interview

"Demander 33% sur la spéculation, ce n'est pas si grave."

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Le ministre de l’Emploi fédéral, et vice-premier CD&V au sein du gouvernement Michel, Kris Peeters, revient avec nous sur l’accord budgétaire et la concertation sociale.


Le Groupe des Dix arrive enfin à se mettre d’accord, vous êtes soulagé?

Oui, c’est une bonne nouvelle. Ils n’ont pas parlé de dossiers faciles, et je note que pour la cinquième fois, ils trouvent des solutions. Cette semaine, Patrick Dewael doutait de la raison d’être du G10. Il a parlé d’eux comme du "Groupe des zéro". Moi je suis convaincu que lorsqu’on a un accord avec eux, la décision est plus durable et plus stable.

La concertation sociale revit sous un gouvernement "de droite". Paradoxal…
À la fin du gouvernement Di Rupo, avec la discussion de l’accord ouvriers-employés, je rappelle que le Groupe des Dix était mort! On a travaillé jour et nuit pour convaincre les partenaires sociaux de recommencer. Et on a trouvé des solutions. On a aussi un accord interprofessionnel, c’est incroyable. La concertation fonctionne. Cela avance, step by step. C’est bon pour l’économie et pour nous tous. Donc, cela va bien!

Vous êtes un homme heureux alors?
Je suis réaliste.

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Charles Michel dit à la Chambre "jobs jobs jobs". Oui, mais combien de "jobs"?
C’est facile de lancer des chiffres, mais il est plus sage et intelligent de demander au Bureau du plan et à la BNB de calculer ces hausses d’emploi. C’est ce qu’on a fait. Je me souviens des 200.000 emplois de Verhofstadt… C’est très délicat, parce que l’économie est volatile, et les entreprises nagent dans un contexte international.

Les baisses de charges ne sont pas liées à la création d’emploi. Chèque en blanc?
Je l’ai dit au PS. Lors du pacte de compétitivité d’Elio Di Rupo, on avait aussi baissé les charges salariales sans condition d’emploi. Les seules conditions directes qui existent c’est le Maribel social dans le non-marchand, et les 1ers emplois dans les PME. Pour le reste, on a écouté les syndicats qui nous ont demandé de faire le focus sur les bas salaires.

Conditionner les baisses de charge, c’est vraiment impossible?
Avec Dehaene et Verhofstadt, on avait eu la même discussion au G10: "n’est-il pas possible de faire du donnant donnant?" Hé bien non, parce que l’économie ne marche pas comme ça.

Cela vous choque de voir Coca-Cola licencier 120 personnes pour baisser sa masse salariale?
C’est un triste exemple. Mais Agoria a aussi dit que 10.000 personnes pouvaient être engagées grâce à la réduction du handicap salarial. Nous ne sommes pas dans une économie communiste! On a compris la demande des entreprises, 4 milliards sont donnés pour améliorer la compétitivité, c’est à eux d’y travailler.

Cela ne donne pas l’impression que baisser le coût salarial, cela ne sert à rien?
Non! Prenez VW, quelle sera la décision de l’Allemagne pour fabriquer les voitures électriques? J’espère qu’on décidera de les fabriquer ici… Je suis convaincu qu’il fallait baisser le coût salarial. On y était obligé, pour sauver l’économie belge, pour sauver nos entreprises. Sinon, c’était la mort.

Les gens comprennent-ils ce message?
Il faut convaincre les gens que c’était nécessaire de faire ces efforts, et qu’au final ce sera positif pour nous, pour l’emploi, le pouvoir d’achat. Nous ne sommes pas les seuls à avoir l’intelligence et la sagesse de dire qu’il faut faire quelque chose. Les Pays-Bas, la France, l’Autriche en parlent. Mais nous sommes les premiers à l’avoir fait, et je suis convaincu que le nôtre est meilleur.

Vous vous retrouvez à 100% dans ce tax shift?
100%, c’est beaucoup hein (sourire). Mais je suis convaincu que c’est le meilleur résultat.

Qu’est-ce qui vous satisfait?On a ciblé les bas salaires, ce sont eux qui vont profiter les premiers de la hausse du pouvoir d’achat, on a donné un montant important au non-marchand pour baisser son coût salarial, on a trouvé 50 millions de plus pour aider les personnes dans la pauvreté, et les baisses de charges spécifiques permettent de soutenir les PME. Il y a le volet plus délicat de la taxation du capital. Mais on a pu trouver un équilibre.

