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Les "returnees" belges de Syrie, un défi pour la sécurité du pays

©AFP

Quelque 500 Belges sont partis en Syrie et en Irak. 111 sont morts et 162 sont encore sur place. 117 sont rentrés en Belgique. Les départs sont devenus rares suite à l’adoption de mesures antiterroristes. Une centaine de Belges livrent encore bataille aux côtés de l’organisation terroriste Etat islamique. Certains de ces futurs "returnees", ainsi que ceux qui sont déjà rentrés, constituent une menace potentielle pour le pays.

La plupart des auteurs des attentats des Paris étaient des "returnees", des djihadistes partis de Belgique et de France se battre aux côtés de Daech et revenus au pays. Leur cerveau présumé, Oussama Atar, est lui-même un belgo-marocain revenu d’Irak à Bruxelles en 2012. La filière belge, pointée du doigt, a montré les carences de notre pays. Un an après ces attentats, la Belgique a appris de ses erreurs. Cela suffira-t-il à se parer du danger des retours attendus après la chute de Mossoul et Raqqa, les fiefs de l’État islamique? L’histoire le dira.

500
Sur les 30.000 djihadistes étrangers combattant pour l’État islamique, des "foreign terrorist fighters" (FTF), 5.000 viennent d’Europe selon les données d’Europol. Parmi eux, se trouvent 500 Belges, dont 96 femmes et 43 mineurs, et environ 2.000 Français.

 

L'interview de Paul Van Tigchelt, directeur de l'OCAM


Paul Van Tighelt - L'invité de Bel RTL

Un tiers des "Foreign Terrorist Fighters" (FTF) européens sont retournés dans leur pays. "La plupart d’entre eux n’ont pas l’intention ou la capacité de commettre des attentats", dit Alex Niculae, un porte-parole d’Europol. Certains constituent un danger. "L’entraînement et l’expérience de combat acquis par les FTF signifient qu’ils ont une capacité accrue de mener des attaques dirigées ou de manière indépendante", poursuit-il.

Selon le chercheur norvégien Thomas Hegghamer, 11% des "returnees" envisagent de commettre des attentats. "Le danger est réel", dit Yves Trotignon, ex-agent de la DGSE et consultant en contre-terrorisme. "Il faudra réinsérer ces gens, ce qui pose un vrai défi social et politique". La Belgique détient le record européen du nombre de FTF par habitant (42 pour un million). Selon les chiffres les plus récents de l’Ocam, 162 djihadistes belges sont encore sur place et 111 ont été tués. Pas moins de 117 sont revenus au pays, neuf d’entre eux sont morts.

À l’heure actuelle, une petite centaine de Belges combat encore dans les rangs de Daech. Certains reviendront un jour en Belgique.

Les "returnees" sous surveillance

©Photo News

Plus de la moitié des "returnees" belges sont sous surveillance, les autres ont été arrêtés. Quelques dizaines de candidats djihadistes empêchés de partir sont aussi sous surveillance.

Les mesures vont de la surveillance étroite aux écoutes téléphoniques. Sont-elles suffisantes? "Je vois difficilement ce qu’on peut faire de plus. Mais il ne faudrait pas, non plus, négliger les mille à deux mille sympathisants qui font partie de l’entourage de ces gens", dit Claude Moniquet, spécialiste du contre-terrorisme (auteur du livre "Daesh, la main du diable"). Les "returnees" bénéficient d’un programme de réinsertion qui doit encore faire ses preuves. La tâche est colossale.

Chute des départs

En 2014, le nombre de Belges partis en Syrie et en Irak atteignait la cadence de dix par mois. Ces djihadistes, âgés en moyenne de 23 ans, sont surtout partis de Bruxelles (205) et d’Anvers (113). Recrutés en 2010 par Sharia4belgium, leur engagement s’est fait par des pairs et, à partir de 2014, via les réseaux sociaux, des amis ou la famille.

Les recrutements vers la Syrie et l’Irak se sont taris depuis début 2016. En cause? Les mesures antiterroristes adoptées par le gouvernement (refus de passeports, confiscation de la carte d’identité, création d’un registre de FTF…) et le retournement de situation sur le terrain, suite à l’entrée en guerre de la Russie.

"Aujourd’hui, Daech conseille à ses partisans de ne plus venir en Syrie et de rester chez eux pour mener des attentats", précise Yves Trotignon. Les loups solitaires, exposés à la propagande, sans être des "returnees", sont autant à craindre que les cellules dormantes. Leurs motivations sont parfois surprenantes. L’auteur de l’attentat de Nice, empêché de partir en Syrie, aurait décidé de faire le djihad en France.

L’Europe sera, à moyen terme, confrontée au retour des djihadistes. "Actuellement, les retours sont plus rares car les lieux de passage aux frontières turques et jordaniennes sont bloqués", dit Claude Moniquet. "Mais la menace s’amplifiera avec la perte de territorialité de l’État islamique. La chute de Mossoul et Raqqa sera suivie de retours dans la clandestinité".

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