Après le putsch, l'exil des intellectuels turcs

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Après la grande purge entamée par Erdogan à la suite du putsch raté, les Turcs de l'opposition sont en situation délicate. Une partie d'entre eux préfèrent quitter le pays.

Dans la nuit d’un quartier à la mode d’Istanbul, de bruyants cortèges de voitures conduites par les sympathisants du président Erdogan font leur ronde, concerts de klaxons et chants nationalistes dans leur sillage. La consigne de descendre dans la rue, relayée par toutes les mosquées, émane du président lui-même, qui n’a pas l’intention de relâcher la pression après le coup d’Etat militaire avorté du 15 juillet. "La semaine à venir est très importante. Vous allez remplir les places, nous ne pouvons pas, pour le moment, être tranquilles. Il ne s’agit pas là d’une opération d’une douzaine d’heures. Nous allons poursuivre les opérations avec conviction", a-t-il déclaré dimanche, aux funérailles des victimes du putsch.

Une idée fixe: partir

Les Turcs de l’opposition se sont réveillés du coup d’Etat avec la gueule de bois et une idée fixe: quitter le pays. "Je ne sais pas ce qui va se passer demain, mon pays m’échappe alors je veux partir, explique un étudiant turc en dentisterie, qui préfère rester anonyme, par peur des représailles. Après la purge des militaires, Erdogan va s’attaquer aux gens éduqués, aux intellectuels, car ils sont une menace pour lui. Il veut nous réduire au silence car nous ne sommes pas avec lui. Il n’y aura plus non plus de juges pour me représenter, car ils seront tous à la botte du pouvoir." Il se dit aussi motivé par des questions économiques, les salaires turcs représentant en moyenne un tiers d’un salaire européen.

La peur de l’avenir est palpable

Au lendemain du putsch avorté, l’homme fort d’Ankara a procédé à un grand nettoyage au sein de l’armée, de la magistrature et de l’administration publique. Des milliers de militaires, un tiers des juges et des procureurs, 30 préfets, 46 sous-préfets, 8.000 agents de police ont été limogés, interrogés, placés en garde à vue. Quarante-huit membres du Conseil d’Etat ont été destitués. Et ce n’est qu’un début. Lundi, les autorités turques ont annoncé que tous les fonctionnaires avaient l’interdiction formelle de quitter le pays.

La peur de l’avenir est palpable. "Le gouvernement va agir comme s’il avait les pleins pouvoirs. Les personnes de gauche, laïques ou non conservatrices, les personnes LGTB se sentent menacées. Je crains encore plus de fragmentation dans la société", redoute Inan Izci, analyste politique turc.

Le climat politique pourrait avoir des répercussions sur la fuite des cerveaux turcs, qui s’accentue après chaque coup d’Etat. Les années 70, 80 et 90 ont été marquées par l’exode en masse des intellectuels, poussés au départ par l’instabilité du climat politique. Leurs destinations sont l’Europe et les Etats-Unis. Un rapport révèle qu’entre 2002 et 2012, un sixième des doctorants étrangers aux Etats-Unis étaient de nationalité turque. Volkan, un ingénieur informatique qui a participé à l’occupation du Parc Gezi en 2013 contre les forces gouvernementales, pense depuis plusieurs mois à immigrer en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. "Je n’ai jamais été libre dans ce pays. On est scruté en permanence pour qui on est et ce que l’on pense. Par ailleurs, j’ai un passeport turc, je suis d’ici, la culture turque est ma culture. Je voudrais sans doute revenir assez vite."

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