Trump face à Hollywood

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À l’heure où les cartes sont rebattues avec pour enjeu les nouveaux nababs d’Hollywood, un autre harceleur notoire se réjouit: le président Trump en personne… Pourtant la guerre hésite à se déclarer. À cause des énormes intérêts en jeu?

Hitchcock le répétait à l’envi: pour faire un bon film, il faut un bon méchant. Depuis le 20 janvier 2017, Hollywood – et la gauche américaine – l’ont trouvé en la personne de Donald Trump. Réactionnaire, menteur, sexiste, et grand amateur de formules toutes faites, l’homme ressemble à un personnage de film. Mais sans l’aura d’un vrai méchant de James Bond. La faute à ce goût du "too much", cette démesure kitsch, qui en font un cliché vivant. Or, le 7e Art n’aime pas les clichés.

Un personnage, Trump? Oui, et pour cause: tout comme Ronald Reagan, ex-vedette de séries B des années 40, Trump a brillé sous les feux de la rampe. C’est la téléréalité qui en a fait une icône, avant que l’icône ne se hisse à la présidence. Il faut l’avoir vu dans "The Apprentice", sérieux comme un pape, virer les candidats – de véritables stagiaires de la Trump Tower – qu’il convoquait pour des réunions de travail où il leur faisait la leçon. Tel un véritable acteur (de commedia dell’arte?), Trump en faisait des tonnes, s’énervant sur les jeunes blondes brushées et tremblantes, ou sur les cadres pas assez dynamiques à ses yeux – ou assez fous pour lui tenir tête.

Trump n’est peut-être pas crédible en super-méchant, mais le danger reste réel aux yeux d’Hollywood. En politique internationale ou en matière de climat, l’homme rend fous les progressistes. Le positif, c’est que sa personne a permis aux artistes de se regrouper, autour de la papesse Meryl Streep, qui a tout lancé aux Golden Globes 2017 avec le fameux discours où elle ne citait jamais son ennemi, mais vantait les mérites de la diversité culturelle, de l’ouverture, de l’importance des femmes et du respect dû aux handicapés. Rapidement, les porte-étendards se positionnaient: George Clooney, Matt Damon, Jessica Chastain, Kristen Stewart, Shia LaBeouf, Michael Moore… En face, les rares conservateurs assumés: Clint Eastwood, Mel Gibson, Arnold Schwarzenegger ou l’homme le mieux payé d’Hollywood, Dwayne The Rock Johnson – qui revendique son attache aux Républicains et son ambition présidentielle pour 2020.


On s’attendait alors à une foule d’actions (culturelles?) anti-Trump, d’une visibilité sans précédent. Mais on les attend toujours. Car comme le disait Coluche: "J’ai le cœur à gauche, mais le portefeuille à droite". Très vite, Clooney en personne (suivi par Nicole Kidman, Ben Affleck ou Michael Douglas) préconisent une trêve ("wait and see"), rappelant que tout le monde aurait à y gagner, "s’il réussissait" son pari économique.

Certes, on entendit parler pendant l’été d’un projet de scénario mettant en scène un président ridicule… avec Clooney en roi du barreau pour démontrer son côté inique. Plus tard, au festival de Sundance, toujours parrainé par le très progressiste Robert Redford, on ajoutait une sous-section baptisée "New Climate" pour insister sur la mauvaise gestion du problème climatique…

Le meilleur vecteur

Trump, de son côté, enterrait progressivement la hache de guerre, préférant s’en prendre aux méchantes élites politiques de Washington, ou aux vilains sportifs stars (comme le basketteur LeBron James) qui boycottaient ses invitations à festoyer à la Maison-Blanche. Ses conseillers ont dû le lui rappeler: aucun secteur ne fait mieux que le cinoche. 38 milliards en 2017 sur le sol américain. Au moins 40 à l’international. Sans compter les énormes retombées indirectes en image de marque: les films restent le meilleur vecteur pour faire du modèle (ultra) libéral un modèle mondial.

Trump et sa bande se réjouissent du vide laissé par l’affaire Weinstein et par la portion congrue qui restera du cinéma intelligent après le scandale.

Alors, on reste en chiens de faïence à se regarder. Il y a bien des petites piques, comme aux Emmy Awards remis en septembre, où Alec Baldwin s’adresse directement au président: "Tu l’as enfin, ton Emmy". Couronné pour son incarnation récurrente au Saturday Night Live d’un président au regard vide et à la bouche de canard, l’acteur faisait allusion à la frustration de Donald de n’avoir jamais été reconnu pour "The Apprentice"…

Pendant ce temps-là, Trump et sa bande se réjouissent du vide laissé par l’affaire Weinstein et par la portion congrue qui restera du cinéma intelligent après le scandale.

Les prochains Oscars nous diront si les rebelles ont encore un rôle à jouer, comme avec l’emblématique "Detroit", un film fait par une femme, Kathryn Bigelow, qui nous parle des minorités opprimées, et qui fait réfléchir. En attendant on évitera sans doute le choc frontal. Le dernier président américain de cinéma dépeint comme ridicule dans l’exercice du pouvoir, c’était Kevin Spacey dans "Elvis & Nixon", où le King venait présenter ses services en tant qu’espion à un Nixon imbu, sexiste, raciste. Avec Kevin Spacey en président, lui qui vient de "tomber" à la suite de Weinstein – au point qu’il se voit exclu de la série "House of Cards", et que Ridley Scott a retourné toutes ses séquences dans le récent "All The Money in the World". Les têtes tombent. L’Amérique reste.

Mais laquelle?

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