Cazeneuve et de Maizière veulent muscler la sécurité de l'UE

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Les ministres français et allemand de l'Intérieur ont exposé leur plan conjoint pour améliorer la sécurité en Europe. Les deux hommes souhaitent notamment imposer des obligations aux opérateurs de messagerie cryptée et améliorer les dispositifs de partage de renseignements entre pays.

Le Français Bernard Cazeneuve et l'Allemand Thomas de Maizière, tous deux ministres de l'Intérieur de leur pays respectif, annonçait ce mardi leur initiative conjointe sur la sécurité intérieure en Europe. Durant cet exercice en duo, les deux hommes ont mis sur la table un paquet de mesures qu'ils souhaitent voir débattues lors du prochain sommet des 27 chefs des Etats-membres, le 16 septembre prochain.

Outre leur volonté de "muscler les contrôles" aux frontières de l'UE, les deux ministres ont également fait le vœu d'avancer sur des questions liées au partage de renseignements, mais surtout de prendre les devant sur la question des systèmes de messagerie chiffrés.

→ Vers un "Telegram Act"?

En effet, les programmes proposant une messagerie cryptée comme l'application russe Telegram sont particulièrement prisés dans les milieux jihadiste, a-t-on notamment appris suite à l'attaque de Nice. Les deux ministres de l'Interieur ont donc demandé à la Commission européenne de prendre des mesures pour encadrer ces nouveaux réseaux de communications.

Que les choses soient bien claires pour éviter toute polémique inutile : il n’a bien sûr jamais été question de remettre en cause le principe du chiffrement des échanges : le chiffrement permet de sécuriser les communications, y compris des États.
Bernard Cazeneuve
Ministre français de l'intérieur

Pour la paire franco-allemande, il faut que la Commission "étudie la possibilité d'un acte législatif rapprochant les droits et obligations de tous les opérateurs (...), que le siège juridique soit en Europe ou non". En prenant ainsi les devants, elle pourrait "imposer des obligations à des opérateurs qui se révéleraient non coopératifs, notamment pour retirer des contenus illicites ou déchiffrer des messages dans le cadre d'enquêtes judiciaires", a expliqué le ministre français.

©ANP XTRA

Bernard Cazeneuve a par ailleurs tenu à rassurer à ce sujet: "Que les choses soient bien claires pour éviter toute polémique inutile : il n’a bien sûr jamais été question de remettre en cause le principe du chiffrement des échanges : le chiffrement permet de sécuriser les communications, y compris des États".

→ Un ESTA à l'européenne

Dans le cadre de leur initiative commune, les deux ministres ont également défendu la nécessité d'un "partage systématique de l'information des fichiers européens" de renseignement.  Un dispositif qui, pour être efficace, devra être alimenté par tous les Etats membres.

Les deux hommes ont aussi soulevé la question de l'élargissement du projet pilote appelé ADEP, qui permet la transmission automatisée des antécédents judiciaires entre services de police. Actuellement, six Etats membres sont concernés (Finlande, Espagne, Hongrie, Irlande, France, Allemagne) par ce projet, mais la France et l'Allemagne souhaitent l'étendre à tous les Etats membres.

Les deux hommes, visiblement sur la même longueur d'onde, ont annoncé une série de mesures touchant à la sécurité intérieur. ©AFP

Par ailleurs, Bernard Cazeneuve a rappelé que le "PNR" (passager name record), le fichier sur les passagers aériens, serait "pleinement opérationnel d'ici la fin de l'année" en France. L'Hexagone et l'Allemagne travaillent ensemble "pour que chaque Etat membre le rende opérationnel le plus vite possible", a-t-il ajouté.

Enfin, la paire franco-allemande réclame la mise en place d'un système électronique d'autorisation de voyage pour les personnes entrant sur le territoire européen sans visa. Ce système est déjà d'application  aux Etats-Unis, sous le nom d'ESTA. Tout voyageur qui n'est pas soumis à une demande de visa - comme la plupart des Européens ne comptant pas rester plus de 90 jours sur le territoire américain -  et qui désire se rendre aux USA doit remplir au préalable une demande d'autorisation électronique. Un tel dispositif permet  notamment aux Etats-Unis de connaître à l'avance l'identité de tous les passagers.

La lutte de Twitter contre le cyber-jihadisme jugée "sans fin"

Au cours des derniers mois de grands acteurs américains de l'internet, comme Twitter, Youtube ou Facebook ont été soumis à des pressions croissantes de la part des gouvernements, américain et autres, pour les amener à lutter davantage contre la propagande jihadiste en ligne et l'utilisation de leurs services par des réseaux jihadistes. Ils assurent tous le faire et y consacrer de plus en plus de ressources, mais "la nature même d'internet fait que c'est une course sans fin, dans laquelle on est toujours un cran derrière", estime Gérôme Billois, expert au sein du Club de la sécurité de l'information français.

"Suspendre plus de 235.000 comptes, comme vient de l'annoncer Twitter, peut avoir une influence, mais à très court terme" assure à l'AFP Gérôme Billois. "Il y a des techniques bien connues par les jihadistes et les cybercriminels au sens large, qui sont de dire : mon compte Twitter s'appelait A, maintenant il s'appelle A1, A2, A3, etc... Ouvrir un compte, cela prend moins d'une minute. Ça peut même être partiellement automatisé". 

D'une part il reste facile de rouvrir, au fur et à mesure qu'ils sont fermés, de nouveaux comptes et d'autre part cette politique risque de pousser encore davantage les utilisateurs vers des réseaux sociaux plus confidentiels, cryptés ou protégés, voire vers le "web profond" ("darkweb" ou "deepweb"), partie obscure de l'internet non référencée dans les moteurs de recherche classiques. 

Si Twitter ou d'autres réseaux sociaux grand public deviennent trop vigilants, les cyber-jihadistes seront incités à utiliser davantage des logiciels ou des applications plus difficiles à contrôler, comme par exemple Telegram, créé dans un but de confidentialité par deux Russes, dans lequel les échanges peuvent être cryptés."J'ai bien peur que le besoin, les envies de propagande ne soient plus forts que les actions que pourraient mener Twitter en coupant un certain nombre de comptes", ajoute-t-il. 


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