Prison à perpétuité pour Mehdi Nemmouche

©AFP

Le djihadiste français Mehdi Nemmouche a été condamné à la prison à perpétuité pour l'attentat qui a fait quatre morts au Musée juif de Bruxelles en 2014.

Le procès de la tuerie du Musée juif de Bruxelles, premier grand procès de la vague européenne de terrorisme liée à l’Etat islamique s’est achevé avec le verdict attendu: Mehdi Nemmouche a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec 15 ans de mise à disposition du tribunal d’application des peines. Ses derniers mots furent les suivants: "La vie continue". Quant au coauteur Nacer Bendrer, il écope de 15 ans de réclusion avec 5 ans de mise à disposition du tribunal d’application des peines.

L’arrêt prononcé vers 0h30 est particulièrement sévère pour Mehdi Nemmouche, à qui aucune circonstance atténuante n’est attribuée. Ses "conditions de vie très dures" et un "conflit manifeste de loyauté avec sa famille d’adoption" ne peuvent "en aucune manière expliquer des actes d’une telle violence". La présidente Laurence Massart a pointé sa "volonté d’affaiblir la démocratie et ses valeurs", son "comportement goguenard", "sa volonté de se moquer", sa "posture prétendument antisystème", son "absence d’empathie totale envers les victimes" et le "caractère manifestement antijuif de l’attentat". Pour le jury, Mehdi Nemmouche "méprise et rejette les libertés alors qu’il a pu bénéficier d’un encadrement dès sa naissance".

Lundi matin, lors du débat sur la peine, l’avocat général Yves Moreau avait planté le décor. "S’agissant de Mehdi Nemmouche, on a touché l’extrême de l’extrême", avait dit l’avocat général Yves Moreau au moment de son réquisitoire. "La faute qu’il a commise est tellement grande, tellement énorme que le dictionnaire de la langue française ne contient aucun mot pour la qualifier", a-t-il tonné, qualifiant Nemmouche de "lâche" qui "tue pour le plaisir de tuer" avant de décrire ses "traits psychopathes".

 "Un procès qui a suinté la haine"

 Face à la condamnation pour assassinats terroristes prononcée jeudi, la défense se retrouvait devant une impasse… et a passé son tour. Me Sébastien Courtoy n’a pas souhaité s’étendre. "À la demande de M. Mehdi Nemmouche et en parfaite adéquation avec lui, nous ne comptons pas plaider sur la peine. Soit vous prendrez la décision que cet homme mourra en prison et vous administrerez une peine de mort lente. Pour moi, ce sera la vengeance, pour vous ce sera la justice", a-t-il pointé, demandant au jury de permettre à son client de "rejoindre le monde des vivants à 75 ans" et regrettant un "procès qui a suinté la haine de la première à la dernière seconde".

Cette haine, Mehdi Nemmouche n’en a pas été avare en déclarant sous les murmures choqués de l’assistance que "la vie continue". Quelques secondes plus tôt, Nacer Bendrer, l’avait traité de "monstre" et de "fils de pute né", avouant sa "honte" de l’avoir croisé.

Si la peine infligée à Mehdi Nemmouche est sans surprise, le véritable débat se tenait autour du sort de Nacer Bendrer, qui reconnaissait sa simple complicité en tant que fournisseur de la kalachnikov mais pas le rôle de coauteur qui lui a finalement été reconnu. Le ministère public avait requis 30 ans, "une peine à la hauteur du mal causé" selon Yves Moreau. La défense de Bendrer a plaidé la corde sensible, mettant en avant"son humanité" face à la "cruauté" de Nemmouche. "Nous avons tenté de convaincre que cet homme n’est pas un terroriste, qu’il n’est pas celui qui a permis à Mehdi Nemmouche de mener son funeste projet. Nous avons échoué", a regretté Me Gilles Vanderbeck. Son confrère Julien Blot a insisté: "Il mérite votre miséricorde car il ne savait pas ce qui allait se passer". 

La défense, qui demandait une peine pas supérieure à 15 ans de réclusion, a donc été entendue par la cour. Si le jury a reconnu le "rôle déterminant" de Nacer Bendrer ainsi que ses "versions variables, accommodantes et incomplètes", il a aussi constaté qu’il "s’est éloigné de l’extrémisme religieux depuis son arrestation en septembre 2014". La cour a également mis en avant son "début de remise en question laissant présager un faible risque de récidive". La motivation de l’arrêt insiste aussi sur "le rôle de son entourage et de la présence d’une compagne fidèle et aimante".

Les condamnés ont quinze jours pour se pourvoir en cassation. Quant aux prochains grands procès de terrorisme seront ceux des attentats de Paris et Bruxelles, attendus à l’horizon 2020-2021.

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