Le procès de Mehdi Nemmouche s'achève dans le bruit et la fureur

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Les avocats de Mehdi Nemmouche considèrent leur client comme victime d’un complot orchestré par une puissance chiite. L’accusation a déroulé un "mur de preuves" pour s’assurer d’une condamnation du suspect de la tuerie du 24 mai 2014. Le procès a tourné autour de la personnalité de Me Courtoy, défenseur d’un Nemmouche mutique.

Les dés sont jetés et les deux journées de répliques de ce lundi et de mardi ne changeront plus grand-chose. Mercredi, les douze jurés de cour d’assises de Bruxelles entreront en délibération et rendront leur verdict jeudi matin. Ce sera la fin d’une séquence brûlante, celle du procès de la tuerie du Musée juif de Bruxelles survenue le 24 mai 2014, transformé durant deux mois en ring de boxe du fait d’une défense qui a flirté tout du long avec l’inentendable et poussé l’immunité de plaidoirie, totale en droit belge, à son paroxysme.

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Le principal avocat de Mehdi Nemmouche, Me Sébastien Courtoy, a plaidé sept heures durant, de manière décousue, vibrante, énergique et souvent agressive. Son but: accumuler les "coïncidences" qui feraient de son client la victime d’un complot. Impossible à compiler ici: une multitude d’éléments matériels combinés à des hypothèses.

On retiendra le fait que Mehdi Nemmouche n’ait demandé le code wifi de son appartement que le 24 mai alors que des recherches internet avaient été menées la veille. Ou bien que la personne qui revendique l’attentat parle mal le français, contrairement à l’accusé. Ou encore que l’on n’ait pas trouvé son ADN sur la porte du Musée juif.

Son puzzle manque cruellement de pièces mais il espère ainsi faire naître le doute dans l’esprit des jurés, doute qui doit selon lui mener à l’acquittement de Mehdi Nemmouche.

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Ruse de guerre

Sa thèse? Celle d’une ruse de guerre, d’un "attentat sous faux drapeau". D’un complot, lâchons le mot. Selon la défense, les époux Riva, agents du Mossad affectés à la surveillance des mouvements chiites en Europe, et Alexandre Strens, qui aurait des liens avec la République islamique d’Iran, ont été les cibles. De qui? Me Courtoy ne le dit pas, n’ayant "pas envie de subir une séquence de 80 secondes" (le temps qu’il a fallu pour tuer les quatre victimes du musée, NDLR).

Mais il le sous-entend: la main du Hezbollah, groupe islamiste chiite basé au Liban, se trouverait derrière l’attaque. Nemmouche aurait ainsi d’abord été recruté par des services de renseignement iraniens ou libanais, envoyé en Europe avant d’être piégé par les tueurs qui auraient disséminé des indices l’incriminant. Des explications sur ce que Nemmouche faisait à Marseille avec les armes, il n’y en aura pas…

Des assertions farfelues impossibles à démontrer? Me Courtoy répondrait qu’en droit pénal, ce n’est pas à l’accusé d’apporter les preuves de son innocence mais à l’accusation d’établir celles de la culpabilité.

"Mur de preuves"

Les deux représentants du ministère public, l’avocat général Yves Moreau et le substitut du procureur fédéral Bernard Michel s’y sont attelés deux jours durant, en début de semaine. En compilant "un mur de preuves" riche de 23 éléments comprenant des déclarations de Mehdi Nemmouche, de l’ADN sur les armes et les vêtements aux témoignages directs et aux tests vocaux. "Avec autant d’éléments, vous avez la preuve au-delà de tout doute raisonnable que c’est bien cet homme qui a abattu Miriam Riva, Emmanuel Riva, Dominique Sabrier et Alexandre Strens, même si cet homme n’a pas le courage d’assumer ses actes", a conclu Bernard Michel.

"C’est bien cet homme qui a abattu Miriam Riva, Emmanuel Riva, Dominique Sabrier et Alexandre Strens même s’il n’a pas le courage d’assumer ses actes."
Bernard Michel Procureur fédéral

Le travail de l’accusation n’était pas si compliqué tant les débats ont tourné au calvaire pour la défense. Avec un Mehdi Nemmouche promettant de parler "en temps voulu" sans que ce temps soit arrivé et des dizaines de témoins à charge. Sans compter les éléments matériels par pelletées.

Il fallait donc que le procès finisse par tourner autour de la personnalité ombrageuse de Me Sébastien Courtoy, pas avare de commentaires hargneux sur ses confrères – qui n’ont jamais non plus manqué de le pointer du doigt, dans et hors du prétoire. Des remarques blessantes, il y en a eu des dizaines, on retiendra ce trait d’humour qui aura fait bondir: Mehdi Nemmouche ne pouvait être antisémite car il portait des chaussures Calvin Klein.

Bien conscients de jouer à quitte ou double face à douze hommes et femmes – et bien heureux d’éviter un tribunal composé de juges professionnels – les défenseurs du principal accusé ont donc jeté les dés. Verdict jeudi matin.

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