Télécoms en panne: faut-il ouvrir tous les réseaux?

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Après les ratés qu’ont connus les réseaux télécoms, des pistes se dégagent pour éviter que cela ne se reproduise. Ouvrir tous les réseaux serait l'option clé pour éviter la saturation des télécoms.

Ce week-end encore, la presse s’est fait l’écho des ratés des réseaux belges de télécommunications durant et après les attentats de Bruxelles. Outre les réseaux commerciaux, dont on sait qu’ils ont été partiellement congestionnés, l’on apprenait en effet que le réseau Astrid, pourtant spécifiquement dédié aux services d’urgence et à certains clients privés, avait lui aussi été saturé. Au point même de voir des membres des services de police ou de secours communiquer entre eux en utilisant des messageries en ligne du type WhatsApp, grâce à la bonne résistance des réseaux pour l’internet mobile.

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"Nous n’avons pas connu de panne globale mais les antennes autour du site de Maelbeek ont été saturées de par le nombre de services de secours et de police qui étaient à pied d’œuvre, d’autant que des renforts sont venus de tout le pays", explique Frédérik Langhendries, porte-parole d’Astrid. "Notre réseau garantit normalement des appels qui démarrent en moins de 700 millisecondes et mardi dernier, cela prenait parfois plusieurs secondes, et dans certains cas cela ne passait tout simplement pas", ajoute le porte-parole, qui explique que la situation s’est améliorée après le déploiement d’un camion-antenne au cœur de Bruxelles.

À noter qu’Astrid devrait prochainement disposer d’un second camion-antenne, "un marché public lancé bien avant les attentats", et que ses véhicules pourraient devenir prioritaires, l’entreprise ayant introduit une demande. On se souviendra à cet égard que Proximus aurait pu lui aussi déployer un camion-antenne mardi, s’il avait disposé d’une escorte policière. Vendredi, Astrid a rencontré ses utilisateurs et dégagé une série de pistes pour éviter que de telles congestions ne se reproduisent à l’avenir.

Des pistes qui passent notamment par le renforcement des infrastructures, déjà prévu par un plan d’entreprise voté par le conseil d’administration mais toujours en attente du feu vert du gouvernement. Précisons enfin que si le réseau Astrid a faibli durant l’après attentats, c’est aussi en partie suite aux problèmes qu’ont connus les réseaux télécoms commerciaux et singulièrement Proximus, qui a bataillé jusqu’à la fin de la journée de mardi.

Automatiser le roaming à l’échelle nationale

D’où cette piste, déjà évoquée par l’Enisa, l’agence européenne pour la sécurité de l’information et des réseaux: recourir au roaming national. Le roaming national, c’est la possibilité pour tous les téléphones de se connecter à toutes les antennes GSM à proximité, quel que soit l’opérateur qui les possède. L’option est déjà prévue aux Pays-Bas, par exemple, depuis qu’une panne chez Vodafone avait eu des répercussions pendant une semaine. Les opérateurs nationaux ont depuis développé un mécanisme de roaming régional pour s’entraider en cas de crise. En Belgique aussi, le mécanisme fait partie des plans de crise mais est situé actuellement en bout de chaîne, comme ultime ressort.

Une liste de cartes SIM pouvant accéder à tous les réseaux pourrait être définie.

Là où certains songent à plutôt l’instaurer comme point de départ en cas de crise. Objectif: répartir l’effort entre tous les opérateurs, dès le départ, pour limiter la congestion, surtout si le réseau l’un des opérateurs faiblit sous la pression. Il ne s’agirait en outre pas d’une première puisqu’aux États-Unis, lors du passage de l’ouragan Sandy, les grands opérateurs Verizon et AT&T avaient ouvert leurs réseaux aux opérateurs concurrents, tandis que la Suède prévoit explicitement le recours au roaming national en cas d’urgence. Il ne s’agit toutefois pas d’un roaming à l’échelle du pays: une liste précise d’environ 4.000 cartes SIM voient ainsi l’option activée en cas d’urgence.

Définir une liste de VIP

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En complément aux opérateurs spécialisés comme Astrid, une telle solution permettrait ainsi aux policiers, magistrats, membres des services publics, etc, de bénéficier d’une connectivité accrue en cas de crise. Reste à voir qui se chargerait de définir et de maintenir à jour cette liste de "VIP", une compétence qui pourrait être dévolue au Centre de Crise. Un rapport de l’Enisa liste les avantages du roaming national, tout en insistant sur les différentes options qui peuvent être prises à l’échelon national.

Il en ressort que l’activation d’un roaming national permanent est plutôt dommageable, en ce qu’elle n’incite pas les opérateurs à investir dans leurs réseaux respectifs, mais que des autorisations ponctuelles ou pour des périodes limitées permettent, par exemple, de mettre le pied à l’étrier pour des opérateurs alternatifs. Free a d’ailleurs profité d’une telle mesure sur le marché français. Le roaming national n’est par contre pas utile dans le cas où tous les réseaux télécoms flanchent en même temps, ce qui reste improbable même si le problème a déjà été rencontré, lors des attentats de Boston notamment.

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