La Turquie d'Erdogan s'isole de l'Europe et se rapproche de Moscou

Federica Mogherini a reçu le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu dans le cadre du "dialogue politique à haut niveau" entre les deux parties. ©EPA

Le président Erdogan s’en est pris de nouveau à l’Occident. à Bruxelles, Turcs et Européens ont acté leurs divergences, tandis qu’Amnesty exigeait la libération de ses activistes détenus en Turquie.

Chaque jour, la Turquie largue un peu plus les amarres avec l’Occident. Le président turc Tayyip Erdogan s’est attaqué hier à l’Allemagne, à Israël et aux Etats-Unis lors discours prononcé devant l’AKP, son parti islamo-conservateur. Tayyip Erdogan a accusé l’Occident de vouloir l’isoler et d’infiltrer des "agents" en Turquie pour déstabiliser le pays. Rien de moins.

Le réalignement de la politique turque vis-à-vis des Occidentaux va de pair avec un rapprochement avec la Russie. Erdogan a confirmé hier l’achat du dernier système de défense antiaérienne russe, des S-400.

Cette acquisition, peu orthodoxe pour un membre de l’Otan, risque d’entacher encore plus la relation entre la Turquie et les Etats-Unis. Le torchon brûle entre les deux pays, alors qu’Ankara reproche à Washington de soutenir les Kurdes en Syrie.

©AFP

Erdogan s’est aussi permis de jeter de l’huile sur le feu du conflit israélo-palestinien. Le Président turc a exhorté les musulmans du monde entier à "visiter" et "protéger" Jérusalem, après que des violences ont éclaté en Israël suite à l’installation de portiques de sécurité sur l’esplanade des Mosquées. "Il s’agit d’une tentative pour prendre aux musulmans la mosquée d’Al-Aqsa, a-t-il lancé. Venez, protégeons tous ensemble Jérusalem."

L’Allemagne n’a pas été épargnée. "Vous voulez empêcher le Président turc et des ministres de parler dans votre pays, mais vos agents vont et viennent ici, dans nos hôtels, et veulent briser notre pays", a dit hier Erdogan.

Berlin a réorienté sa politique vis-à-vis de la Turquie depuis l’arrestation de dix activistes de défense des droits humains pour "avoir commis des crimes au nom d’une organisation terroriste". Parmi ceux-ci, un citoyen allemand, le président et la directrice d’Amnesty International en Turquie.

Les relations entre les deux pays sont au plus bas depuis février, lors de l’arrestation d’un journaliste germano-turc. L’Allemagne a ensuite interdit à la Turquie de faire campagne pour le référendum sur son territoire.

L’adhésion au point mort

Manifestation en faveur des défenseurs des droits de l'homme emprisonnés en Turquie devant le bâtiment du Conseil européen hier à Bruxelles, avant l'ouverture de la rencontre de "dialogue politique" UE-Turquie. ©AFP

La crise entre l’Allemagne et la Turquie s’inscrit dans le cadre de la dégradation générale des rapports entre la Turquie et l’Union européenne. Le programme d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne est au point mort. Le Parlement européen a appelé début juillet au gel des négociations en raison des violations des droits de l’homme et des purges massives menées après la tentative de coup d’État de juillet 2015.

L’ouverture du procès de journalistes du journal turc d’opposition Cumhurieyt, lundi à Istanbul, contribue encore plus à ternir l’image du régime d’Erdogan. Poursuivis pour "soutien à une organisation terroriste", ils risquent 43 ans de prison.

Dans ce contexte houleux, une réunion de haut niveau s’est tenue hier entre l’UE et la Turquie. La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini rencontrait les ministres turcs des Affaires étrangères et européennes, Mevlut Cavusoglu et Omer Celik.

Malgré leurs divergences, Européens et Turcs ont eu "une discussion franche et constructive", a indiqué Federica Mogherini après la réunion. Omer Celik a insisté pour que de nouveaux chapitres de négociation soient ouverts, mais il a peu de chance d’être exaucé.

Juste avant la rencontre, Amnesty était présent devant le Conseil européen, au Rond-Point Schuman, pour mettre la pression sur les deux parties. Salil Shetty, le secrétaire général de l’ONG, avait fait le déplacement de Londres. "J’ai rencontré Federica Mogherini pour l’appeler à user de son influence en vue de la libération immédiate et sans condition de nos collègues, raconte Salil Shetty. Si Erdogan se permet cela avec Amnesty, vous imaginez ce qui peut arriver à des plus petites organisations?"

Amnesty a remis à la haute représentante de l’UE une pétition de plus de 900.000 signatures récoltée en quelques jours. "Federica Mogherini m’a assuré qu’elle remettrait la pétition aux ministres et qu’elle parlerait avec eux de la situation. La prochaine étape sera de voir quelle action l’UE va entreprendre pour convaincre la Turquie de libérer les défenseurs des droits humains", dit-il.

L’UE "n’est pas irréprochable"

Pour l’opposition turque, l’Europe ne doit pas abandonner le processus d’adhésion. "La suspension du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE n’est pas une solution, réagit Kader Sevinc, représentante du CHP (social démocrate) auprès de l’UE. L’image que donne aujourd’hui la démocratie turque est pénible, mais l’Europe n’est pas irréprochable. Son approche dénuée de vision et une politique de veto sur plusieurs chapitres de négociation, comme ceux des droits fondamentaux et de la justice, ont contribué à la dégradation de la situation. Les dirigeants européens doivent comprendre que si la Turquie est en feu, il ne peut y avoir de paix en Europe", a-t-elle conclu.

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le commissaire européen à l'Elargissement Johannes Hahn ont reçu les ministres turcs des Affaires étrangères et européennes, Mevlut Cavusoglu et Omer Celik ©EPA

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