En Turquie, la traque s'étend aux universités

A l'Université d'Istanbul, le silence règne. Depuis la tentative de coup d'Etat, le milieu académique turc est en proie à une purge de grande ampleur. ©Bloomberg

Visé par une purge massive, le corps académique se tait en Turquie. Des milliers d’employés de l’éducation nationale sont soupçonnés par les autorités d’être en lien avec le coup d’état.

L’université d’Istanbul est désertée par les étudiants en ce mois de juillet, en pleine période de vacances. Certains professeurs et directeurs de département sont à leur poste, mais font profil bas. Le gouvernement a suspendu 95 universitaires sur environ 2.000 professeurs de cette université historique, fondée en 1453. "Nous ne savons rien de plus que ce qu’on lit dans les journaux", répond poliment une secrétaire interrogée sur le putsch.

Après l’armée, la justice et les médias, le pouvoir turc procède à des coupes claires dans l’enseignement national, en réponse au coup d’état manqué du 15 juillet. À ce stade, 1.577 doyens et recteurs d’universités publiques et privées ont été forcés à la démission, 21.000 enseignants du privé sont relevés de leur fonction et 15.000 employés de l’éducation nationale ont été suspendus. Et ce, alors que l’état d’urgence a été instauré dans le pays pour une période de trois mois.

Interdiction de quitter le pays

En parallèle, une interdiction de quitter le pays a été émise pour tous les fonctionnaires turcs, soit plus de trois millions de personnes. Les universitaires en poste à l’étranger ou en mission de recherche sont sommés de rentrer en Turquie. "Je pense pouvoir quitter le territoire, car je fais partie du personnel administratif. Mais ma femme est enseignante, donc nous ne sommes pas certains de pouvoir le faire", déclarait un directeur de projet d’une université privée d’Istanbul, suite à cette annonce.

3 millions
le nombre de fonctionnaires turcs soumis à une interdiction de quitter le territoire

Cette décision a été prise par le Conseil supérieur de l’éducation nationale (YOK), en accord avec les présidents d’université, qui reçoivent leur mandat de l’État. Ils ont publié un communiqué commun, dénonçant le coup d’État, "un assaut sanglant contre notre système démocratique". Les responsables de ce coup, "sont les plus grands ennemis de la pensée libre et scientifique, et ils ne peuvent pas être autorisés à contrarier notre développement scientifique et technologique", avance le communiqué.

Les universités et la junte militaire

La mesure serait temporaire et viserait à empêcher la fuite de complices de la tentative du coup d’État parmi les universitaires, selon un responsable gouvernemental. Les autorités turques tiennent Fethullah Gülen, un imam exilé aux Etats-Unis à la tête d’une puissante confrérie, comme responsable du putsch manqué. Celui-ci dément toute implication. La confrérie güleniste finance notamment des écoles, des universités et des logements universitaires en Turquie ainsi que sur plusieurs continents. "Les universités ont toujours été cruciales pour la junte militaire en Turquie, et certains individus sont suspectés d’avoir été en contact avec des cellules dans l’armée", a affirmé sous le couvert de l’anonymat une source officielle turque à la chaîne de télévision Al Jazeera. Les recteurs des universités sont priés d’examiner d’urgence la situation de tous les membres du personnel académique et administratif liés au réseau de M. Gülen, et d’établir un rapport d’ici le 5 août.

Pour l’instant, la loi du silence prévaut à l’université d’Istanbul, véritable citadelle du savoir. "Je ne peux pas parler, c’est trop dangereux pour moi", regrette une employée du département de langue étrangère.

Certains professeurs seraient actuellement recherchés, d’autres interrogés. "Les gens sont terrifiés, plus par la peur de perdre leur emploi que parce qu’ils ont des choses à se reprocher. Si vous êtes révoqué, il est très difficile de retrouver un poste, personne ne vous donnera un travail", explique un ancien étudiant de l’université. Celui-ci devait passer cette semaine son examen d’entrée dans la fonction publique. Le test a été repoussé d’un mois.

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