Qui est Fethullah Gülen?

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Hizmet, le puissant mouvement de Fethullah Gülen, un prédicateur turc en exil, est accusé par le président Erdogan d’avoir commandité la tentative de coup d’Etat.

Dès sa première déclaration télévisée, juste après le coup d’Etat manqué, le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé son vieil ennemi Fethullah Gülen, le chef religieux en exil aux Etats-Unis, d’en être le commanditaire.

Selon Erdogan, la faction de l’armée qui a tenté de prendre le pouvoir vendredi soir est composée de militaires loyaux à Gülen. Après ces déclarations, les partisans du président Erdogan sont descendus dans la rue pour s’en prendre aux membres du mouvement Gülen. Des purges dans l’armée, la police et la magistrature ont suivi, visant en particulier des proches du chef religieux.

La Turquie a demandé aux Etats-Unis l’extradition de Gülen. Des sanctions ont été prises contre la banque Asya, proche de l’homme.

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Le lynchage n’est pas limité à la Turquie. Les réseaux sociaux et des éléments proches de l’AKP, le parti d’Erdogan, se sont enflammés un peu partout dans le monde. La Belgique n’a pas été épargnée.

À Beringen, plusieurs centaines de manifestants pro-Erdogan s’en sont pris vendredi, samedi et dimanche aux locaux au centre Vuslat, proche du mouvement.

Gülen condamne le coup d’Etat

Ce dernier, connu aussi sous le nom d’Hizmet (service), se défend d’avoir le moindre lien avec la tentative de putsch. "Nous condamnons fermement cette action. Nous sommes contre tout recours à la force ou contre tout moyen de prendre le pouvoir qui ne serait pas démocratique", dit Huseyin Cakmak, représentant de la plateforme Dialogue, une association bruxelloise faisant partie d’Hizmet.

Le mouvement religieux, présent dans de nombreux pays à travers le monde, craint une propagation de cette crise hors de la Turquie. "Nous sommes profondément indignés par les allégations de M. Erdogan à l’égard de Gülen et de ses partisans. Cette affaire s’exporte et commence à prendre une tournure incontrôlable."

De vieux ennemis

Cette mise en cause de Fethullah Gülen n’est pas une surprise. Tayyip Erdogan est en guerre contre son ancien mentor et ami depuis plusieurs années. Les deux hommes se sont opposés ensemble, à la fin des années 90, aux forces politiques et militaires laïques qui gouvernaient la Turquie. Leur combat a favorisé la prise de pouvoir de l’AKP au début des années 2000.

Mais leurs divergences n’ont pas tardé à les diviser. Fethullah Gülen est un prédicateur soufi prêchant un islam moderne et orienté vers le savoir. Il prône une interprétation contemporaine de l’islam. Au contraire, Erdogan est favorable à une vision traditionaliste de la religion.

Gülen s’est peu à peu distancé d’un Tayyip Erdogan de plus en plus soumis à l’influence de la frange islamiste de l’AKP. Réfugié aux Etats-Unis depuis 1999, et âgé de 75 ans, il dirige aujourd’hui le mouvement Hizmet, fort de plusieurs millions de membres, d’un réseau de banques, d’écoles, d’une télévision et de plusieurs hôpitaux.

Le développement de cette organisation a suscité une certaine méfiance, d’aucun la considérant comme une secte. Mais Hizmet s’en défend et affirme que ses membres sont libres.

Chasse aux sorcières

Erdogan accuse Gülen d’avoir mis en place un État parallèle, et qualifie aujourd’hui son organisation de terroriste, affirmant qu’elle tente de noyauter le pouvoir turc. Depuis 2014, l’opposition tourne à la chasse aux sorcières. Le coup d’Etat manqué de vendredi dernier a mis le feu aux poudres. Tayyip Erdogan décrit aujourd’hui Gülen comme un "virus" infectieux qu’il faut éliminer.

"Le climat est de plus en plus hostile à notre encontre depuis vendredi soir."
huseyin cakmak
représentant de hizmet en belgique

"Le climat est de plus en plus hostile à notre encontre depuis vendredi soir, poursuit Huseyin Cakmak. Nous sommes la cible d’actes de vandalisme et de menaces diffusées sur les réseaux sociaux." Les attaques fusent sur les comptes Facebook de certains membres d’Hizmet. "Nous condamnons le coup d’Etat et des partisans d’Erdogan nous menacent. Certains messages sur les réseaux sociaux ont appelé à pendre les proches de Gülen, ajoute-t-il, dégoûté. Je suis né en Belgique, et je dois subir les conséquences d’une crise qui se passe hors de mon pays."

Hizmet a le sentiment d’être le bouc émissaire du président turc. "Les allégations à notre égard sont infondées. Notre mouvement est la cible des partisans d’Erdogan qui affirme que Gülen est derrière le coup d’Etat."

Pourquoi Erdogan cible-t-il Gülen? "Ce serait intéressant de poser la question à Erdogan lui-même, estime Huseyin Cakmak. Il se dit qu’ils étaient amis et puis sont devenus ennemis. Tout ce que je peux dire, c’est que Gülen s’opposera à toute réforme qui n’est pas démocratique."

Pour sortir de la crise, "Fethullah Gülen appelle à la mise en place d’une commission d’enquête internationale pour faire la lumière sur le coup d’État. Il promet de se s’aligner sur la décision de cette commission".

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