Poutine est désormais le "cher ami" d'Erdogan

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Malgré leurs désaccords sur la Syrie et le bombardier russe abattu par l'aviation turque, les deux pays veulent donner une nouvelle impulsion à leur relation. Mais il y a du pain sur la planche...

Le président russe Vladimir Poutine s'attend à un "travail difficile pour réanimer la coopération économique" russo-turque, à l'issue d'une rencontre à Saint-Pétersbourg avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. "Ce processus a déjà été lancé, mais il prendra un certain temps", vu la forte baisse subie par les échanges commerciaux entre les deux pays ces derniers mois, a-t-il précisé. Mais la volonté est présente des deux côtés:

♦ Côté turc, Erdogan veut lancer une "nouvelle étape" dans ses relations avec Poutine, après des mois de turbulences diplomatiques avec Moscou. "Cette visite me semble une nouvelle étape dans les relations bilatérales, un départ à zéro", a annoncé Erdogan. "Nos pays sont des acteurs clés dans la région (en Syrie, ndlr) et ils ont beaucoup de choses à faire ensemble", a-t-il souligné. 

 Côté russe, Poutine a souligné la volonté de "rétablir le dialogue et les relations russo-turques". Un conseiller du Kremlin avait annoncé une "rencontre d'une importance extrême" dont l'agenda comprend le rétablissement "étape par étape de l'ensemble des relations russo-turques", ainsi que la situation en Syrie.

Le président turc a appelé son équivalent russe "mon cher ami", ce qui marque une rupture avec leurs précédentes tensions. "Mon cher ami M. le Président et moi avons une position commune, qui montre que nous avons la volonté de démontrer au reste du monde que nous allons agir comme des pays amis.

"La relation turco-russe va continuer à s'améliorer et nous pensons qu'elle est plus forte qu'elle ne l'a jamais été."
Recep Tayyip Erdogan
Président turc

Ils se sont également mis d'accord pour mettre sur pied le gazoduc russo-turc TurkStream "le plus vite possible". Ce dernier doit acheminer 31,5 milliards de mètres cubes de gaz par an en Turquie via la mer Noire et la centrale nucléaire de Akkuyu.

Ensemble, contre l'Occident

Vladimir Poutine a été l'un des premiers dirigeants étrangers à téléphoner à Erdogan pour condamner le putsch raté. Sans surprise, il n'a pas montré les états d'âme des leaders européens sur la répression qui s'en est suivie.

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Même si les relations entre Moscou et Ankara "connaissent leurs propres incertitudes, la détérioration des relations avec les puissances occidentales pourrait accélérer un rapprochement", souligne une analyse du European Council on Foreign Relations.

"Il est évident que la Russie est en ce moment un partenaire important pour la Turquie, alors que ses relations avec l'UE et les Etats-Unis se sont nettement détériorées (...) et ses attentes d'un changement rapide du régime en Syrie ne se sont pas réalisées", explique l'analyste russe Fiodor Loukianov, président du Conseil pour la politique extérieure et de défense. Et idem pour la Russie: "Les deux pays ont besoin l'un de l'autre", notamment pour trouver une solution à la crise syrienne, ajoute-t-il.

Des relations tumultueuses

Le crash d'un bombardier russe abattu par l'aviation turque au-dessus de la frontière turco-syrienne a déclenché en novembre une grave crise dans les relations entre Moscou et Ankara. La Russie avait alors adopté des mesures de rétorsion économique contre la Turquie.

D'après des chiffres fournis par le Kremlin, les échanges commerciaux ont chuté de 43% à 6,1 milliards de dollars (5,5 milliards d'euros) de janvier à mai cette année.

Mais après des mois d'invectives entre les deux dirigeants, Moscou a accepté avec une rapidité inattendue la main tendue par Ankara, en ordonnant aussitôt la levée de ses sanctions dans le domaine touristique crucial, très affecté par la désertion des Russes, dont les arrivées se sont effondrées de 93% en juin par rapport à juin 2015.

Réconciliation

La Russie et la Turquie ont négocié secrètement leur réconciliation à Tachkent, la capitale de l'Ouzbékistan, à la suite d'une médiation menée notamment par un homme d'affaires turc et le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev, selon la presse turque.

Si Erdogan insiste toujours sur le départ du pouvoir du président syrien Bachar al-Assad, auquel Moscou s'oppose fermement, il a reconnu le rôle crucial des Russes dans le règlement du conflit, dans une interview à des médias publics russes. "La Russie est un acteur clé et très important pour l'instauration de la paix en Syrie", a déclaré Erdogan, en soulignant que "ce problème doit être réglé à l'aide des mesures communes prises par la Russie et la Turquie".

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