interview

Laurette Onkelinx: "Avec Marc, on aime jouer aux échecs"

©Kristof Vadino

La socialiste bruxelloise a plus de temps libre que lorsqu’elle était ministre. Elle s’est mise à la cuisine. Et elle aime jouer. Aux cartes. Ou aux échecs avec son mari Marc Uyttendaele.

Le soleil donne, aurait pu chanter Laurent Voulzy ce midi-là. Donc, il fait beau. Et il fait chaud. Et elle a mis une robe de circonstance. "Hé! Si vous gardez votre blouson, on va dire que je veux frimer pour montrer ma robe", part-elle d’un grand éclat de rire. Cela va (presque) sans l’écrire: cette robe est rouge. Rouge vif. On ne choisit pas la couleur de son sang, on en hérite. Chez les Onkelinx, on a le sang rouge de père en fille. On a le sang bouillant, aussi, d’ailleurs.

Alors, Laurette Onkelinx, "l’hystérique" (copyright MR-N-VA) du parlement fédéral, connaît-elle le mode d’emploi pour se détendre?

"Oui, on a des amis en politique, Yvan Mayeur est un de ceux avec qui je peux me détendre, il nous arrive de partir en vacances ensemble."

"Bien sûr que oui", dit-elle. Pour un peu, on vous l’aurait déjà presque énervée. Elle a choisi Bruxelles pour se détendre. Pas Schaerbeek, là où elle habite, mais Bruxelles-Ville, le cœur de la cité. Pas de naïveté, elle veut (aussi) faire un coup de pub à son ami Yvan Mayeur et à son piétonnier. "Oui, on a des amis en politique, Yvan est un de ceux avec qui je peux me détendre, il nous arrive de partir en vacances ensemble."

Elle est donc là, alors que les voitures n’y sont plus. Et elle trouve ça "formidable". "Enfin, rendre la ville à ses habitants. On suffoque à Bruxelles, il fallait agir. Il y en a qui râlent, évidemment. C’est probablement ceux qui sont coincés dans leur voiture dans les bouchons." La vérité a ses droits et, tandis qu’on déambule sur les boulevards du centre-ville, autour de le Bourse en direction de la place Fontainas, les commentaires sont plutôt élogieux. Alors, elle en profite.

- "Quelle bonne idée, ça fait des années qu’on attendait ça!", s’emballe une dame, tandis qu’un monsieur vient lui porter une esquisse d’elle qu’il a croquée au vol. Elle se répand en "mercis".

©Kristof Vadino

Se promener avec Onkelinx à Bruxelles, c’est un peu comme fouler le tapis rouge à Cannes avec – disons – Marion Cotillard. 30 ans de politique au plus haut niveau, tout le monde connaît Laurette.

- "Moi, j’ai une photo de Madame Onkelinx comme ça dans mon salon", jure un commerçant qui a bondi de sa boutique au passage de la socialiste. Et il écarte ses bras le plus possible pour illustrer la taille de ladite photo. On n’est pas à Marseille, mais on aurait pu… "Je dois bien dire que dans les magasins, partout et souvent, les gens sont gentils et positifs. Peut-être parce que je suis une femme", dit-elle, presque comme si elle se parlait à elle-même. "Mais même quand les gens ne partagent pas mes opinions politiques, ils me font signe: vas-y, vas-y fonce." Et elle fonce.

Pour se détendre, Onkelinx marche.

"J’ai toujours aimé marcher, dans la ville, à la campagne. Dès que je peux, je marche."

"J’ai toujours aimé marcher, dans la ville, à la campagne. Dès que je peux, je marche."

Elle demande si elle peut chausser ses lunettes solaires. "Ça va faire un peu snob pour les photos."

Pour se détendre, Onkelinx court.

Elle court, là où elle ne peut pas être reconnue. Pas envie de se retrouver placardée en photo sur Facebook, Instagram ou Twitter. "Je veux pouvoir courir comme je l’entends avec les vêtements que je veux, sans devoir me préoccuper du regard des autres." Pour courir heureuse, courons cachée, donc.

©Kristof Vadino

Du temps libre? Elle hésite. Elle ne voudrait pas donner l’impression d’avoir sombré dans l’oisiveté depuis qu’elle n’est plus aux manettes ministérielles. Ministre pendant plus de vingt ans sans temps mort, Laurette Onkelinx a donc dû apprendre le temps libre. Elle dit: "Oui, j’ai plus de temps pour moi et pour les miens qu’auparavant. Je le consacre à ma famille, essentiellement. Je peux organiser mon temps différemment. Un ministre n’est pas maître de ses horaires et ça empêche d’avoir une vie sereine à côté. En termes de charge de travail, ça n’a pas beaucoup changé mais je peux organiser mon travail. Je peux avoir une vie privée qui a plus d’ampleur."

