Le beau-frère d'un djihadiste voulait piloter la centrale de Doel

©© Steve McDonough/CORBIS

Pour ne pas envoyer d'employés "radicalisés" sur des sites sensibles, les entreprises font appel au screening. Plus de 1.500 habilitations de sécurité ont été délivrées au privé par les autorités.

Alors que la lutte contre le terrorisme et le radicalisme islamique bat son plein, en Belgique, les entreprises se ruent véritablement vers les services habilités à "screener" leurs employés opérant sur des zones sensibles.

Ainsi, l’ANS, un service opérant sous la tutelle des Affaires étrangères en collaboration avec les renseignements et les autorités judiciaires, a-t-elle déjà délivré à ce jour quelque 1.500 habilitations de sécurité à des firmes privées.

"De l’accès au tarmac des aéroports jusqu’aux sites nucléaires sensibles, on doit tout vérifier scrupuleusement."

Celles-ci se tournent vers l’Autorité nationale de sécurité qui, moyennant rémunération, diligente les enquêtes visant à s’assurer que les entreprises ne courent pas de risque en envoyant leurs employés sur des sites sensibles. Conscient que les services de l’ANS risquaient l’engorgement face aux demandes toujours plus nombreuses de screening du privé mais aussi des autorités publiques, le ministre de tutelle, Didier Reynders, veut demander une rallonge budgétaire. Dix à douze millions d’euros seraient nécessaires, estime-t-il, pour renforcer les équipes de l’ANS. Un expert ajoute: "la charge de travail du screening va encore augmenter puisque le gouvernement a élargi nos tâches dans le cadre des 18 mesures de lutte contre le terrorisme. Nous devons changer la gestion des données et avoir une approche plus proactive"

10-12 millions €
Didier Reynders veut une allonge budgétaire pour renforcer les capacités du service de screening.

L’ANS travaille à une nouvelle application permettant de mieux gérer les habilitations de sécurité pour des firmes. De Fluxys à Elia en passant par Electrabel, la Stib ou encore l’aéroport de Bruxelles-National, la nouvelle ère du terrorisme provoque une ruée vers les screenings du personnel en contact avec des sites "sensibles".

Le beau-frère d'un djihadiste voulait piloter la centrale de Doel

Si vous cherchiez le chaînon manquant entre deux des dossiers qui taraudent le gouvernement fédéral, le mauvais état du parc nucléaire belge et la radicalisation, ne cherchez plus. Selon des informations obtenues à plusieurs sources, les autorités judiciaires belges ont effet découvert qu’une personne en formation pour devenir "pilote" à la centrale nucléaire de Doel était en fait le beau-frère d’un djihadiste belge combattant actuellement en Syrie dans les rangs de l’État islamique.

©Photo News

Azzedine Kbir Bounekoub, un djihadiste très connu, membre de l’organisation anversoise Sharia4Belgium, a été condamné l’année dernière pour participation à un groupe terroriste. Il est aujourd’hui recherché par les services de police. Bounekoub, qui utilise l’alias de Abou Abdullah, est toujours en Syrie, et s’est fait remarquer récemment quand, dans la foulée de la tuerie du musée juif à Bruxelles, il a lancé un appel via les réseaux sociaux à commettre d’autres actes similaires. Bref, un islamiste parmi les durs de durs, expliquent des sources judiciaires.

Son beau-frère, un ingénieur, était en formation chez Electrabel, filiale du groupe français Engie, pour devenir conducteur à la centrale nucléaire de Doel. L’histoire aurait pu en rester là… Sauf que des signes de radicalisation ont également été détectés chez cette personne employée chez Electrabel et licenciée il y a trois ans. "Il avait commencé à refuser de serrer la main de sa supérieure qui était une femme", rapporte une source bien informée. Une autre source confirme: "Il a fini par être viré (d’Electrabel) au vu de sa radicalisation".

Même si la détection a bien fonctionné, l’histoire fait froid dans le dos au vu de la catastrophe que pourrait provoquer un terroriste s’il infiltrait une zone nucléaire.

D’autant que, selon nos informations, un autre cas suspect a été repéré: un employé d’AIB Vinçotte, un des contractants d’Electrabel, qui disposait d’une habilitation de sécurité pour travailler sur site nucléaire, a lui disparu du jour au lendemain en septembre 2014. Il est soupçonné d’être en Syrie, même si cette information-là n’a pas pu être confirmée.

Du côté d’Electrabel, on insiste sur le fait que la sécurité est draconienne et a même été revue à la hausse à plusieurs niveaux autour des sites nucléaires – singulièrement aussi depuis le sabotage du réacteur de Doel 4 en 2014. "La personne qui a été limogée de l’entreprise l’a été en raison de mauvaises performances. Qui plus est, nous avions remarqué une attitude contraire aux valeurs de l’entreprise", explique-t-on chez Electrabel.

©BELGA

Rappel, un sabotage a eu lieu en 2014 à Doel 4, l’enquête est diligentée par le parquet fédéral, en charge des dossiers terrorisme, mais elle n’a toujours donné aucun résultat.

Reste que ces événements illustrent le fait que les entreprises se tournent de plus en plus vers l’ANS – l’autorité nationale de sécurité – un organe qui fonctionne sous la tutelle du ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) pour "certifier" leurs collaborateurs. Le département, en collaboration avec les services de renseignement et les autorités judiciaires, délivre les habilitations de sécurité sur le territoire belge.

Ces habilitations peuvent tout aussi bien être délivrées pour l’accès à certains documents et réunions confidentiels que pour des réunions du gouvernement, d’institutions internationales comme l’Otan ou la Commission européenne. Mais les entreprises privées peuvent aussi demander des screenings à l’ANS pour s’assurer que leurs employés sont bien "fit and proper" pour utiliser un langage bancaire… En clair qu’ils sont "cleans" et à même de travailler sur des sites sensibles.

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