqués!

Idem pour les comptes d’épargne et les comptes à terme: certaines banques de niche ont un rating plutôt inquiétant, à peine à deux ou trois niveaux du statut de " spéculatif " (NIBC Direct, DHB Banque et Credit Europe). Ces banques sont toutefois couvertes par l’Etat néerlandais qui garantit, comme en Belgique, tous les dépôts à concurrence de 100.000 euros.

4. La prodigalité

Les économistes s’attendent à ce que ce climat de taux bas perdure pendant 2 à 3 ans. La communication de la Réserve fédérale (Fed), la banque nationale américaine, en dit long. Elle a déjà annoncé qu’elle maintiendrait son taux directeur proche de zéro jusque " loin en 2014 ". Les économistes s’attendent à ce que la BCE lui emboîte le pas. " Le taux de la BCE pourrait même être légèrement inférieur si un incendie se déclare en Espagne ", poursuit Geert Peersman. Ce n’est que si l’économie redémarre qu’on peut s’attendre à une embellie sur le front des taux. " Les épargnants resteront les victimes des taux bas tant que l’économie ne tournera pas à plein rendement. C’est pour cela qu’il faut consommer et investir. En fait, les épargnants doivent dépenser davantage s’ils veulent voir le retour de taux élevés ", explique Geert Peersman. Vous hésitez à remplacer votre frigo ou votre voiture? Pensez que l’an prochain, ils seront bien plus chers à cause de la hausse inexorable de l’inflation, tandis que dans le même temps, vos économies se seront effritées. "

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