analyse

L'union sacrée, ça ne dure pas longtemps

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En cas de coup (très) dur, on fait bloc derrière le chef et son équipe. Tout bénéfice pour Michel. Quoique.

"J’en appelle à l’unité et à la solidarité de tous." C’était Charles Michel, le Premier ministre, ce mardi midi en conférence de presse. Car, oui, c’est un temps politique à se serrer les coudes. C’est un temps à garder ses sarcasmes, ses doutes et ses remarques pour soi. On appelle cela l’union sacrée et en général, en Belgique, c’est un temps, un peu comme le soleil, qui ne dure jamais fort longtemps.

Ainsi les attentats perpétrés hier, mardi, à Bruxelles vont-ils mécaniquement aligner la position de l’opposition politique sur celle du gouvernement. Et on rappelle que cet exécutif gouverne avec un seul parti francophone, le MR, et c’est donc tout sauf évident de recueillir l’assentiment des autres formations politiques francophones — peu enclines à faire des cadeaux à ces libéraux en cheville avec la N-VA. "Traditionnellement, il y a un temps de ‘rassemblement’ qui profite aux personnes incarnant l’exécutif, quelle que soit leur couleur politique. Mais sans nouveau drame, ce temps est assez bref dans le temps", observe le politologue Pascal Delwit (ULB). Que ce soit sur la capture de l’ex-ennemi public numéro un Salah Abdeslam ou dans la foulée sur les attentats de Bruxelles, l’opposition doit courir au rythme imprimé par le gouvernement fédéral.

"Sans nouveau drame, ce temps est assez bref dans le temps."
Pascal Delwit
Politologue à l'ULB

D’abord parce que toutes les matières liée à la sécurité – à quelques miettes près – sont encore aux mains du Fédéral. Ensuite – et c’est là plus politique –, cet exécutif fédéral de droite a la sécurité dans son ADN. "Tendanciellement, l’agenda sécuritaire avantage la droite et l’extrême droite car dans l’imaginaire, que ce soit vrai ou faux, la droite a plus l’image d’une famille politique sécuritaire", note encore Pascal Delwit.

Tel père et pas tel fils

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Ainsi, les libéraux francophones, de Charles Michel à Didier Reynders en passant par Denis Ducarme, qui mènent le train sont-ils des libéraux tendance "sécuritaire". Charles Michel, par exemple, sur ce plan-là, est aux antipodes de ce que pouvait être son père, catalogué libéral-social. "Je suis très attentif à la dimension sécuritaire", reconnaît d’ailleurs volontiers Charles Michel. Qui répétait souvent craindre "plus que tout" qu’un attentat soit commis sur le sol belge. Et c’était la plume au chapeau de ce gouvernement que de pouvoir dire que de Verviers en janvier 2015 à la capture de Salah Abdeslam vendredi dernier, aucun attentat lié à l’islam radical n’avait été perpétré sur le sol belge. Et là, la plume est tombée.

On peut aujourd’hui raisonnablement inférer que l’équipe gouvernementale va prolonger, accélérer et durcir la mise en place de l’arsenal antiterroriste qu’elle dessine depuis plus d’un an. Pour rappel, les possibilités de recourir a des écoutes téléphoniques ont été étendues, tout comme la durée de la garde à vue et la possibilité de perquisitionner de nuit. On a également mis fin à l’anonymat des cartes téléphoniques prépayées et on a délié les cordons de la bourse pour recruter du personnel, entre autres dans le renseignement.

Bienvenue aux repentis

Mais d’autres mesures pointent déjà, notamment la mise en place d’un statut de "repenti" destiné à faire parler les islamistes désireux de repasser du "bon" côté de la barrière. À chaque fois, c’est un exercice de funambule étroit entre souci de donner les outils les plus performants en matière de lutte contre le terrorisme et souci de respecter la vie privée et les libertés individuelles. Pour l’heure, les partis d’opposition – socialistes en tête – n’ont pas encore saisi ce bâton pour frapper le gouvernement. Mais les associations de défense des droit de l’Homme ont déjà dit tout le mal qu’elles pensaient d’une lutte contre la radicalisation abordée uniquement, disent-elles, sous le prisme sécuritaire.

De même, les atermoiements autour des passages/non passages d’un niveau à l’autre de la menace sont une autre porte ouverte à la critique de l’opposition. Pourquoi un niveau 3, pourquoi pas un niveau 4: les jeudis à venir, en séance plénière de la Chambre, promettent d’être animés — les feux d’artifice seront de sortie entre gouvernement et opposition.

Mais peut-être pas dès demain.

Il est encore trop tôt. On est civilisés, quand même.

Quoique.

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