Comment les investisseurs vont-ils éviter la taxe sur la spéculation?

Le ministre des Finances Johan Van Overtveldt obtiendra-t-il les 34 millions d'euros de recettes escomptées de la taxe sur les plus-values spéculatives? ©Photo News

Selon deux sondages, les Belges comptent adapter leur façon d’investir pour ne pas devoir payer la taxe sur les plus-values spéculatives. Trois investisseurs sur dix envisagent d’ouvrir un compte à l’étranger. Près de quatre personnes sur dix réduiront leurs achats d’actions. De quoi réduire les recettes fiscales escomptées.

La plupart des investisseurs belges ont l’intention de modifier leur comportement pour éviter de devoir payer la taxe sur les plus-values boursières spéculatives. C’est ce que démontrent deux sondages réalisés cette semaine auprès de plus de 5.000 investisseurs par BinckBank (plus de 3.000 répondants) et L’Investisseur (plus de 2.000 personnes interrogées).

1. Un compte à l'étranger

Selon ces deux études, trois investisseurs belges sur dix envisagent d’ouvrir un compte auprès d’un courtier étranger pour éviter l’application automatique de la taxe en Belgique. Rappelons que ce prélèvement de 33% sur les plus-values réalisées moins de six mois après l’achat d’actions, d’options et de warrants sera retenu à la source pour les plus-values perçues en Belgique. Les plus-values à l’étranger sont censées être déclarées par les contribuables.

2. Moins d'actions

D’après le sondage de L’Investisseur, 37% des boursicoteurs achèteront moins d’actions à cause de la taxe et 16% se tourneront davantage vers les fonds, qui ne sont pas soumis à cet impôt. Le données de BinckBank confirment cette tendance: 39% des sondés réduiront leurs investissements en actions. La proportion augmente à 59% pour les options et 63% pour les warrants. 22% des personnes ayant répondu à l’enquête de BinckBank envisagent même d’arrêter d’investir.

3. Attendre pour revendre

Une autre manière d’éviter l’application de la taxe est de ne plus vendre d’actions dans les six mois suivant leur achat. 42% des personnes sondées par L’Investisseur comptent appliquer cette stratégie.

4. Investir dans les grandes capitalisations

La taxe sur la spéculation risque de pénaliser certaines actions plus que d’autres. Partant du principe que ce nouvel impôt risque de provoquer une baisse de la liquidité des plus petites capitalisations, l’enquête de L’Investisseur montre qu’un sondé sur trois n’investira plus que dans des grandes capitalisations. De plus, 42% d’entre eux comptent investir moins dans les petites et moyennes capitalisations.

> Conséquence? Moins de recettes pour l'État

"Le gouvernement doit se rendre compte que, pour son budget, la mise en œuvre de la taxe pourrait être contre-productive."
Stefaan Roegiers
Country Manager chez BinckBank Belgique

Si les investisseurs traduisent leurs intentions en actes, ils réduiront les recettes potentielles de la taxe sur la spéculation. Le gouvernement fédéral table sur des rentrées de 34 millions d’euros.

Les comportements d’évitement de cette taxe risquent d’affecter les recettes d’un autre impôt: la taxe sur les opérations de Bourse (TOB), prélevée sur chaque achat ou vente de titres. En 2014, la TOB sur les actions et produits dérivés avait rapporté 73,6 millions d’euros à l’Etat.

Les recettes de la taxe sur la spéculation compenseront-elles la probable perte de rentrées de la TOB? L’Investisseur et Binck ne le pensent pas. "Il n’y aura pas de gagnant", estime Gert Bakelants, rédacteur en chef de L’Investisseur. "Gouvernement, entreprises, investisseurs, marché boursier: tout le monde sera perdant."

"Le gouvernement doit se rendre compte que, pour son budget, la mise en œuvre de la taxe pourrait être contre-productive", souligne Stefaan Roegiers, Country Manager chez BinckBank Belgique. Elle pourrait aussi être contre-productive sur le plan électoral. Le sondage de L’Investisseur montre qu’un sondé sur deux sera influencé par la taxe lors du prochain scrutin.

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