Les comptes du Centre islamique et culturel de Belgique toujours aussi flous

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Le financement du Centre islamique et culturel de Belgique, son attitude vis-à-vis des lois belges étaient au centre des questions à Jamal Saleh Momenah, directeur. Une audition tendue qui laisse les commissaires sur leur faim.

Elle était attendue de pied ferme, l’audition du directeur du Centre islamique et culturel de Belgique (CICB) Jamal Saleh Momenah. Il s’est présenté ce mercredi devant la commission parlementaire chargée de tirer les conséquences des attentats du 22 mars. Le passage le mois dernier de son subordonné, l’imam de la Grande Mosquée de Bruxelles (qui dépend directement du CICB), avait en effet déçu les commissaires, qui l’avaient accusé de ne pas faire toute la vérité sur les financements et les agissements de son institution.

Financement

Autant le dire tout de suite, ce deuxième coup d’essai n’a guère plus contenté l’assemblée, alors que les questions portaient principalement sur le financement du CICB. Selon le directeur, celui-ci bénéficierait chaque année d’entre 1 et 1,2 million d’euros de fonds pour gérer ses frais opérationnels. "Ils sont transparents, translucides, tout est clair. La seule partie donatrice est la Ligue islamique mondiale."

"La seule partie donatrice est la Ligue islamique mondiale."
Jamal Saleh Momedah
Directeur du Centre islamique et culturel de Belgique

La Ligue en question est en fait une organisation basée à la Mecque, et que de nombreuses sources considèrent comme un instrument connu de propagation du wahhabisme et des intérêts stratégiques saoudiens. Suite à ces explications, plusieurs commissaires ont accusé Jamal Momenah d’occulter une partie des financements du Centre, en disant s’appuyer sur plusieurs documents officiels qu’ils ont pu se procurer dans le cadre de leur mission. "Pendant un demi-siècle, vous n’avez pas remis les comptes de la Grande Mosquée. Vous n’avez pas respecté les lois de la Belgique sur le plan de la transparence des comptes," s’est en outre indigné le député humaniste Georges Dallemagne, alors que le CICB n’a daigné rendre ses finances publiques qu’en 2016.

Toujours sur le volet financier, des sommes transférées par le CICB ont suscité l’interrogation des commissaires, dont un virement de 10.112 euros effectué en 2013, avec pour seule communication liée le mot "Syrie". "Il se peut que ce soit un virement destiné à un réfugié syrien qui se trouve sur le sol belge pour acheter des couvertures, etc., a éludé Jamal Momedah. Mais financer un organe qui se trouve en Syrie, ça nous ne le faisons pas." Là encore, le public a fait part de son incrédulité.

Profession de foi

L’autre grand volet de l’audition s’est focalisé sur l’attitude générale du CICB vis-à-vis des lois belges et sur son discours par rapport aux droits de l’homme. Des questions-réponses trouvées sur le site du Centre islamique suggérant notamment que les femmes ne devraient pas se faire soigner par un docteur du sexe opposé poseraient problème. "Respecter les lois du pays hôte, ça fait partie de nos prêches du vendredi, s’est défendu le directeur, se disant prêt à faire la lumière sur ces propos. Notre centre ne diffuse rien d’autre que l’islam de juste milieu."

Mais la sauce n’a pas pris… "Vous êtes aujourd’hui, aux yeux de la législation, hors-la-loi!" a rétorqué le libéral Denis Ducarme, s’engageant à vérifier que ces belles paroles soient dorénavant prises à la lettre. "Durant cette année, j’ai pris le pli de remercier les témoins… Je ne vais pas vous remercier," a clôturé sèchement le président de la commission Patrick Dewael, mettant fin à une audition qui aura laissé de nombreuses questions en suspens.

Faut-il fermer la Grande Mosquée?

Au lendemain de cette audition, Denis Ducarme était interrogé jeudi par Martin Buxant sur les ondes de Bel RTL. Il affirme que si la volonté est de créer avec les musulmans de Belgique un islam de Belgique, il faudra mettre fin au financement étranger de la Mosquée. Et qu'en est-il d'une éventuelle fermeture de la Grande Mosquée ? "Si on continue de voir cette Grande Mosquée être un vecteur du développement du radicalisme dans notre pays, on ne pourra pas laisser faire."

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