Taxer la spéculation, ça a l’air compliqué et semble très symbolique…
Au Luxembourg, on taxe la spéculation depuis longtemps. Il y a des problèmes? La Bourse, les entreprises s’y portent mal? Non! Chez eux, le tarif est progressif, de 42% jusque 80%, et ils visent d’autres instruments financiers, dont les produits dérivés. On l’a décidé aussi. Mais demander 33% sur la spéculation, ce n’est pas si grave…

Si ce n’est "pas si grave", pourquoi ne pas avoir été plus loin?
On était parti de 25%. On a trouvé un compromis, et je défends le compromis.

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Il y a encore eu 100.000 personnes dans la rue. La hausse du pouvoir d’achat sera annulée en partie avec les hausses de TVA, d’accises, et le saut d’index. Vous espérez vraiment que ce tax shift va les calmer?
Je ne sais pas. Je suis convaincu qu’il faut communiquer mieux sur le but final des mesures. Vous connaissez le problème. Pour maintenir le système des pensions, on doit trouver 8 milliards d’euros d’ici 2019. On n’a pas le choix, on est obligés de baisser le coût salarial et d’augmenter l’âge de la pension, sinon le système va craquer. C’est cela le courage dont on a essayé de faire preuve.

Les syndicats répondront que le courage aurait été de taxer les grosses fortunes?
On a beaucoup discuté, le résultat est celui-là. Mais nous avons un autre débat à mener avec les syndicats: le travail faisable. Il y a le burn out, le stress, la flexibilité. Beaucoup de réglementations ont été écrites après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte industriel. À présent, on est dans l’ère de la digitalisation. La législation sur l’emploi doit évoluer. Et ce n’est pas si simple.

Quelles solutions envisagez-vous,?
Nous allons organiser des visites en Suède, aux Pays-Bas, au Danemark. Chez Axa, chez Janssens Pharmaceutica, ils ont déjà trouvé des solutions. Mais c’est aux partenaires sociaux de mener le débat, pas à moi.

Le rapport du Conseil supérieur pour l’emploi indique que le temps partiel a permis d’augmenter de 7% le taux d’emploi. Mais on dit qu’il faut le décourager. Contradictoire?
Il y a des paradoxes partout. On doit stimuler tout l’emploi qui est possible, mais dans un cadre durable pour les deux parties. C’est quelque chose d’important: on doit être plus innovants. Il faut stimuler les partenaires sociaux, pas seulement au niveau de Groupe des Dix, mais aussi des secteurs. Pour la construction, par exemple, c’est totalement différent que dans la distribution. Il faut trouver un cadre légal pour donner la liberté d’être innovant. C’est ça, le chemin le plus intéressant, je pense.

La concertation doit-elle descendre au niveau sectoriel?
Non, le Groupe des Dix est très important, évidemment. Je vais essayer de le convaincre de donner un cadre pour le niveau sectoriel et d’expérimenter, comme on le fait pour la norme salariale. Par exemple, le débat sur l’ancienneté. Est-il possible de trouver un accord au G10? Si c’est possible, bravo! Mais je suis convaincu que c’est plus réaliste de pousser les secteurs à trouver les solutions qui leur conviennent.

À la rentrée, vous avez plaidé pour que l’on rétablisse la confiance au gouvernement. Quelle est l’ambiance actuelle?
Maintenant, tout va bien. Et cela veut dire quoi? Qu’on a bien travaillé, bouclé des négociations avec un impact énorme, un tax shift de plus de sept milliards. Point.

Vous avez travaillé en Flandre avec la NV-A, vous avez formé un cartel avec elle. Pourquoi c’est si dur au Fédéral?
ça, c’est une question pour vous. Travailler avec elle, c’est intéressant, mais très dur de temps en temps, c’est vrai, avec les partenaires sociaux. Il y a aussi eu des attaques personnelles. Mais on a pris des mesures, c’est le plus important. Le reste…

Vous pensiez que ça allait être plus facile?
De temps en temps, oui. (Il rit.) ça, c’est la vie, hein. Et c’est un métier difficile.

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