"Tout le monde sait que j’ai une maison de campagne" – eh oui, tout le monde sait. "J’adore jardiner, planter, récolter. Mais pas tondre! Ah ça non, tondre, ça, c’est Marc (Uyttendaele). Moi, je m’occupe de mes plantes, j’arrache mes mauvaises herbes", dit-elle en accentuant ses "r" – presque pour coller à la caricature que les célèbres humoristes de "Votez pour moi" ont faite d’elle. "Le bonheur, c’est de voir mes roses grandir".

Mais là, elle s’est attablée devant une salade César. En terrasse, à côté de la Bourse. On passe devant elle, on la salue.

Pour se détendre, Onkelinx lit. Et elle joue.

"J’ai des livres dans mon sac. Toujours, j’aime sentir le papier, je ne lis pas sur iPad."

Oui, vous avez bien lu. Elle joue. Surtout aux cartes, mais elle ne dédaigne pas une petite partie d’échecs "avec Marc". What else? Marc Uyttendaele, c’est le George Clooney – la pipe en plus – de Laurette Onkelinx. Quand elle en parle, ou l’évoque, ses yeux s’allument. Mais revenons à nos cartes. Elle jouait à la belote, mais là, elle est whist. Elle adore le whist. Rayon lecture, elle lit "beaucoup". "J’ai des livres dans mon sac. Toujours, j’aime sentir le papier, je ne lis pas sur iPad." Elle dit avoir un faible pour les romans historiques, comme Ken Follett. Et puis, elle passe du temps à rédiger de petites fiches de lecture. Pour se rappeler ses impressions.

"Je picore dans toutes ces activités." Elle mate la télévision, des séries. Elle a aimé Downton Abbey, et reste une fan absolue de Maison-Blanche. N’a pas accroché avec Borgen. "J’ai trouvé ça trop manichéen", dit-elle.

©Kristof Vadino

"Je lis la presse tous les jours, même en vacances je ne peux pas décrocher complètement." Elle s’en défend mais n’est jamais vraiment "off". "Je vis la politique, oui. Si un événement se produit quelque part, je vais me demander ce qu’on peut changer par rapport à cet événement. Je ne suis pas une obsédée mais je ne reste pas une journée sans réfléchir à un moment donné à l’action politique. En même temps, il faut savoir prendre du recul, c’est indispensable pour être un bon politique. Sinon, on est toujours le nez sur le guidon. Obligé de réagir à la minute même à tout ce qui est dit et écrit sur les réseaux sociaux."

Passent deux dames: "Oui, c’est super mais ce n’est pas encore ça au niveau de la mobilité." Elle répond: "Vous verrez, ce sera bientôt formidable, ici." Elle dit ne pas vouloir céder à la pression. "Je m’oblige à encore prendre le temps de réfléchir avant de réagir. La concurrence à qui réagit le plus vite, ça, je le dénonce."

"Incroyable, on dormait dehors, sous le ciel étoilé, c’était indescriptible tellement c’était beau."

Il y a deux races de grands politiciens: les loups solitaires et ceux qui préfèrent la meute. Elle ne tranche pas, dit aimer être entourée d’une équipe et d’amis. Chaque année, d’ailleurs, elle loue une maison en France, quinze jours, grandes tables italiennes, etc, avec "tous les amis qu’on n’a pas le temps de voir pendant l’année". Et un grand voyage à Noël ou Pâques. Cette année, c’était New York, elle est allée au Kenya, aussi. Mais c’est dans le désert algérien qu’elle dit avoir eu le souffle coupé. "Incroyable, on dormait dehors, sous le ciel étoilé, c’était indescriptible tellement c’était beau".

Mais elle raffole aussi de la solitude que confèrent l’aurore et les petits matins. Entre 4 et 6 heures du matin quand la ville s’éveille. "Alors je peux vraiment abattre en deux heures une grosse masse de boulot", dit-elle. On avait pourtant dit qu’on parlerait détente… Elle dit penser "assez" souvent à sa reconversion post-politique. Elle veut rester active et (aussi) se mettre au service d’une activité sociale ou citoyenne. Une de ses amies a récemment décidé de donner cours dans une école de devoirs. Onkelinx trouve ça "formidable".

©Kristof Vadino

Tiens, récemment, elle s’est donc mise à la cuisine. "Je ne cuisinais pas, je me reposais sur mon mari. Je me suis dit que le moment était venu de prendre le relais." D’ailleurs, elle a raté un plat pas plus tard que la veille. Des quenelles de cabillaud. La salière s’est ouverte au-dessus du cabillaud et le sel s’est répandu sur le poisson. "J’en ai enlevé le plus possible, mais c’est quand même resté immangeable."

Marc n’aurait pas aimé.

Vous n'imaginez pas ce que font les grands fauves de la politique belge quand ils ne font pas de politique. Chacun a son truc pour recharger ses batteries. De Paul Magnette à Didier Reynders en passant par Bart De Wever et beaucoup d'autres, ils ont accepté d'entrouvrir la grille de leur jardin secret.

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