Le tueur de Nice avait des complices

François Molins a fait le point sur l'enquête. ©AFP

Le Tunisien Mohamed Lahouaiej Bouhlel "semble avoir envisagé et mûri son projet criminel plusieurs mois avant son passage à l'acte", selon le procureur antiterroriste français François Molins. Celui-ci a fait le point sur l'enquête autour de l'auteur de l'attentat du 14 juillet à Nice.

Une semaine après l'attentat de Nice, l'enquête menée a permis d'établir que Mohamed Lahouaiej Bouhlel, qui a lancé son camion dans la foule, tuant 84 personnes, avait des complices et préparait ce carnage depuis des mois.

Une semaine après l'attentat, quinze des 331 blessés sont encore entre la vie et la mort, selon les autorités françaises.

♦ Cette nuit: Cinq suspects, qui étaient en contact avec le tueur avant l'attentat, ont été mis en examen jeudi soir par des juges antiterroristes et placés en détention provisoire.

Quelques heures plus tôt, le procureur chargé de l'enquête, François Molins, avait fait état lors d'une déclaration à la presse d'"avancées notables" dans les investigations menées par "plus de 400 enquêteurs".

 

→ Voici ce que l'on sait

· L'auteur

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Le Tunisien de 31 ans, arrivé en France en 2005, a été décrit par les témoins comme violent, instable, vivant loin des préceptes de l'islam radical, "mangeant du porc, buvant de l'alcool, consommant de la drogue et ayant une vie sexuelle débridée". L'homme, qui présentait un "intérêt certain" mais "récent" pour la mouvance islamiste radicale, avait loué le camion puis semblé effectuer des repérages sur la promenade des Anglais dans les jours ayant précédé le carnage.

 

· Les complices

Il est ainsi établi que le Tunisien Mohamed Lahouaiej Bouhlel, auteur de l'attentat le jour de la fête nationale française, "a bénéficié de soutiens et de complicités dans la préparation et la commission de son acte criminel", a déclaré le procureur.

Les cinq suspects, quatre hommes et une femme inconnus des services antiterroristes, âgés de 22 à 40 ans, avaient été placés les jours précédents en garde à vue. Ce sont deux Franco-tunisiens, un Tunisien, un Albanais et une Franco-albanaise, dont un seul avait été condamné pour des faits de droit commun.

Chokri C., Mohamed Oualid W. et Ramzi A. ont notamment été mis en examen pour "complicité d'assassinats en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste", a indiqué le parquet dans la soirée. Ramzi A. a également été mis en examen pour "infractions à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste", de même qu'un couple d'Albanais, Artan H. et Enkeledja Z.

Ces trois derniers suspects sont soupçonnés d'avoir participé à la fourniture du pistolet avec lequel le tueur a tiré sur des policiers avant d'être abattu.

 

· Les éléments de l'enquête

C'est notamment à partir des analyses du téléphone portable du tueur, révélant de nombreux contacts avec eux, que ces suspects ont été interpellés, a indiqué le procureur.

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Ce Tunisien de 31 ans, résidant à Nice et qui ne s'était pas fait remarquer par les services de renseignement, avait mûri son projet criminel "plusieurs mois avant son passage à l'acte", a révélé François Molins, faisant état de clichés "révélateurs" retrouvés dans son téléphone, certains remontant à plus d'un an.

Parmi eux, une photo du feu d'artifice du 14 juillet 2015 sur la Promenade des Anglais à Nice, où il a commis l'attentat, une autre d'un concert au même endroit, une photo datant du 25 mai 2015 d'un article sur le captagon, une drogue réputée être utilisée par des jihadistes auteurs d'attentats. Le 1er janvier, Lahouaiej Bouhlel avait également pris en photo un article du quotidien Nice-Matin intitulé "Il fonce volontairement sur la terrasse d'un restaurant".

Des échanges entre Mohamed Lahouaiej Bouhlel et les cinq suspects "viennent encore corroborer cette préméditation", a ajouté le procureur.

 

La polémique sur les mesures de sécurité

Si l'enquête avance sur les motivations et entourage du tueur, la polémique sur les mesures de sécurité adoptées le 14 juillet, en plein état d'urgence, ne désenfle pas.

En déplacement à Dublin, le président socialiste français François Hollande a promis "vérité et transparence" sur le dispositif de sécurité déployé à Nice ce soir-là, en réponse à des accusations renouvelées sur de possibles failles.

"Quand il y a un drame, une tragédie, en l'occurrence une attaque avec des morts nombreux (...), il y a des interrogations, nécessairement. (...) Il n'y a pas de place pour la polémique, il n'y a de place que pour la vérité et la transparence" (François Hollande)

Son Premier ministre, Manuel Valls, a jugé  "insupportable la remise en cause permanente de la parole de l'Etat, du préfet, des policiers".

Le débat sur le dispositif policier, lancée quelques heures après la tuerie par l'opposition, a été relancée jeudi par le quotidien de gauche Libération. Le journal affirme que l'entrée de la zone piétonne de la Promenade était barrée par une seule voiture de la police municipale et que la police nationale était quasiment absente à ses abords.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a dénoncé une "contre-vérité", mais annoncé une enquête administrative par la police des polices afin "d'établir la réalité de ce dispositif" de sécurité.

Plus généralement, l'opposition de droite accuse le gouvernement socialiste d'avoir été trop laxiste dans la lutte contre le terrorisme.

©AFP

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