Le procureur requiert la perpétuité à l'encontre de Mehdi Nemmouche

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Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer ont été jugés auteurs de la tuerie du Musée juif. Le verdict final est rendu ce lundi soir. Nemmouche, 33 ans, risque la prison à vie.

La cour d'assises de Bruxelles va prononcer ce lundi la peine de réclusion criminelle infligée au jihadiste français Mehdi Nemmouche, reconnu coupable des quatre "assassinats terroristes" perpétrés en mai 2014 au Musée juif de la capitale belge.

Mehdi Nemmouche, 33 ans, délinquant multirécidiviste devenu un soldat du jihad, devrait être condamné à la réclusion à perpétuité, prédisent les parties civiles, qui ont salué le verdict de culpabilité rendu jeudi soir.

Ce matin à la reprise de l'audience, la parole revenait d'abord au parquet fédéral. L'avocat général Yves Moreau a requis la perpétuité à l'encontre de Mehdi Nemmouche et 30 ans de prison pour Nacer Bendrer. Le ministère public a considéré qu'il pouvait prétendre à une peine un peu moins sévère car il "n'a pas le sang des victimes directement sur ses mains. Il en est éclaboussé de la tête aux pieds mais il n'a pas tiré, il n'a pas abattu les victimes de sang-froid", a déclaré Yves Moreau. Cette circonstance atténuante est "très légère" et l'avocat général a dès lors demandé au jury de condamner celui qu'il a reconnu comme co-auteur de quatre assassinats terroristes à 30 ans de réclusion. "Cela ne peut être inférieur sinon cela viendrait en contradiction avec votre verdict rendu jeudi. Il faut aller au bout de la logique", a-t-il conclu.

En ce qui concerne Nemmouche, l'avocat général a demandé aux jurés de prendre en compte sa "froideur" au moment des faits, le risque de récidive, sa dangerosité et sa "lâcheté" lors du procès. "Oui, Monsieur Mehdi Nemmouche, vous êtes un lâche", a asséné Yves Moreau en se tournant vers l'auteur des faits. "Vous tuez des gens en tirant par derrière, sans prendre aucun risque, pour votre plaisir. Vous n'êtes même pas capable d'assumer vos actes." Si le jury considère, comme l'accusation, que Mehdi Nemmouche ne mérite pas de circonstance atténuante, il n'aura "pas le choix" et devra prononcer la réclusion criminelle à perpétuité, a tranché l'avocat général. Il a également demandé aux jurés de prononcer une mise à disposition du tribunal de l'application des peines (TAP) de 15 ans, soit la durée maximale. "Tant qu'il y a moyen de protéger notre société, protégeons-la!", a-t-il conclu.

"La vie continue"

"Nous aurions pu soutirer des larmes aux jurés et la clémence de jury, mais nous avons décidé de ne pas exhumer l'enfance 'assassinée' de Mehdi Nemmouche", a commenté en fin de journée Me Sébastien Courtoy, conseil de l'auteur de la tuerie au Musée juif de Belgique. "Si on avait plaidé sur la peine, on aurait immanquablement dû parler de l'enfance de Mehdi Nemmouche", a affirmé Me Courtoy. "Nous avons eu un jury de belles personnes, certains ont eu les larmes aux yeux en entendant les témoignages sur cette enfance", a-t-il assuré. "On aurait sans doute réussi à soutirer les larmes et la clémence du jury, mais nous n'avons pas souhaité exhumer cette enfance 'assassinée'. (..) Nous n'avons pas voulu polluer ça, le procureur a souhaité le faire mais nous non. Ça aurait été une forme de manipulation, je préfère que ce soit leur conscience qui leur dise quoi faire." Quant à la dernière phrase provocatrice de Mehdi Nemmouche - "la vie continue" -, cela signifie qu'il s'y "accroche", même à l'isolement, même dans des conditions "aussi atroces", selon son avocat, qui qualifie sa cellule de "tombe".

Après ce dernier mot des avocats de la défense, la cour est partie à nouveau délibérer. Les peines devraient être prononcées au plus tard ce lundi soir, estime-t-on au parquet fédéral. Le verdict ne sera pas susceptible d'appel.

Jeudi, après deux jours et demi de délibérations, les 12 jurés et les trois magistrats professionnels avaient estimé que Nemmouche et Bendrer étaient tous deux auteurs de la tuerie. Le premier a été reconnu coupable d'avoir abattu de sang-froid, en moins d'une minute et demie, les époux Riva ainsi qu'un jeune employé belge et une bénévole française, le 24 mai 2014 au Musée juif.

Le second, un délinquant marseillais, a été désigné "co-auteur" de l'attaque antisémite pour avoir fourni les armes et les munitions. Une aide "indispensable" sans laquelle le quadruple assassinat n'aurait pu être commis, d'après l'arrêt de la cour. Les jurés sont allés au-delà de ce que réclamait l'accusation, qui voyait en Bendrer un "complice".

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