Les larmes contenues du procès Abdeslam

©EPA

Entre nullités soulevées, dénomination du caractère terroriste des faits et piques envers les médias, le procès de la fusillade de la rue du Dries, quasiment achevé hier, a parfois oublié les victimes.

Et si, en l’absence de son célèbre protagoniste, le procès Abdeslam faisait pschitt? Rien n’est interdit, au lendemain de la fin de la majeure partie du procès le plus médiatisé de l’histoire du Royaume. On peut se réjouir d’une chose: hier, entre les murs du vénérable palais de justice de Bruxelles, on a enfin causé de droit. Et les parties se sont demandées comment juger en un procès les quelques heures d’une longue et sanglante cavale. En d’autres termes: comment faire pour juger la fusillade de la rue du Dries, du 15 mars 2016, sans prendre en compte les attentats de Paris, puis de Bruxelles, qui n’en furent que la funeste conséquence.

Nous avons suivi jeudi la 2e journée du procès de la fusillade rue du Dries en LIVE. Retrouvez les événements de cette journée ici

Hier, la défense de Sofien Ayari et Salah Abdeslam s’est longuement échinée à demander le retrait de la circonstance aggravante de caractère terroriste. "La défense ne veut pas un jugement qui soit en lien avec les dossiers des attentats de Paris et Bruxelles, c’est de la tactique", a pesté Me Tom Bauwens, avocat de policiers d’élite des Forces spéciales, blessés durant l’attaque.

Pas un acte terroriste

Pourtant, s’appuyant sur les textes de loi, Me Sven Mary a répété qu’il y a infraction à caractère terroriste "quand il y a volonté de nuire gravement aux institutions (…) On ne doit regarder que le cadre de la fusillade, qui relève de la spontanéité. Ce n’est pas un acte terroriste."

©EPA

Pour Me Isa Gultaslar, conseil de Sofien Ayari, pas de terrorisme ni de volonté de martyre. "Ils ne voulaient pas mourir, ni faire un carnage encore plus effroyable!"

Juger la fusillade sans le contexte, voilà qui irrite les parties civiles. Comme Tom Bauwens, qui ironise sur l’absence de Salah Abdeslam et la "fatigue" dont il avait fait part lundi. "Je suis content que cet homme fatigué soit resté dans son lit: son comportement et son opportunisme me fatiguent. Tous deux sont musulmans quand ça les arrange, djihadistes quand ça les arrange, victimes de notre société: ça me fatigue."

Possible nullité

Autre débat de droit, soulevé par Mes Mary et Delcoigne, une possible nullité soulevée qui, si elle était reconnue, mettrait à bas toute la procédure. "Une histoire belgo-belge que nos amis français ne comprendront pas", sourit Sven Mary. En deux mots: le magistrat Patrick De Coster, doyen des juges d’instruction antiterroristes de Belgique, a rédigé en français une ordonnance pour nommer la juge Isabelle Panou à la tête du dossier. Et cela alors qu’il est néerlandophone. Un détail qui n’en est pas un pour la loi sur l’emploi des langues de 1935. "Je vous demande de prendre vos responsabilités", s’est adressé le pénaliste au tribunal.

Une demande de nullité, des points techniques sur la nature d’un acte terroriste, mais aussi des piques multiples envers les médias ("pornographie médiatique" pour Me Gultaslar, "folie médiatique, sociétale, sécuritaire" pour Me Mary) qui ont émaillé toute l’audience.

Un policier en incapacité permanente

De l’écume face à ceux qui ont bien failli disparaître du procès: les victimes. On apprenait ce matin que le "policier n°9", avait dû quitter son emploi, par la voix de Me Bauwens "Il était en première ligne à Verviers (lors de l’assaut de la cellule terroriste en janvier 2015, NDLR), il était en première ligne rue du Dries. Il a servi son pays durant 22 ans dans les Forces spéciales. Il est en incapacité permanente à 55%. Pour lui, c’est terminé. C’est ça la réalité de ce procès."

La douleur et les larmes, on ne les a pas entendues durant ce procès parfois désincarné. Après une dernière plaidoirie de parties civiles le 29 mars, le jugement sera prononcé dans le mois qui suit.

©AFP

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content