Nuit de choc et de recueillement à Saint-Pétersbourg

©AFP

Le président russe Vladimir Poutine s'est rendu dans la soirée sur les lieux de l'explosion et a déposé une gerbe de fleurs rouges en hommage aux victimes. Aux abords de la station de métro visée par l'attentat, l'indignation et la colère étaient également au rendez-vous.

"Quelques instants avant l'explosion, je m'apprêtais à prendre ce métro", se souvient avec angoisse Ksenia Zachykhina, venue comme des dizaines d'autres au long de la nuit déposer des fleurs devant la station Sennaïa Plochtchad de Saint-Pétersbourg. "Je ne sais pas pourquoi, j'ai changé d'avis et j'y suis allée à pied. J'ai appris sur le chemin ce qu'il s'était passé. Toute la journée, j'ai pensé que cela aurait pu être moi", raconte cette jeune femme de 27 ans, peinant à cacher son émotion.

©REUTERS

Comme elle, une foule éparse de Pétersbourgeois en état de choc s'est rassemblée pour rendre hommage aux victimes de l'attentat qui a frappé lundi le métro de la deuxième ville de Russie, faisant 14 morts et des dizaines de blessés.

"Nous avons eu une situation similaire à Moscou, à Volgograd, mais tout ça semblait loin de nous", déplore Dmitri Leonov en tentant de se frayer un chemin vers le tapis de fleurs et de bougies qui repose non loin des portes de la station. "Nous sommes tous menacés", lance-t-il.

©REUTERS

"Nous vivons tous dans un beau pays, dans une belle ville. Comment peut-on faire une chose pareille? Je ne comprends pas", s'interroge Arseni, le visage figé et le regard impassible.

Coupés par les annonces automatiques du métro et le va-et-vient des voitures de police, plusieurs habitants laissent exploser leur émotion. Une femme hurle qu'elle n'a plus de nouvelles de son fils, ne retrouvant ses mots que pour maudire tour à tour les responsables politiques, avant d'être consolée et amenée hors de la foule par une amie.

©EPA

Plusieurs dizaines de minutes durant, Nikolaï Kazatchenko répète en boucle à qui veut bien l'entendre, les yeux rougis par les larmes et périodiquement calmé par sa femme, comment "Dieu l'a protégé" du souffle de l'explosion. Son ami était aussi dans le métro et a également survécu.

'Colère'

Tout autour pourtant, la ville a repris au petit matin son activité, faite de trafic de voitures ininterrompu et de coups de klaxon à répétition le long des boulevards. Certains se désolent de la faible affluence devant le mémorial improvisé, d'autres se félicitent des gestes de solidarité ou d'humanité, multipliant les signes de croix.

©AFP

Le métro, avec une forte présence policière, a également retrouvé un semblant de vie, mais les événements de la veille restent présents dans les esprits. "Bien sûr, tous le monde dans le métro ne pense qu'à ça. Ce n'est pas agréable, mais j'ai surtout peur pour mes enfants, lorsqu'ils le prennent tous seuls", raconte Svetlana Goloubeva, 45 ans.

©REUTERS

C'est à la station Tekhnologuitcheski Institout, point d'arrivée du train visé, que le président Vladimir Poutine a choisi de venir déposer dans la soirée lundi, en costume sombre, un bouquet de roses rouges. Si Moscou a souvent été victime d'attentats meurtriers, ils ont été beaucoup plus rares dans la ville natale de M. Poutine. Ces dernières années, ils se sont quasiment tous déroulés dans l'instable Caucase russe.

©AFP

Peu avant l'arrivée du président russe, de jeunes gens venus après leur travail dans l'intention d'aider à déblayer les débris étaient poliment renvoyés chez eux par les forces de l'ordre. Nikolaï, 33 ans, rugit contre les policiers qui l'empêchent d'approcher des portes de la station et qui quadrillent la zone. Il ne cache pas avoir bu une bonne partie de la soirée pour noyer son chagrin.

©AFP

Pour lui, les coupables sont déjà trouvés: que ce soit l'organisation de l'Etat islamique, qui avait appelé à frapper la Russie, ou pas, c'est la "trop grande tolérance" du président envers "les islamistes" qui est en faute. "Je suis en colère contre notre pays. Nous sommes incapables de nous protéger des terroristes", abonde son ami Ilia, un bouquet de fleurs à la main avant de partir rejoindre comme les autres la station précédente.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés