Base a joué avec la loi pour assurer le service

©Hilz, Peter/Hollandse Hoogte

Alors que Proximus a connu des problèmes encore inexpliqués, Base a "chipoté" avec les normes d’émission pour éviter la panne.

De nombreux Belges pestent encore sur les opérateurs télécoms, après que les attentats de mardi ont provoqué d’importantes congestions sur les réseaux. Au point de voir le ministre des Télécommunications, Alexander De Croo, exiger une enquête approfondie sur le sujet. "L’objectif est de regarder en avant, d’identifier les causes des problèmes et les moyens d’éviter que cela se reproduise à l’avenir, explique le ministre, qui doit prochainement rencontrer les opérateurs. Les choses ont déjà évolué depuis le drame du Pukkelpop (la tempête qui s’est abattue sur le festival en 2011 NDLR) mais il s’agissait d’une situation totalement différente et il faut en savoir plus, avoir des chiffres sur ce que cela a représenté en termes de trafic, observer si la recommandation d’utiliser internet et les SMS a été suivie, etc. Il faut aussi voir dans quelle mesure les normes d’émission pour les antennes GSM à Bruxelles ont participé au problème." Et pour cause, ces normes sont parmi les plus strictes du monde et compliquent le déploiement d’un réseau dans la capitale. Un problème que certains n’ont pas hésité à contourner…

Base a choisi l’illégalité

"On a pris la décision, en réunion de crise, de débrider le réseau mais uniquement pour les antennes aux alentours de Maelbeek et de Zaventem."
François Bailly
Porte-parole de Base

Selon nos informations, l’opérateur Base a en effet délibérément "triché": le groupe a augmenté les capacités de ses antennes, explosant au passage le seuil d’émissions de 6 volts/mètre. Objectif: forcer le trafic télécom à se diriger vers d’autres antennes pour répartir la charge et ainsi assurer le service. L’infraction devrait rester impunie, puisqu’aucune mesure d’émissions n’a, a priori, été réalisée durant la période. Du côté de l’opérateur, on confirme: "On a pris la décision, en réunion de crise, de débrider le réseau mais uniquement pour les antennes aux alentours de Maelbeek et de Zaventem, explique François Bailly, porte-parole de l’opérateur. La norme est là, mais on s’est dit que ce qui se passait était plus important et cela nous a permis de gagner 30% de capacité de réseau." Et d’insister sur les problèmes causés par la norme bruxelloise: "Si dans la capitale, on avait la même norme qu’en Flandre, on aurait pu investir et disposer d’au moins deux fois plus de capacité à Bruxelles."

La catastrophe évitée de peu

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Le réseau Proximus a été quasi paralysé par un problème et ne permettait plus qu’une moyenne de 1 appel sur 10.

Toujours selon nos informations, la catastrophe a été évitée de peu: le réseau Proximus a en effet été quasi paralysé par un problème qui reste encore inexpliqué et ne permettait plus qu’une moyenne de 1 appel sur 10. La crise fut si aiguë qu’il a été envisagé, durant l’après-midi, de procéder à un "reset" général du réseau, ce qui se serait traduit par un blackout total de deux heures sur le réseau du premier opérateur belge. La mesure n’a toutefois pas été nécessaire, les équipes en place étant parvenues à progressivement débloquer le réseau, zone par zone. "Proximus avait prédéployé un camion-antenne pour augmenter ses capacités, mais il n’a finalement pas été utilisé, déjà parce qu’il aurait dû être accompagné par un véhicule prioritaire, mais aussi parce que le problème se situait au niveau du réseau global, pas local", explique une source bien informée. Pour ce qui concerne les appels d’urgence, le sentiment reste très positif pour l’ensemble du secteur, qui se réjouit qu’aucun réseau ne soit réellement tombé à plat. "Et personne ne jette la pierre à Proximus, ils ont bataillé comme ils le pouvaient, shit happens", explique un autre expert du secteur.

À noter qu’une dernière mesure prévue par le plan d’urgence, le roaming national, n’a pas dû être activée. Le principe: si l’un des réseaux télécom vient à tomber en cas de crise, les réseaux concurrents s’ouvrent à ses clients pour assurer le service. Un moment envisagé, le mécanisme n’a finalement pas été utilisé. Mais du côté des services concernés, on étudie déjà la possibilité d’actionner automatiquement le mécanisme en cas d’urgence.

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